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Moment critique pour le Tibet |
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Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque - Montréal
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18-03-2008 |
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Une manifestation menée par des moines bouddhistes tibétains se déroule dans la ville de Xiahe, province de Gansu, le 14 mars 2008. Des dizaines de personnes auraient été tuées par le gouvernement chinois durant la fin de semaine, alors qu’ont pris de l’ampleur, à travers le monde, les actions pour dénoncer la répression au Tibet. ( Mark Ralston/AFP/Getty Images) Le régime communiste chinois, responsable de la mort d’environ 80 millions de personnes – en temps de paix – depuis son accession au pouvoir en 1949, poursuit sa politique d’usage de force et de propagande pour mater toute dissidence, cinq mois avant la tenue des Jeux olympiques de Pékin. Depuis quelques jours, la question tibétaine est au centre de l’actualité. Une sévère répression déferle au Tibet et dans les provinces chinoises voisines, suite à des manifestations de soutien au Dalaï-lama et à l’indépendance de la région himalayenne. On parle des pires troubles depuis 1989. À cette époque, l’actuel dirigeant chinois, Hu Jintao, était chef du Parti communiste au Tibet et avait pavé sa carrière en écrasant brutalement les Tibétains revendicateurs.
Historique Un évènement routinier a fait boule de neige. Les Tibétains en exil et leurs sympathisants célèbrent ouvertement chaque année au mois de mars l’anniversaire du soulèvement de 1959 contre l’invasion du Tibet par l’armée chinoise. Cette année marquait le 49e anniversaire. Quarante-neuf, un chiffre ordinaire, pas encore 50. Dans les régions tibétaines, se rappeler cet évènement – comme toute revendication d’indépendance – est considéré comme un crime par le régime chinois, soit celui de vouloir «diviser la mère patrie». Mais peu importe que ce soit le 49e, l’année est 2008, celle des Jeux de Pékin.
C’est l’année de tous les instants pour les Tibétains, eux qui vivent dans la noirceur de l’oppression, sous la botte d’un gouvernement qui souhaiterait les voir disparaître, ou du moins briser leur caractère. Le nouveau chemin de fer reliant la région à la Chine continentale, construit avec l’aide de compagnies canadiennes comme Bombardier, a précipité la colonisation de la région par l’ethnie chinoise han majoritaire. La culture tibétaine s’effrite à grands coups.
Si les Tibétains ne réussissent pas à faire en sorte que l’on fasse la lumière sur leur situation en 2008, alors que les agissements de la Chine sont passés au crible, que leur restera-t-il une fois les Jeux passés et l’attention évaporée? Des années de pressions, de manifestations, de lobbying et de prières n’ont rien fait pour améliorer leur sort. Plus la Chine prend de la place dans le monde, moins les autres pays sont prêts à oser élever la voix, et encore moins à mettre l’épaule à la roue, pour que se règle la question tibétaine.
Même recevoir personnellement le Dalaï-lama, un Prix Nobel de la paix, est considéré comme un tour de force par les politiciens occidentaux. C’est devenu presque un indicateur du degré d’indépendance d’un gouvernement vis-à-vis l’influence de Pékin.
Au Tibet, on désespère. La vapeur de la frustration a fait sauter le couvercle. À l’instar des moines bouddhistes birmans à l’automne 2007, les moines bouddhistes tibétains de la région de Lhassa ont lancé la vague de protestation qui s’est répandue comme une traînée de poudre. Ils sont sortis des monastères par centaines, criant des slogans comme «Nous voulons la liberté!», «Libérez notre peuple!», «Nous voulons un Tibet indépendant!».
La répression a été brutale. Les scènes de moines maltraités par les autorités ont profondément choqué les Tibétains civils car, comme en Birmanie, ils sont le symbole et l’âme du pays. C’est ainsi que le 14 mars 2008, les manifestations ont augmenté en intensité et les gens, en colère, s’en sont pris aux symboles d’oppression et d’occupation. Voitures de police calcinées, édifices gouvernementaux attaqués, drapeaux chinois brûlés, puis on rapporte l’incendie et le pillage de commerces appartenant à des Chinois de l’ethnie han.
La capitale Lhassa a par la suite été bouclée, avec la présence de chars militaires dans les rues.
Rapports contradictoires Tandis que l’agence officielle du régime, Chine nouvelle (Xinhua) – la plus grande agence de propagande au monde selon Reporters sans frontières – rapportait la mort de dix personnes «innocentes» durant les troubles, d’autres sources faisaient état d’une centaine de morts, probablement tués par balles ou battus à mort par les forces de l’ordre.
«Aujourd’hui, lorsque les Tibétains manifestaient, plusieurs Tibétains ont été tués. Nous, les Tibétains, n’avions aucune arme pour répliquer. Lorsque les Tibétains se sont rassemblés devant le [temple] Jokhang, les Chinois ont tiré sur nous. J’ai personnellement vu plus de cent Tibétains tués lorsque les Chinois ont ouvert le feu sur la foule tibétaine», a confié, dans la soirée du 14 mars, un homme de Lhassa au service tibétain de Radio Free Asia (RFA).
«Les Tibétains qui ont pris part aux manifestations provenaient de toute la région de Lhassa. Lorsque j’ai regardé derrière moi, tous les commerces chinois étaient détruits. Je ne crois pas qu’un seul commerce chinois soit encore intact dans la zone de Bharkor. Toutes sortes de choses étaient empilées et brûlées sur la rue principale. Plusieurs véhicules ont été brûlés et détruits.»
Des proches des manifestants tués ont «ramassé toutes les dépouilles en face du Jokhang et ont offert des prières et des foulards. Les membres des familles dont les proches ont été tués ont amené les dépouilles. Aucun membre de ma famille n’a été tué, mais moi j’ai presque été tué, et plusieurs dépouilles me semblaient familières», a poursuivi l’homme conservant l’anonymat.
Autres régions Selon différentes sources, la répression aurait ramené le «calme» à Lhassa, mais les manifestations se sont répandues à d’autres régions tibétaines et chinoises durant la fin de semaine. On rapporte des troubles dans les provinces du Qinghai, Gansu et Sichuan, où habitent un nombre considérable de Tibétains ethniques.
Il est extrêmement difficile d’obtenir des informations précises sur ce qui se passe, la Chine étant une dictature. L’accès au Tibet a été bloqué aux journalistes et aux touristes. Quant aux régions éloignées comme les provinces citées plus haut, elles sont rarement fréquentées par des journalistes étrangers. L’organisation International Campaign for Tibet affirme qu’il y aurait des morts également à ces endroits.
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