Comme chaque année, cette dernière période scolaire aura marqué le moment des bilans et des décisions à prendre concernant le passage des élèves au niveau supérieur. Chez les 6-7 ans, ce passage est usuellement astreint à une condition incontournable : savoir lire.
Dans la plupart des civilisations, la découverte de l’écriture est considérée par les historiens comme le tremplin qui permit à l’Homme de quitter les âges sombres de la Préhistoire pour entrer dans l’ère civilisée dans laquelle une société s’établit à travers des lois et des règles garantes d’un équilibre entre ses différents membres.
La lecture, arme indispensable à tout homme doué de raison est en passe de tenir une place de plus en plus minime dans nos sociétés occidentales !
La lecture, présente partout, des panneaux d’affichage aux ordinateurs en passant par les modes d’emploi et les étiquettes des produits de supermarchés…
Alors, l’apprentissage de la lecture devient une étape indispensable dans la découverte de la vie par l’enfant.
Cependant, en France mais aussi dans nombre de pays occidentaux, se pose le problème des enfants non-lecteurs.
Ils sont ainsi entre 10 et 15 % à quitter l’enseignement élémentaire sans la maîtrise de la technique sous-entendant une lecture fluide (sans buter sur les mots dit « nouveaux » ou présentant des graphèmes complexes) accompagnée d’une compréhension explicite du texte lu.
Alors, face à cette lacune éducative d’envergure, le ministre de l’Éducation Gilles de Robien faisait sortir en janvier dernier une circulaire intitulée « Apprendre à lire » et ordonnant l’utilisation exclusive de la méthode syllabique dans tous les cours préparatoires de France.
« Apprendre à lire résulte de la découverte du principe alphabétique de notre langue. Les chercheurs, en France et à l’étranger, en sont d’accord : l‘apprentissage de la lecture passe par le décodage et l’identification des mots conduisant à leur compréhension ».
Jusqu’alors, les enseignants avaient le choix de plusieurs méthodes utilisables simultanément ou pas en fonction de l’affinité de l’enseignant mais aussi en fonction du profil des élèves.
La méthode globale, qui consiste en une reconnaissance directe du mot, était souvent associée à la méthode syllabique, qui, elle, résulte de la découverte directe des lettres assemblées ensuite en syllabes puis en mots porteurs de sens. La méthode phono-synthétique préconisée actuellement dans les pays anglo-saxons (États-Unis, Royaume-Uni) se rapproche plus de la méthode syllabique tout en ayant l’avantage d’intégrer en plus la correspondance graphèmes-phonèmes (lettres et sons).
Il semble donc que cette décision du ministère soit plus une option pour une solution d’urgence qu’un choix de long terme !
En effet, nombre d’enseignants ont développé et assis leur technique propre en adoptant l’une ou l’autre méthode ou en les mixant, cette décision donc de remettre en question totalement leur méthode de travail.
De plus, il faut aussi se demander pourquoi, après quelques siècles passés exclusivement avec le b.a.-ba de la méthode syllabique, avait-on décidé l’instauration de méthodes alternatives dites globales ou semi-globales ? N’est-ce pas dans le but d’apporter une solution d’enseignement pour certains enfants qui « n’accrochaient » pas avec la méthode syllabique ?
Ainsi, la lecture qui nécessite un processus de mémorisation et d’assimilation se mettra en place différemment selon le type d’intelligence de l’individu. Il est probable que l’intelligence linguistique¹ facilitera la méthode syllabique tandis que l’intelligence visuelle spatiale se verra davantage sollicitée avec la méthode dite globale…
Le tout serait donc de détecter par des tests simples le type et le niveau d’intelligence de chacun des élèves. D’où le besoin pour l’enseignant de cours préparatoire d’être en présence de petits effectifs. Pour des raisons similaires et afin de tester les effets du rapprochement du maître aux élèves, la rentrée 2002 avait été le théâtre d’une expérimentation d’une centaine de classes à effectifs réduits (CP de 10 classes). Mais les taux de réussite à l’entrée au CE1 ayant été peu significatifs, ce projet a donc été suspendu car son maintien aurait nécessité un recrutement supplémentaire d’enseignants ainsi que la mise en place de formations spécifiques dans ce domaine…
En fin de compte, il semblerait que ces recherches diverses et quasi infructueuses de réorientation pédagogiques demeurent encore limitées et superficielles dans leur contenu.
Parallèlement, diverses études menées dans plusieurs pays (États-Unis, Royaume-Uni…) ont révélé que la grande majorité d’enfants non-lecteurs et pourtant scolarisés, appartenait souvent à un milieu socio-culturel défavorisé ou avait des parents dont la langue maternelle n’était pas celle employée à l’école.
Le processus d’apprentissage de la lecture dépasserait donc les simples murs de l’école pour s’inviter dans le foyer familial… Le langage d’abord, l’emploi permanent d’une langue étrangère ou de dialecte, peut être source de difficultés pour l’enfant. Le milieu socio-culturel ensuite, avec notamment la propension des parents pour la lecture, qui aura une implication significative pour l’enfant. Ainsi, un enfant à qui on fait la lecture dès le plus jeune âge ou un enfant qui voit ses parents lire régulièrement sera, par mimétisme dans un premier temps et pas plaisir ensuite, attiré vers les livres et la lecture.
Aux parents, donc, d’instaurer un milieu culturel favorable au développement de l’enfant-lecteur : s’inscrire au moins à la bibliothèque du quartier afin de lire pour soi ou pour son enfant, apprendre la langue du pays afin que bébé prenne l’habitude d’entendre ses sonorités… avant de compter sur l’école, c’est une éducation familiale responsable qui pourra faire la différence !
¹ Les intelligences multiples, de Howard Gardner.