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Page 2 sur 2 Methaniseur et bassin décanteur de la distillerie (Suzi Loo / La Grande Époque) LE RÔLE DU MÉTHANISEUR Le métaniseur fonctionne pendant la distillation du rhum. La vinasse* est envoyée dans un bac tampon de 1000 litres puis, au fur et à mesure, elle passe dans le méthaniseur. Ce sont des bactéries anaérobies qui mangent les matières organiques qui se trouvent dans le jus. Ces bactéries ,en décomposant la matière organique ,produisent un gaz chargé de CO2 à environ 60% de méthane, c’est le biogaz. Ce gaz est récupéré par en haut avec une canalisation qui va alimenter un groupe électrogène et ce groupe va fonctionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et va produire 190 kilowatts/heure d’électricité. Le méthaniseur est rechargé en vinasse* au fil de l’eau, par l’intermédiaire du bac tampon. Au sortir du méthaniseur, les effluents sont envoyés dans un bassin décanteur, de façon à séparer les boues du surnageant. Les boues sont récupérées dans un silo à boues, puis mélangées aux cendres de la chaudière et épandues dans les champs afin de servir d’amendement organique et de remplacer le fertilisant. Le surnageant, épuré à 85% est récupéré dans un bassin et ensuite pompé dans une lagune , qui va finir de l’épurer par une dégradation aérobie cette fois, c'est-à-dire en présence d’oxygène injecté par des hydro-éjecteurs qui brassent la lagune en permanence de façon à finir le traitement. Cette lagune va aussi servir de réservoir en cas d’incendie. Une fois que la lagune est trop pleine, le trop-plein alimente un autre bassin et permet d’arroser 40 ha de la propriété qui est en irrigation. De la sorte, on évite de trop prélever d’eau dans le milieu naturel. UNE SURVEILLANCE JOURNALIÈRE Tout est automatique. Tous les jours, une surveillance est effectuée par un contrôle visuel, avec des prélèvements, des analyses et la vérification de l’automate. Les interventions restent très rares. | Questions posées à M Derly, Directeur général de la distillerie Bologne. Mr Derly, Directeur général de la distillerie Bologne (Suziloo / La Grande Époque) Vos sols ont-ils été contaminé par le chlordécone*? Non, absolument pas. Nous avons effectué des relevés des sols. Ce sont des sols qui dans le passé avaient servi à cultiver la banane et ensuite replantés en canne. Il est vrai que l’insecticide, donc le chlordécone, se trouve en grande partie dans la région de Capesterre (nord de Basse-Terre) où l’on considère que 5 à 6000 ha sont contaminés. Notre démarche va servir de pilotage pour faire quelque chose. La même technologie, mais en beaucoup plus grand, de manière à créer de l’énergie, c'est-à-dire avec un autre type de canne que l’on appelle la «canne à fuel». C’est une canne très fibreuse, très dense en bois, qui au cours de la transformation fera des déchets solides. On peut envisager de pouvoir broyer les cannes sur les terrains douteux (insecticides) et de la replanter avec une nouvelle génération de canne (canne à fuel), pour la passer directement dans une chaudière puis dans un générateur, nous pourrons atteindre une échelle plus grande. Nous, à notre niveau, cela nous a permis d’être autonomes en énergie et à partir de cette année, nous allons revendre de l’électricité à EDF. Combien de fois par an avez- vous des contrôles? La DRIRE fait plusieurs contrôles dans l’année. On a le sentiment depuis 2 ans d’une augmentation des instructions et on va vers une tolérance zéro et c’est très bien. Que pensez- vous des énergies renouvelable? Il ne s’agit pas de créer de nouvelles sources d’énergies dont le prix de revient serait égal ou supérieur au prix du pétrole. Il y a un engouement très fort pour le bioéthanol, mais il est certain qu’au niveau des charges, face au Brésil et aux pays tiers qui ont des surfaces cannières colossales et des prix de main d’œuvres moindres, nous restons vraiment trop cher, c’est sans comparaison. On ne peut se lancer dans le bioéthanol, notre coût de production est bien trop élevé, il nous faut donc chercher autre chose pour faire baisser les prix. Nous sommes très dépendants, car beaucoup de produits sont importés, il nous faut donc trouver d’autres solutions pour sortir de cette dépendance. Quelles sont donc vos aides? Principalement l’Europe, l’ADEME (Agence d’Economie d’Energie) et la SIRA pour la recherche des nouveaux plans, la région et après cela on descend au niveau local. Il existe une volonté de la part des politiques en Europe de se sortir de cette espèce de ghetto énergétique, ainsi que des subventions intéressantes pour faire de la recherche. Avez-vous un message à transmettre? Mon message sera que la prise de conscience a tardé, mais maintenant que le processus est en marche, ça va se précipiter et on va gagner du temps. Il y a des impératifs, ça nous rattrape, ça nous a déjà rattrapé et il va donc falloir trouver des solutions. Il faut savoir que depuis le choc pétrolier de 1973, la production de bioéthanol est devenue un enjeu stratégique pour le Brésil et les États-Unis qui assurent à eux deux près des trois quarts de la production mondiale. Au Brésil, le bioéthanol est produit à partir de la canne à sucre, et aux Etats-Unis, il est issu de la transformation du maïs. La production de bioéthanol en France est aujourd’hui assurée à 70% à partir de betteraves et à 30% à partir de céréales, un pourcentage qui va évoluer dans les prochaines années, avec la création de distilleries qui auront pour matières première des céréales. La Suède est l’autre pays pour lequel le bioéthanol représente un produit stratégique, mais elle en importe 75% de sa consommation. L’État suédois a néanmoins mis en place pour 5 ans une politique de défiscalisation du flex-fuel qu’il vient d’ailleurs de proroger jusqu’en 2013. | Lexique Vinasse : Le processus de distillation produit malheureusement des rejets polluants : la vinasse. Pour le rhum agricole, les rejets sont de l'ordre de 250 kg de DCO par mètre cube d'alcool seulement. En plus de l'odeur nauséabonde qu'elles dégagent, les vinasses peuvent constituer une source non négligeable de pollution des eaux. Bagasse : La bagasse de canne à sucre est un résidu fibreux qui constitue, avec l’éthanol gazeux, un important déchet de l’industrie sucrière. Chlordécone : Pesticide organochloré, utilisé entre 1981 et 1993, employé pour le traitement des bananiers pour lutter contre le charançon. Appartient à la même famille que le DDT, le lindane, le mirex. Le chlordécone est un polluant organique persistant, extrêmement rémanent dans l'environnement,qui peut s'avérer très toxique. A été classé comme cancérogène possible chez l'homme dès 1979 mais n'a été interdit qu'en 1993 et a été utilisé notamment aux Antilles. Ce produit est à l'origine d'une pollution importante en Guadeloupe et en Martinique découverte en 1999. À certains endroits, l'eau souterraine contient des taux de chlordécone 100 fois supérieurs à la norme. Remerciement à M Léopold de Saint -Alary, M Philippe Jean et Mme Peronne
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