Au Canada, les médias chinois attisent la colère contre les Tibétains
Écrit par Matthew Little et Jason Loftus, La Grande Époque - Toronto et Winnipeg
02-04-2008
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Des mots familiers La Grande Époque a étudié des dizaines d’articles du World Journal, Ming Pao Daily et Sing Tao Daily. Il en ressort une fidèle reproduction du discours du Parti communiste chinois en ce qui a trait aux récents évènements au Tibet. Les journaux s’appuient abondamment sur les sources du gouvernement chinois et utilisent des citations provocatrices dans tous leurs reportages.
La police est dépeinte, à de nombreuses reprises, comme non violente et presque passive, «extrêmement contenue» et «ne contre-attaquant pas lorsque mordue». Les premiers reportages décrivaient les soldats comme présents, mais «balayant et nettoyant les rues plutôt que de réprimer les manifestants.» (Sing Tao, 15 et 18 mars)
Les Tibétains, quant à eux, sont toujours qualifiés comme violents, vicieux et ils sont tenus responsables d’avoir battu à mort des policiers. (Ming Pao, 21 mars) D’autres articles accusent les Tibétains d’avoir tué des civils innocents.
La couverture dans les journaux a systématiquement répété les dires de Pékin selon lesquels le Dalaï-lama est derrière la «brutale violence criminelle» au Tibet – de même que les affirmations du régime qu’il y a beaucoup d’éléments de preuve pour démontrer ceci – sans toutefois présenter en quoi consiste ces preuves.
Les journaux ont aussi fréquemment adopté les termes utilisés par les médias du régime pour décrire les évènements à Lhassa, qualifiant le gouvernement tibétain en exil de «faux gouvernement» et utilisant le mot plus violent «émeute» plutôt que «manifestation» ou «troubles».
Dans l’analyse finale, les articles donnent l’impression qu’une police passive faisait de son mieux pour contenir de violents Tibétains anti-Chinois qui prenaient part à une attaque bien organisée contre les résidents chinois, les soldats et la police à Lhassa. Les articles n’expliquent pas le contexte des manifestations et dépeignent les Tibétains comme étant généralement impliqués dans le «vol, l’incendie et le meurtre» dans ce qui devrait pourtant être pour le Tibet son «meilleur moment de l’histoire». (World Journal, 16 et 17 mars)
On dirait que le message passe. Plusieurs Chinois habitant dans des pays démocratiques, comme le Canada, croient qu’il faut jeter tout le blâme sur les Tibétains pour les troubles. Droits de l’Homme Cela inquiète les militants pour les droits de l’Homme en Chine.
«Nous sommes assez ébranlés par le fait que les Chinois partout dans le monde, incluant au Canada, sont si mal informés», déplore Michael Craig, président du China Rights Network.
M. Craig souligne que même si plusieurs Tibétains ont été tués et que maintenant «des centaines et des centaines» ont été arrêtés, des lettres des lecteurs envoyées au quotidien Globe and Mail révèlent que des Chinois de Toronto montent aux barricades pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme de violents séparatistes au Tibet.
«Il est vraiment honteux de constater que la propagande du gouvernement chinois fonctionne», constate M. Craig.
Le spécialiste du Tibet Tsering Wangdu Shakya mentionne qu’à part cela, certains Chinois peuvent considérer qu’appuyer la répression est une «bonne opportunité de suivre la ligne du parti.»
«Plus vous coopérez avec le gouvernement, plus vous êtes considéré comme une bonne personne», fait-il remarquer, ajoutant qu’une participation visible pourrait aider les étudiants chinois à se trouver de bons emplois à leur retour en Chine.
Tandis que les médias chinois décrivent les manifestations comme étant l’œuvre du Dalaï-lama et de violents séparatistes, M. Shakya estime que leur origine véritable provient d’un fossé grandissant entre riches et pauvres qui s’est accentué lorsque le régime a incité les Chinois de l’ethnie han à émigrer en très grand nombre au Tibet, marginalisant ainsi les Tibétains.
Selon M. Shakya, le plus grand écart entre riches et pauvres en Chine est au Tibet. Les cadres du Parti communiste sont riches, tandis que les Tibétains moyens sont pauvres.
Des réalités du genre ne sont pas mentionnées dans les reportages des médias chinois étudiés par La Grande Époque.
Ce qui pourrait expliquer pourquoi des immigrants chinois comme Chris, qui se fient à ces informations, sont si convaincus.
Entre-temps, les sympathisants de la cause tibétaine apportent un éclairage nouveau sur la situation. Lobsang Lhedub, président du Tibetan Youth Congress, résume la situation : «Les Chinois, comme nous, souffrent sous le régime communiste.»