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De son aveu, Desjardins n’a pas eu besoin de tordre de bras pour
inviter les Gilles Vigneault, Diane Dufresne, Richard Séguin, Michel
Pagliaro, les Cowboys Fringants et autres artistes pour endiabler
bénévolement les deux soirées de spectacles livrées au Métropolis de
Montréal. «J’ai pris mon bottin personnel pis j’ai appelé mes chums à
la maison sans passer par leurs agents», raconte l’emblème de l’Abitibi.
D’autre part, les conférences livrées sous le thème Pour une nouvelle foresterie
ont permis d’échanger sur des expériences nouvelles et des avenues
possibles de gestion de la forêt afin de répondre à la crise actuelle
de cette industrie. «Au bout des ressources, les 150 ans de ce régime
colonial tirent à sa fin. En ce moment, le constat est que les
industries forestières sont en faillite et qu’en parallèle une nouvelle
foresterie se développe, mais y’a pu de territoire disponible pour
qu’elle s’y exerce», a tenu à rappeler le chanteur.
Continuant
de mettre de la pression sur le gouvernement pour que des changements
s’organisent, les spécialistes ont tenu à partager leur vision et faire
accepter ces idées nouvelles au sein de la société.
Pour sa part,
Marc Beaudoin, l’ancien directeur général de la Forêt de l’Aigle,
territoire de 14 km2 en Outaouais géré sous le concept de forêt
habitée, constate que «l’industrie forestière ne peut plus assurer le
même développement aux communautés forestières». La lune de miel des
grandes industries forestières semble bel et bien terminée parce que
les ressources ne sont plus aussi abondantes qu’elles étaient et, selon
M. Beaudoin, les communautés développées autour des industries doivent
se rassembler afin d’élaborer une vision commune d’aménagement du
territoire si elles veulent assurer leur survie.
Solution
possible aux défis forestiers actuels, le zonage fonctionnel en
foresterie est mieux connu sous le nom de la Triade. Cette idée vise à
briser l’idée qu’il existe seulement une seule façon de faire en forêt
et intègre à la fois la protection du territoire, l’aménagement
écosystémique et la ligniculture. Selon Christian Messier, spécialiste
en écologie forestière, en consacrant jusqu’à 5 % du territoire
forestier à la culture du peuplier hybride, par exemple, il serait
possible de créer jusqu’à 12 % d’aires protégées et, en plus, arriver à
produire plus de volume de bois pour l’industrie forestière.
Le
chercheur Messier soutient que le Québec doit arrêter de voir la
plantation d’essences à croissance rapide néfaste pour l’environnement
si l’on veut arriver à protéger des forêts anciennes. «À l’heure
actuelle, la Finlande vient voir comment les forêts anciennes du Québec
fonctionnent et, nous, on va voir comment faire pousser du bois plus
rapidement chez eux.»
Effectivement, les forêts scandinaves ont
été victimes d’une grande perte de biodiversité associée à
l’exploitation massive des forêts anciennes de ses territoires pour
ensuite les transformer en forêt artificielle sous forme de plantation.
Pour Sylvie Gauthier, chercheur en écologie forestière pour Ressources
naturelles Canada, «la biodiversité, c’est comme une police d’assurance
face aux perturbations et aux changements environnementaux».
«Il
faut arrêter de se concentrer strictement sur la production de fibres,
mais de prendre compte des autres bénéfices associés à la forêt […].
Laisser vieillir la forêt ou laisser du bois sur pied peut être plus
rentable à long terme», a précisé Sylvie Gauthier lors de son
allocution.
Selon le rapport de la Commission Coulombe et,
également, fer de lance de la chercheuse Gauthier, le Québec doit le
plus rapidement mettre l’aménagement écosystémique au cœur de la
gestion des forêts publiques au Québec si l’on veut éviter le piège
scandinave. Pour sa part, Richard Desjardins a précisé que «la
tenue de cet événement perdurera dans l’avenir tant et aussi longtemps
qu’on n’aura pas fait la révolution forestière». |