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CIA: Un scoop vieux de huit mois Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Aurélien Girard, La Grande Époque-Paris   
29-04-2008

Négociations plombées? Le responsable de l’équipe de négociateurs du Département d’État américain, Sung Kim,
Négociations plombées? Le responsable de l’équipe de négociateurs du Département d’État américain, Sung Kim, quitte Séoul le 25 avril après deux jours à Pyongyang qui «ont permis d’avancer» sur la dénucléarisation de la Corée du Nord. (Jung Yeon-Je/AFP/Getty Images)
«Révélation» soigneusement minutée d’une coopération nucléaire Syrie-Corée du Nord

Le 24 avril, le directeur de la CIA, Michael Hayden, a révélé au Congrès américain et à des journalistes triés sur le volet que la Syrie avait tenté de construire un réacteur nucléaire ayant pour but de produire du plutonium à usage militaire et avait reçu pour cela l’appui de la Corée du Nord.

Quels objectifs sert, à ce moment précis, cette divulgation publique et officielle de ce qui était su par presque tout le monde depuis qu’un raid de l’aviation israélienne avait, le 7 septembre 2007, rasé des installations en plein désert, dans l’est de la Syrie? Logique stratégique unifiée dans l’administration Bush ou dernier «coup» de Dick Cheney et autres faucons?

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) va enquêter sur les révélations américaines. Elle a critiqué les États-Unis pour avoir pris autant de temps à rendre publiques ses informations présumées sur la Syrie et elle a condamné le raid israélien qui a miné son travail de non-prolifération nucléaire.

Quant à la Corée du Nord, le Département d’État américain a déclaré, le 22 avril dernier, qu’elle resterait «très probablement» sur la liste des États-voyous avec Cuba, l’Iran, la Syrie et le Soudan, alors même que les négociateurs américains étaient à Pyongyang pour obtenir du régime communiste nord-coréen des données quantifiées et vérifiables sur leur stock de plutonium. La veille, Damas indiquait par ses agences de presse que les négociations avec Israël sur le plateau du Golan (annexé par Israël en 1981) pourraient déboucher sur une offre de paix durable.

Une pression sur Pyongyang…
Photos satellites et prises de vue au sol dévoilées par la CIA montrent une similitude étonnante entre la centrale syrienne et celle de Yongbyon, le fer de lance de production de plutonium en Corée du Nord dont le démantèlement fait partie des obligations de Pyongyang suite à l’accord de dénucléarisation de février 2007.

Le régime nord-coréen a en effet accepté en février 2007, après son premier essai atomique à l’automne 2006, d’arrêter son programme nucléaire, résultat de négociations à six incluant les deux Corées, le Japon, la Chine, la Russie et les États-Unis. Pyongyang obtient, selon cet accord, la livraison de 50 000 tonnes de pétrole brut contre la fermeture de Yongbyon, réalisée en juillet 2007, puis 950 000 tonnes supplémentaires en échange du démantèlement de ses installations nucléaires. La trame suit celle de l’accord-cadre de 1994 qui avait fait suite, sous l’administration Clinton, au retrait des armes nucléaires américaines stationnées en Corée du Sud. Cet accord-cadre avait finalement échoué, car les deux parties – comme elles le font à nouveau aujourd’hui – s’accusaient mutuellement de ne pas respecter leur part du marché.

Aujourd’hui encore, des zones d’ombre demeurent sur la quantité de plutonium dont dispose Pyongyang (qui pourrait représenter une à quelques bombes atomiques) et sur l’arrêt réel de son programme d’enrichissement d’uranium. Les services de renseignement américains sont de leur côté convaincus que la Corée du Nord n’abandonne le plutonium que pour mieux se consacrer à l’uranium.

En effet, dès 1997, le Pakistan a transmis à Pyongyang son savoir-faire sur l’enrichissement de l’uranium. C’est Abdul Qadeer Khan lui-même, le père de la bombe atomique pakistanaise, qui a reconnu en 2004 avoir transmis cette technologie dont il avoue avoir fait également bénéficier la Libye et l’Iran. En échange, le Pakistan aurait profité de l’expertise coréenne en matière de conception de missiles, ce que le président pakistanais Pervez Musharaf a partiellement reconnu en 2005.

La Corée du Nord aurait dû soumettre, avant le 31 décembre 2007, un «inventaire nucléaire» listant tous ses programmes et matériels, ce qu’elle n’a pas fait, arguant qu’elle n’avait pas reçu toute l’aide économique promise. Elle aurait alors pu quitter la liste des ƒtats-voyous et les sanctions associŽes, ce que George W. Bush Žtait prt ˆ discuter devant le Congrs amŽricain et ˆ tenter d’imposer au Japon. Le démantèlement de la centrale de Yongbyon aurait ensuite ouvert la voie à l’aide économique occidentale.

Les choses semblent donc au point mort depuis décembre. Le Japon demande avec insistance ce que sont devenus les Japonais et les Japonaises kidnappés par la Corée du Nord dans les années 1970 et 1980.

Cependant, le 25 avril, Christopher Hill, négociateur en chef des États-Unis, pensait pouvoir affirmer que son équipe, menée par Sung Kim, directeur des Affaires coréennes au Département d’État américain, avait eu trois jours de discussions intenses et «productives» à Pyongyang.

…et une pression sur Damas
Autre hasard du calendrier, le premier étant que les divulgations de la CIA ont eu lieu en pleine séance de négociation à Pyongyang : c’est le jour même de la déclaration de la CIA que le président syrien, Bachar Al Assad, a confirmé les informations de ses agences de presse et annoncé unilatéralement que le premier ministre israélien, Ehud Olmert, serait prêt à donner l’ordre de retrait des troupes israéliennes du plateau du Golan en échange de la paix avec la Syrie.

Enthousiasme face à l’avancée du processus, ou tentative de contre-feu médiatique?


 
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