Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque - Montréal
18-03-2008
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Le Dalaï-lama dans tout ça Le chef spirituel tibétain en exil, le Dalaï-lama, a été accusé par Pékin d’avoir orchestré les troubles. L’agence Chine nouvelle y est allée d’une violente attaque à son égard, qualifiée par l’agence Reuters de «rude» malgré les habituelles condamnations auxquelles nous nous sommes habitués.
«Maintenant le feu et le sang à Lhassa ont démasqué la nature du Dalaï-lama et il est temps pour la communauté internationale de réévaluer sa position», a dénoncé Chine nouvelle. «Le Dalaï-lama et sa clique ne se sont jamais un seul jour détournés de la violence et de la terreur.»
Mais le célèbre moine a toujours été un apôtre de la non-violence. Sa position depuis une vingtaine d’années ne prône pas l’indépendance du Tibet, mais plutôt une autonomie réelle de la région, un respect des droits fondamentaux et une protection culturelle. Malgré les rapports de manifestants tués par le gouvernement chinois, le Dalaï-lama a refusé d’appeler à un boycott des Olympiques de Pékin, contrairement à l’acteur américain Richard Gere. Ce dernier, défenseur de longue date de la cause tibétaine, a suggéré qu’avec l’ampleur de l’actuelle répression, un boycott devrait être considéré.
En conférence de presse dans sa ville d’exil de Dharamsala, en Inde, le Dalaï-lama a déclaré que la Chine «méritait de recevoir les Olympiques». Mais il a également appelé a une enquête internationale pour faire la lumière sur ce qui se déroule actuellement au Tibet, soulevant la question du «génocide culturel». «Que le gouvernement chinois veuille l’admettre ou non, il y a un problème. Le problème est que la nation dotée d’un héritage culturel ancien fait face à de graves dangers... La nation tibétaine, une nation ancienne avec un héritage culturel ancien, est en fait en train de mourir.»
Alors que le saint homme tempère, fidèle à des principes de non-confrontation, certains autres Tibétains ne peuvent exercer la même retenue. Ils veulent l’indépendance, la liberté, ce qui entre en conflit avec la position officielle du Dalaï-lama. Calibre-t-il ses mots pour éviter d’enrager le régime chinois, lui qui s’assure de rediriger sa violence et sa haine contre les populations tibétaines à l’intérieur de ses frontières? Une chose semble certaine : les appels à la retenue ne semblent pas en voie de calmer ni les manifestants ni les forces de répression.
Si la Chine peut tendre l’oreille davantage pour éviter de trop ternir son image avant le mois d’août, ensuite elle aura libre cours de frapper à sa guise.
Les États-Unis rapidement contredits Le 11 mars dernier, le département d’État américain a retiré la Chine de sa liste des pires violateurs des droits de l’homme. Au même moment, les manifestations commençaient à se répandre au Tibet puis, quelques jours plus tard, les gens étaient tués dans les rues de Lhassa. Ce choix semble avant tout politique pour Washington, le président américain, George W. Bush, ayant confirmé son intention d’assister aux Jeux de Pékin.
Reporters sans frontières (RSF) a réagi avec virulence à ce geste du département d’État. «Bien entendu, la situation en Chine n’est pas comparable à celle en Corée du Nord ou en Érythrée, mais la décision de Washington survient au plus mauvais moment, alors que la situation se dégrade avant les Jeux olympiques. C’est un coup de poignard dans le dos des organisations qui militent pour des améliorations dans le domaine des droits de l’homme à cinq mois des JO. Cette décision est annoncée alors même que près d’une centaine de moines tibétains sont arrêtés et que les autorités refusent de libérer le militant Hu Jia et des dizaines d’autres défenseurs de la liberté d’expression», a affirmé RSF depuis Washington le 11 mars.
Ceci peut s’expliquer par une tendance actuelle au sein de l’administration américaine de minimiser la menace que pourrait poser la Chine, alors que son budget militaire ne cesse de croître et qu’elle a multiplié durant la dernière année ses attaques cybernétiques sur les systèmes informatiques de pays étrangers. Le discours américain est clairement vers un apaisement, l’économie du pays étant en piètre état et l’appareil militaire grandement sollicité sur d’autres fronts.
La secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, a appelé Pékin à la retenue dans le traitement de gens qui «sont détenus pour la simple expression pacifique de leurs opinions», mais elle n’a pas annoncé une révision du statut de violateur de la Chine.
Réponse internationale D’autres gouvernements du monde y sont allés de légères condamnations, mais surtout, comme les États-Unis, d’appels à la «retenue» de part et d’autres.
Quant au Comité international olympique (CIO), dans la mire des militants des droits de l’homme pour son indifférence, sa porte-parole Giselle Davies a déclaré ceci : «Le Comité international olympique partage le désir du monde pour une résolution pacifique des tensions des derniers jours dans la région tibétaine de Chine. Nous espérons que le calme reviendra à la région le plus tôt possible.»
L’utilisation de l’expression «région tibétaine de Chine», plutôt que de dire simplement «Tibet», trahi le parti pris du CIO pour le régime chinois. Et le calme souhaité semble être pour assurer le bon déroulement du passage de la torche olympique en mai prochain, qui devrait faire un tour sur le mont Everest. À cet effet, les autorités chinoises, avec la complicité du Népal, ont bloqué l’accès à la plus haute montagne du monde pour éviter qu’elle ne soit encore le siège d’une protestation contre les Olympiques. L’Inde se prête également au jeu chinois, réprimant les Tibétains exilés sur son territoire et les empêchant d’effectuer leur marche de retour dans leur pays.