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Sans cœur et sans colonne |
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Écrit par Yves Chartrand, Montréal
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21-03-2008 |
«Les terrains de stationnement des Wal-Mart et Costco de ce monde sont remplis toutes les fins de semaine.» (Tim Boyle/Getty Images) On vient d’annoncer la fin du financement des activités musicales à la Chapelle historique du Bon Pasteur de la rue Sherbrooke, faute d’argent selon la Ville de Montréal. On annonce au même moment que la CAM (Carte Autobus Métro) sera remplacée par une carte à puce qui prépare la venue d’une tarification par zone de déplacement, donc une augmentation des coûts pour les usagers. D’autre part, les gouvernements maintiennent, avec un salaire minimum et des prestations inadéquates, une partie significative de la population dans un état de survie.
Ces mêmes gouvernements disent manquer d’argent. Au même moment, Québec vient de prêter sans intérêt 228 millions de dollars, plus une exonération d’impôt de dix ans et de l’électricité à 0.04 le kilowatt heure à la multinationale de l’aluminium ALCOA. Ottawa investit pour sa part des milliards dans l’industrie militaire et mène une guerre en Afghanistan qui a coûté 5 milliards de dollars jusqu’à maintenant. Ces mêmes gouvernements offrent de légères baisses d’impôt aux classes moyennes pour calmer la grogne, et nous disent manquer d’argent pour la santé et l’éducation.
Pour avoir les coudées franches, ici comme ailleurs, les puissants de ce monde encouragent une consommation débridée de biens matériels chez la classe aisée et la classe moyenne. Les terrains de stationnement des Wal-Mart et Costco de ce monde sont remplis toutes les fins de semaine. Ils entretiennent le citoyen dans la crainte de perdre ses économies, son emploi, sa maison, ou d’une bombe qui pourrait sauter sur son passage, même s’il ne s’est rien passé de ce genre en Amérique depuis bientôt sept ans.
Ils font de nous des moutons dociles. Si le vide de l’existence se fait trop sentir, la consommation d’alcool, de médicaments et autres drogues, de sexe, de jeu, de télévision d’Internet, ou un surcroît de travail font l’affaire.
Le bon peuple parle de la dernière tempête de neige et des prochaines séries du Canadien. Les questions sociales, politiques et environnementales n’ont plus la cote. Montréal s’anglicise, ce n’est pas important; c’est la promotion individuelle qui compte et c’est plus rapide en anglais. Et nous restons sourds aux cris de détresse nous parvenant d’ailleurs dans le monde dont l’Afrique, où la sous-alimentation et la famine sont autant causées par les monocultures d’exportation, qui prennent la place de l’agriculture de subsistance, qu’aux catastrophes naturelles, dont la plus grande part est d’origine humaine.
Dans notre propre société, on retrouve un taux de décrochage élevé dans toutes les classes de la population. Combien de personnes ne veulent plus rien savoir des autres, dans cette course effrénée à la compétition et à la concurrence, au sein d’une humanité qui s’autodétruit? Les jeunes et les moins jeunes de la rue nous renvoient l’image de ce que nous sommes. Chacun se regarde le nombril et le bout des pieds. Plusieurs familles sont éclatées et la fracture sociale est totale. Aucune révolution en vue, les jeunes n’étant pas au rendez-vous pour nous botter le derrière comme c’est son rôle dans l’Histoire. Ils préfèrent quêter au Métro Berri-UQAM alors que d’autres sont trop occupés à survivre ou à grimper dans l’échelle sociale pour s’impliquer socialement. Faut-il souhaiter un cataclysme naturel ou social de grande envergure pour se réveiller?
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