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Discours prononcé par Michel WU à l'occasion de la conférence «Pékin 2008: Où en sont les droits de l’Homme?» à Lons-le-Saunier le 4 avril 2008
Les Jeux Olympiques de Pékin sont considérés comme l’un des événements internationaux de l’année. Le compte à rebours étant lancé, il est temps de faire le point sur la situation. À 120 jours de l’ouverture des Jeux, la presse courtisane tartine de long en large sur le stade en forme de nid d’oiseau ou bien sur cette piscine qui ressemble à un cube d’eau. Et les autorités qui tiennent la dragée haute ont misé sur la gourmandise des étrangers qui, affirment-ils, ne rateront pas cette belle occasion de gastronomie. Il y a aussi les chronomètres signés d’Oméga, les pistes couvertes de matières jusque-là inconnues, etc. Vous trouverez tous les jours bien d'autres gadgets et curiosités ainsi qu’un programme de festivités dont la débauche de couleurs rivalise avec des idées extravagantes.
Cependant, l’attention des observateurs s’est concentrée, bien entendu, sur ce qui différencie les Jeux de Pékin des olympiades précédentes. Où est la différence ? À n’en pas douter, ce sont les aspects humains. Une image qui ne vous aura sans doute pas échappée est celle de ceux que l’on appelle d’ores et déjà les prisonniers olympiques. Oui, les Jeux ne sont pas encore ouverts, le régime de Pékin a fait déjà des prisonniers, en tête desquels se trouve celui qui a lancé l’année dernière en sept idéogrammes chinois cette apostrophe : « Nous voulons les droits de l’Homme, pas les JO ! » (Bu Yao Ao Yun Yao Ren Quan).
Arrêté en juillet dernier, un ouvrier chômeur du nom de Yang Chunlin est attiré par un dossier brûlant des paysans de sa province du Liaoning, dans le nord-est de la Chine. Depuis plus de dix ans, ceux-ci ont perdu, dans des opérations immobilières pilotées par les autorités locales, les parcelles de terre dont ils disposaient comme le seul moyen d’existence. Ayant épuisé tous les recours possibles, ils se retrouvaient dans une situation désespérée. En vue de les aider à tenter la dernière chance, Yang a recueilli de village en village plus de dix mille signatures et les a publiées sur Internet. C’est dans cet appel que sont apparus pour la première fois les sept idéogrammes susmentionnés. Pour Yang, il est injuste d’abandonner tant de paysans expropriés au profit des JO. Son action est pourtant interprétée comme l’incitation à la subversion. Comparu en début d’année avec mains et pieds menottés, visage cagoulé, il s’est lui-même défendu en réaffirmant : « Nous voulons les droits de l’homme, pas les J.O. ! ». Le 24 mars, le jour où la flamme est rallumée à Olympie, il fut condamné à cinq ans de prison. Yang qui refusait de signer l’acte de condamnation a décidé de faire appel.
Auparavant, parmi les compagnons de Yang, Wang Guilin avait été condamné en janvier à 18 mois de rééducation par le travail forcé, et Yu Changwu est détenu au secret jusqu’à ce jour. Plusieurs autres défenseurs des droits de l’Homme sont également détenus pour s’être exprimés sur les JO de Pékin. Le militant démocrate Zhang Wenhe, originaire de Tianjin, ville portuaire à 200 kilomètres de Pékin, a déployé en octobre dernier dans les rues de la capitale une banderole portant l’inscription : « Nous voulons les droits de l’Homme et la démocratie, non pas des JO fascistes ». Il a été interné de force dans un hôpital psychiatrique.
Selon les statistiques officielles, ne serait-ce que pour l’année 2006, plus de 130.000 plaintes ont été portées aux instances judiciaires, touchant environ un million d’hectares de terrain dont 500.000 hectares de terre cultivée. Cette tendance va en augmentant. Combien de paysans sont ainsi ruinés ? Pas un chiffre n’est communiqué. Il a été confirmé que dans toutes les provinces ont été créées des brigades de police chargées de ramener de force les appelants provinciaux dans leurs villages avant de les traduire devant les tribunaux locaux.
Hu Jia, mieux connu à l’étranger, est un jeune défenseur des droits de l’Homme. Il ne conteste pas les JO, mais dénonce farouchement les violations des droits de l’Homme. L’Union Européenne a plaidé en sa faveur. Incarcéré depuis décembre dernier sous la même inculpation d’incitation à la subversion, il vient d’être condamné à trois ans et demi de prison. Hu Jia n’est pas le seul à appeler les autorités à respecter comme promis les droits de l’Homme à l’occasion des Jeux. Plusieurs avocats, journalistes, écrivains et même des démobilisés de l’armée sont en prison ou en résidence surveillée.
La liste des prisonniers olympiques est longue si l’on se réfère aux Chinois qui pratiquent un culte. Selon les médias indépendants, plus de 2.000 pratiquants du Falun Gong dont une centaine ont été persécutés à mort depuis janvier 2007 (formellement identifiés) et un nombre indéterminable de catholiques fidèles à Rome font l’objet d’arrestations préventives. Les indomptables Tibétains sont encore une fois matés dans un bain de sang ! L’anniversaire de leur insurrection coïncide avec l’année des Jeux. Le monde entier est soumis à un grotesque lavage de cerveau, et l’on connaît mal ces arrestations préventives, derrière lesquelles se dissimule un plan visant à en finir avec toutes les résistances ou les dissidences.
Le cas d’un jeune chanteur compositeur Yuzhou est plus que choquant. Interpellé en janvier dernier pour un contrôle au nom de la sécurité des JO, ce pratiquant du Falun Gong fut emmené en détention et mourut quelques jours après en prison. Sauf un avis à la famille, on ne sait rien sur ce qui lui était arrivé.
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