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Au secours des prisonniers olympiques! Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Michel Wu   
18-04-2008

 

Michel Wu
Michel Wu lors de son discours (Rémi Bleibtreu/La Grande Époque)

 

L’image des prisonniers olympiques et leurs sept idéogrammes résument bien la vérité réelle de la Chine communiste à l’heure de la plus grande fête internationale des sports. Ils sonnent aussi la fin du mythe de la Chine communiste. En fait, le sursaut du régime et la nouvelle résistance des victimes du communisme ont déjà commencé avec la chute du mur de Berlin.

Il y a 19 ans que  Pékin a perdu son fonds de commerce politique et idéologique. Le pays s’est trouvé alors plongé dans une « crise de conviction », les bonnes paroles n’étaient plus payantes, et l’un des signes du désarroi est qu’aucun des dirigeants en place ne parvenait à faire suivre aveuglément. La seule manière qui leur aurait permis de sauver quelque chose est la rigueur morale dont un certain altruisme qu’ils affichaient jusqu’alors. Mais cette ligne de fond, ils l’ont aussi abandonnée.

Tirant la leçon de la banqueroute du Parti communiste d’Union Soviétique, le  Parti communiste chinois (PCC) croit qu’il suffit de redresser par tous les moyens l’économie du pays pour éviter de sombrer à son tour. D’où la philosophie de marché et le fameux slogan « qu’une partie de personnes s’enrichisse d’abord ! ». Par précaution, des cadres du Parti ont interrogé à l’époque le petit timonier : Nos enfants sont-ils aussi de ceux-là ? La réponse de Deng est affirmative. Le PCC a fait ainsi abstraction d’une devise des hommes politiques chinois de tout temps, c’est-à-dire, « la peine avant tous et le plaisir après tous ». Cet appel à s’enrichir sans garde-fou a, comme vous le savez, ouvert la boîte de Pandore. La corruption est aujourd’hui généralisée. Combien de victimes l’abus de pouvoir a-t-il fait ? Une estimation disponible d’un professeur d’université qui plaide en faveur des Chinois ruinés par l’enrichissement de la nomenklatura porte à des dizaines voire des centaines de millions. Des statistiques officielles confirment que 90 % des enrichis sont des cadres du Parti et du gouvernement et selon la banque de développement d’Asie, les riches qui représentent 10 % de la population possèdent 50 % de la richesse nationale, tandis que les pauvres, 10 % aussi, n’en possèdent que 1 %.

Ce qui est d’autant plus gênant pour le régime, c’est qu’il lui est de plus en plus difficile de maintenir le peuple et le monde extérieur dans l’ignorance. Le web a non seulement permis de percer les mensonges du passé, mais aussi de dévoiler la vérité de nos jours, accélérant l’éveil du peuple. Promenant leur regard dans le monde, les Chinois ont découvert un avenir tout proche, Taiwan, considéré jusque-là comme un résidu de la guerre civile. Pendant plus d’un demi-siècle, alors que le continent est soumis à la dictature communiste, l’île a évolué vers une véritable démocratie. Pour plus de 20 millions d’habitants insulaires dont la majeure partie est de souche chinoise,  il n’y a pas de prisonniers politiques. La propriété privée est respectée et la croyance figure parmi les libertés fondamentales. Taiwan vient de réaliser par l’élection libre la deuxième alternance démocratique et son économie, malgré un environnement défavorable, maintient un taux de croissance à 4 à 5 %. Leur revenu par habitant est classé parmi les premiers du monde. C’est plus qu’édifiant ! Les deux destins chinois, les deux voies chinoises sont au vu et au su de tout le monde, et ne devraient-ils pas inviter aussi nos hommes politiques à plus de prudence et de modestie ?!

Aujourd’hui sur le continent, les victimes du communisme – qu’ils soient paysans, ouvriers, croyants, intellectuels ou autres –, ont certes des réclamations différentes, mais ils partagent sans exception le même préalable : la fin du régime dictatorial. Et j’ajouterai que ce raz-de-marée de la société a trouvé un écho favorable chez des vétérans du Parti et de l’armée qui, formant une opposition informelle à l’intérieur de l’appareil, ont réclamé publiquement la liquidation de l’héritage politique de Mao et l’instauration de la démocratie. Je citerai volontiers Hu Jiwei, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Peuple, la Pravda chinoise, Li Pu et Peng Di, tous deux ancien directeur général de l’agence d’information officielle Chine Nouvelle, Li Rui, ancien secrétaire de Mao, Bao Tong, secrétaire de l’ancien Premier ministre Zhao Ziyang déchu en 1989 et bien d'autres encore déterminés à en découdre, car eux-mêmes victimes d’une idéologie pour laquelle ils avaient sacrifié toute leur jeunesse et, qui sait si ne se cache pas parmi eux un cheval noir, leur force d’entraînement n’étant pas à négliger ?!

Je viens d’indiquer le contexte politique et social des prochains JO prévus à Pékin. Les aspects humains de ces jeux sont surtout frappants quand on sait que jamais dans l’histoire des olympiades, on n’a vu le départ de deux torches : la torche officielle et la torche des droits de l’Homme. L’une est portée sous le slogan « un même monde, un même rêve », l’autre, « un même monde, les mêmes droits de l’Homme ». La première est passée récemment par Paris et la deuxième, allumée en automne dernier, a déjà parcouru plus de 80 pays du monde. Elle est entrée fin mars en Chine communiste sous formes diverses et variées. Il s’agit d’une initiative de plus de trois cents personnalités du monde entier qui enquêtent sur la vérité de la persécution des pratiquants du Falun Gong. Une troisième flamme, flamme de la liberté, vient d’être allumée en Inde par les Tibétains qui vont parcourir aussi le monde pour protester contre les atrocités commises par la Chine communiste. Au moment où toutes ces victimes du régime de Pékin se lèvent pour s’émanciper du joug communiste, les JO de Pékin ont été politisés dès le début. Le régime cherche à couvrir ses violations des droits de l’Homme par les performances des athlètes. Il a besoin d’une aura internationale qui sera un produit dopant lui permettant d’intensifier la répression et la persécution. Cette visée politique n’a échappé à personne ; les jeux ont fourni un joli prétexte. Ce qui fait qu’en Chine, les prisons sont partout et surpeuplées, les prisonniers olympiques sont légion.

Dans ces conditions, les JO de Pékin deviennent un dilemme ou un casse-tête pour les bonnes volontés du monde entier. Tout le monde interroge sa conscience : on n’y va ou pas ? Je suppose que si on y va, on n’y va sans doute pas pour s’attirer les bonnes grâces du régime ni en simples athlètes ignorant les conditions humaines dans lesquelles auront lieu les compétitions. Aussi soyez tous fermement convaincus que le respect des droits de l’Homme est le fondement de la paix. À tous mes amis, j’ai déconseillé d’y aller car il est trop pénible de voir qu’une fête soit tellement entachée de sang et de larmes pour tant de prisonniers. À notre cher Président qui affirmait qu’il ne remettrait pas le drapeau dans la poche, je me permets de suggérer ceci : Monsieur le Président, si vous tenez à y aller, vous pourrez très bien faire un jogging au centre de Pékin sous un tee-shirt portant en chinois notre devise républicaine : liberté, égalité et fraternité. Peu importe l’affolement imaginable de vos conseillers. Ce faisant, je suis sûr que votre nom sera inscrit en lettres d’or dans l’histoire et que les Français et les Chinois seront fiers de vous. En attendant, je prie à toutes les femmes et les hommes épris de justice de courir au secours des prisonniers olympiques, qu’on y aille ou pas.

Le 4 avril 2008 à Lons-le-Saunier





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