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Le meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, célèbre pour sa couverture très critique de la guerre en Tchétchénie, a suscité indignation et émotion dimanche en Russie et dans le monde.
L'émotion d'un moscovite portant le portrait d'Anna Politkovskaïa. Photo de Yuri Kadobnov (AFP/Getty Images) |
Des Etats-Unis au Conseil de l'Europe, nombre de responsables occidentaux se sont associés aux journalistes et défenseurs des droits de l'Homme pour condamner l'assassinat de la journaliste indépendante samedi à Moscou.
En Russie, l'assassinat de la journaliste, dont les obsèques auront lieu mardi, faisait la une dimanche des journaux télévisés. En revanche, l'élite au pouvoir, à commencer par le président Vladimir Poutine, n'avait toujours pas réagi vingt quatre heures après le meurtre.
En milieu de journée, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées place Pouchkine, au centre de Moscou, une affluence notable dans un pays où les manifestations à l'appel des défenseurs des droits de l'Homme réunissent rarement plus de quelques dizaines de personnes.
La manifestation, initialement organisée pour dénoncer la campagne contre les Géorgiens de Russie, a tourné au rassemblement en mémoire de la journaliste. « Le Kremlin a tué la liberté de parole », « Poutine, tu répondras de tout », pouvait-on lire sur les pancartes tandis qu'un mémorial improvisé, avec fleurs, bougies et icônes, était dressé au pied d'un réverbère.
« Son oeuvre doit être poursuivie. Il faut que les journalistes suivent son exemple. Elle a vécu héroïquement et elle est morte héroïquement », a lancé la présidente du groupe Helsinki de Moscou, Lioudmila Alexeeva, la voix brisée par l'émotion.
« Je croyais que nous vivions désormais dans un pays différent mais nous sommes revenus vingt ans en arrière », a déploré Marina, 26 ans, traductrice.
Avant de rejoindre la manifestation, Svetlana Borissovna, une enseignante à la retraite de 77 ans, a tenu à aller se recueillir devant le numéro 8 de la rue Lesnaïa, où la journaliste habitait et a été tuée.
« Elle a beaucoup fait pour la Russie, pour que nous soyons libres. Il faut un avenir pour ce pays, ces enfants », déclare-t-elle, sans pouvoir retenir ses larmes, devant quelques roses et oeillets apportés par des passants.
Anna Politkovskaïa, 48 ans, a été tuée alors qu'elle sortait de l'ascenseur de son immeuble pour aller chercher des courses dans sa voiture. Son meurtrier l'a visée à la poitrine avant de l'achever d'une balle dans la tête, ont rapporté les agences russes en citant des sources policières.
Il a abandonné son pistolet Makarov sur place. La police a diffusé des images vidéo du suspect, le visage dissimulé par une casquette, sortant de l'immeuble.
Pour beaucoup, le meurtre de la journaliste qui dénonçait les exactions en Tchétchénie ainsi que la corruption et les atteintes aux droits de l'Homme dans la Russie de Vladimir Poutine, ne peut être que lié à ses activités professionnelles.
« Ce crime ne peut être que politique. Elle ne s'occupait pas de business, elle était désintéressée », relève Mme Alexeeva.
La journaliste qui travaillait pour le bi-hebdomadaire Novaïa Gazeta, préparait un article sur la torture en Tchétchénie par les milices du Premier ministre tchétchène pro-russe Ramzan Kadyrov.
« Nous attendions un article pour l'édition de lundi. Elle devait l'écrire et l'avait peut-être déjà écrit », a précisé à la télévision NTV Vitali Iarochevski, rédacteur en chef adjoint de Novaïa Gazeta.
Selon Dimitri Mouratov, le rédacteur en chef du journal, la journaliste « avait aussi des photographies très importantes montrant tout cela ». « Nous avons certaines de ses notes et nous allons bien sûr en publier une partie », a-t-il ajouté.
Le porte-parole de Ramzan Kadyrov a dénoncé dimanche les « rumeurs » sur son implication dans l'assassinat, assurant que « pour l'instant il n'y a pas la moindre preuve » menant les enquêteurs en Tchétchénie. Récompensée par de nombreux prix à l'étranger, Anna Politkovskaïa avait publié plusieurs livres, dont « Voyage en enfer. Journal de Tchétchénie » et « La Russie de Poutine ». Elle est la 42e journaliste tuée en Russie depuis l'effondrement de l'URSS et la 12e depuis l'arrivée de M. Poutine au pouvoir en 2000, selon le Comité pour la Protection des journalistes.
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