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David Matas s'exprime sur les prélèvements d'organes en Chine Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Claire Cas   
19-04-2008

David Matas
David Matas, avocat des droits de l'homme, s'exprimant lors d'un séminaire sur les prélèvements d'organes et les droits de l'homme en Chine, le 3 avril 2008, à l'Université de San Diego en Californie. (Alex Li/La Grande Époque)

 

SAN DIEGO, Californie — David Matas,  avocat international des droits de l'homme, a participé à un séminaire sur les prélèvements d'organes et sur les droits de l'homme en Chine, le 3 avril, au  Cross Cultural Center de l'Université de San Diego.


M. Matas a  parlé des conclusions du rapport d'investigation Prélèvements sanglants dont il est le co-auteur avec David Kilgour, ancien membre du Parlement canadien et secrétaire d'Etat. Le rapport fait état de l'enquête concernant les accusations selon lesquelles le gouvernement chinois prélèverait les organes de pratiquants du Falun Gong  vivants, et il conclut : "... il y a eu et il continue aujourd'hui d'y avoir, à grande échelle, des prélèvements d'organes sur des pratiquants du Falun Gong, non consentants."


M. Matas a  expliqué pourquoi il avait décidé de prendre la responsabilité de faire une telle enquête sur le sujet après avoir entendu les accusations venant de la femme d'un docteur, sous le pseudonyme d' "Annie", en 2006, qui disait que les pratiquants du Falun Gong étaient tués pour leurs organes.



Il a mentionné qu'en tant qu'avocat des droits de l'homme ayant travaillé avec les plus importantes ONG  tels qu'Amnesty International et Human Rights Watch, il savait que ce  serait une enquête  pour  laquelle les organisations des droits de l'homme auraient des difficultés.  "Quelqu'un est tué dans une salle d'opération et son corps est incinéré. Donc il n'y a pas de survivant et il n'y a pas de corps. C'est une salle d'opération donc elle est nettoyée après usage, il n'y a pas de lieu du crime. C'est un hôpital, un lieu fermé, pas de témoin."


M.Matas poursuit : "Il devrait y avoir des registres hospitaliers, mais c'est le gouvernement chinois,  aucun accès à l'information, donc nous n'aurons accès  à aucun document . . . c'était à ce genre de choses  que nous devions  nous heurter."


Face à ce défi, MM. Matas et Kilgour ont trouvé une piste pour démarrer leur enquête, en créant une liste de pistes  qui pourraient confirmer ou infirmer les accusations.  Ensemble,  ils ont dégagé 33 pistes à suivre au moment de l'élaboration du rapport.


"Au fond, pour résumer, ce que nous avons découvert, c'est que toutes les pistes  auxquelles  nous avons pu penser qui pouvaient infirmer les accusations, ne menaient nulle part. Chaque piste qui  confirmait les accusations nous donnait quelque chose. Le résultat est que,  en réunissant le tout et en prenant du recul,  nous sommes arrivés à la conclusion que ces accusations étaient vraies. Ce qu'Annie avait dit était vrai. Pas juste les cornées, mais tous les organes. Pas juste de 2002 à 2003, comme elle a dit, mais de 2001 jusqu'à ce que nous publions notre rapport d'enquête. Pas juste à Sujiatun, mais dans toute la Chine" nous dit M.Matas.


Ces pistes comprenaient un certain nombre de conditions nécessaires aux prélèvements d'organes ou bien les permettant. M. Matas a raconté que l'une des pistes fut d'appeler les hôpitaux en se faisant passer pour des patients à la recherche d'une greffe d'organe,  en demandant aux docteurs s'ils avaient des organes provenant de pratiquants du Falun Gong sur la base que, puisque les pratiquants du Falun Gong pratiquent des exercices, ils doivent avoir des organes sains.


Pour tous les appels, 10% ont confirmé que les organes provenaient de pratiquants du Falun Gong, et cela ont été enregistrées. D'autres pistes pointaient des implications militaires dans les greffes d'organes, des  tests sanguins systématiques faits uniquement aux prisonniers qui pratiquaient le Falun Gong, ainsi que le grand pic du nombre de transplantations d'organes en Chine qui correspond au moment où le Parti communiste a lancé sa persécution du Falun Gong.


"La  source d'organes  quasi-exclusive en Chine, depuis le tout début des transplantations, était les prisonniers. Cela a débuté avec des prisonniers condamnés à mort et c'était , plus ou moins, la seule source d'approvisionnement en greffes d'organes en Chine, jusqu'à ce que débute la persécution du Falun Gong. Mais  un an ou deux après le début de la  persécution du Falun Gong, le nombre des transplantations a commencé à décoller. Les chiffres sont allés à la hausse, alors que celui des gens condamnés à mort est resté le même" nous dit Matas.


Cela a  également soulevé le fait que la Chine en basculant du socialisme vers le capitalisme, a commencé à supprimer les subventions allouées au système de santé car il pensait que les hôpitaux feraient payer les patients pour leurs services, se  constituant ainsi leurs  ressources propres. Ce qui a conduit tout le système de santé chinois à devenir lourdement dépendant de l'argent des transplantations d'organes de façon à continuer son travail.


"Non seulement les hôpitaux ont  collecté des fonds  grâce aux  secteurs privés, mais l'armée  a fait de même. L'armée en Chine est un a conglomérat d'entreprises, donc les militaires sont impliqués dans toutes sortes d'affaires leur permettant de collecter des fonds, y compris par grâce à la vente d'organes" dit M. Matas.

 

Actuellement, avec 51 pistes solides et une possible troisième édition de leur rapport, M. Matas  a raconté que M.Kilgour et lui ont fait un grand travail en parlant avec des personnalités dans le monde entier et en organisant des séminaires sur leurs conclusions dans l'espoir que la Chine cesse sa pratique de prélèvements d'organes.


En dépit des conclusions de leur rapport, M. Matas a expliqué que M.Kilgour et lui ont  reçu d'énormes pressions de la part du Parti communiste chinois, par le biais de propagande mensongère. M.Matas a dit que l'une des premières fois où ils ont dû faire face à leur propagande  contre  son rapport avait  eu lieu lors d'un débat avec un représentant de l'Ambassade de Chine en Israël.


M.Matas a dit : "Ce qu'il a fait était un montage personnel de citations de notre rapport et il  contredisait les citations [qu'il avait arrangées]. Je veux dire que je connaissais ces citations. Tout d'abord, je me rappelle de ce que j'ai écrit, mais aussi, notre rapport est consultable sur Internet et les mots-clés  sont accessibles."
"Normalement quand les gens ne sont pas d'accord avec moi, ils essayent d'adopter une position qui semble plausible ou qui semble raisonnable ou que quelqu'un pourrait raisonnablement tenir. Mais ce n'est pas ce qu'a fait le gouvernement chinois. Le gouvernement chinois, en désaccord avec nous, semblait éviter le plausible et se tournait vers  l'outrancier pour prendre des positions que personne ne  pourrait croire. Au début,  cela me faisait  vraiment de l'effet. Je n'étais pas trop sûr de savoir quoi faire " nous dit M. Matas.


M.Matas continua en  mettant en lumière d'autres exemples de confrontations avec la propagande du Parti communiste. "C'est appelé 'la technique du gros mensonge'. C'est une technique de  propagande. C'était en fait  une chose défendue et  énoncée par les Nazis,  par' Hitler qui a dit  que si vous voulez réussir dans la propagande, vous pouvez  probablement mieux réussir avec un  énorme mensonge qu'avec un petit, parce qu'un  énorme mensonge pourrait être si  outrancier que les gens ne penseront pas que vous avez eu l'impudence de vous y engager " dit M.Matas.


M.Matas a dit  qu'il pensait que les manoeuvres  du gouvernement chinois pour éviter de produire toute réfutation valide ou  ou argument plausible contre  son rapport aainsi que l'attirance du gouvernement chinois pour  les mensonges et la propagande sont en eux-mêmes un aveu de culpabilité. " La propagande ne réfute pas le rapport, mais le confirme certainement" dit M.Matas.


En dépit de l' opposition de la Chine, M.Matas a dit que certains progrès ont été faits. Tout en soulignant qu'il restait encore beaucoup à faire. "Même si le problème devait cesser complètement, ce que j'espère certainement qui se produira. Même si la Chine devait cesser la persécution du  Falun Gong, ce  qui devrait certainement se faire. Même si la Chine devient un pays démocratique, ce qui est quelque chose, je pense, que nous  pouvons tous espérer, il demeurera toujours un problème, parce que ce  qui s'est passé est un crime contre l'humanité et comme tout crime contre l'humanité, il réclame réparation" dit M.Matas.
 





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