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Presse en Algérie : plus de sécurité, moins de liberté Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Lamine Chikhi, Reuters   
09-05-2008
Le président algérien, Aldebelaziz Bouteflika.
Le président algérien, Aldebelaziz Bouteflika. Sous son pouvoir, la presse jouit d’une plus grande sécurité, mais elle se voit nettement plus muselée. (Khaled Desouki/AFP/Getty Images)
ALGER – Une série d'assassinats visant la presse algérienne au début des années 1990 n'avait pas réussi à la mettre au pas. Mais aujourd'hui, les journaux semblent avoir perdu en liberté ce qu'ils ont gagné en sécurité, qui est fragile mais bien réelle.

Des analystes reprochent à cette presse de ne pas suffisamment «creuser» ses enquêtes de peur de se fâcher avec le président Aldebelaziz Bouteflika, qui semble bien parti pour briguer un troisième mandat en avril 2009.

Certains éditeurs estiment que cette forme de régression de la presse indépendante de statut privé est attribuable notamment à une conjoncture de «sortie de guerre» où il est difficile de critiquer un pouvoir algérien qui sacralise le secret. Il est dès lors difficile dans ces conditions de voir l'émergence d'une économie moderne transparente qui permettrait la création d'emplois afin de garantir la stabilité politique.

Pour Mahmoud Belhimer, rédacteur en chef du plus fort tirage du pays, El Khabar, journal arabophone connu pour ses critiques virulentes du pouvoir en place, «les espaces de liberté se sont rétrécis en comparaison avec les années 1990».

«Il y a moins d'enthousiasme et moins de détermination chez les journalistes. Nous vivons une phase de régression», a déclaré Belhimer à Reuters quelques jours avant la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée le 3 mai.

Pour Omar Belhouchet, le patron du très influent quotidien francophone El Watan, «nous sommes dans une sorte de guérilla avec le pouvoir en place. Il y a beaucoup de pressions et la situation est assez tendue».

Fatwa des GIA
La naissance de quotidiens indépendants en 1990 tels qu'El Khabar et El Watan a été rendue possible grâce à la levée du monopole sur la presse, une réforme qui a coïncidé avec «une descente aux enfers» du pays qui a connu une authentique expérience de pluralisme politique, mais également une insurrection islamiste en 1992.

Cette dernière a éclaté après la décision du gouvernement, soutenu à bras le corps par l'institution militaire, d'annuler les résultats des élections législatives qu'aurait remportées haut la main le Front islamique du salut (FIS, un parti islamiste radical). Les violences qui ont suivi ont fait plus de 150 000 morts.

Les rebelles des Groupes islamistes armés (GIA, réputés pour leurs massacres collectifs) avaient ciblé les journalistes en prononçant une célèbre fatwa affirmant : «Ceux qui nous attaquent par la plume périront par le glaive.»

Plus de 60 journalistes et 30 techniciens travaillant dans la presse ont ainsi été assassinés, certains par décapitation.

Pour Belhouchet, qui a échappé à un attentat en 1993, «la situation sécuritaire aujourd'hui s'est nettement améliorée. Je peux prendre un café sur une terrasse sans aucun problème. Avant, nous vivions dans une semi-clandestinité».

Des dizaines de titres ont vu le jour, certains très critiques en comparaison avec la télévision d'État. Aujourd'hui, il existe 65 quotidiens en Algérie, où l'audiovisuel demeure monopole de l'État.


 
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