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Une rencontre d’exception Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Mélanie Thibault, La Grande Époque - Montréal   
14-05-2008

 

Arlecchino, servitore di due padroni

L’Arlequin de Ferruccio Soleri.
L’Arlequin de Ferruccio Soleri. (Diego Ciminaghi)
De Carlo Goldoni
En italien, sous-titre français et anglais.
Cinq représentations terminées (7 au 11 mai 2008)
Théâtre Maisonneuve de la Place de Arts
Mise en scène de Giorgio Strehler
Remise en scène par Ferruccio Soleri
Collaboration Stefano Di Luca
Avec Ferruccio Soleri
Piccolo teatro de Milan-Théâtre d’Europe.
En association avec le TNM, la Place des Arts
Le centre culturel Italie et la Chambre de commerce italienne du Canada

 

Les dates ont filé, affichant complet depuis un bon moment, mais il nous semblait indispensable de rendre compte de l’exceptionnelle rencontre avec la troupe du Piccolo teatro de Milan et le célèbre Arlequin, serviteur de deux maîtres. Cette mise en scène de Giorgio Strehler est jouée depuis 1947. Elle est interprétée depuis quarante ans par le même comédien qui, septuagénaire, n’a rien perdu de sa vitalité.

La pièce est une véritable reconstitution de ce qu’était la Commedia dell’arte et la représentante inventive de l’évolution de ce genre avec plus de onze versions différentes depuis sa création. À l’origine, la pièce n’est qu’un canevas (situations types) selon lequel les comédiens improvisent. Puis, elle sera rédigée et publiée en 1753. C’est donc inspiré des trouvailles des comédiens que Goldoni écrira cette pièce. Réputé pour la virtuosité physique des personnages, Arlecchino servitore de due padroni célèbre la Commedia dell’arte avec une perfection du mouvement et du ressort comique à couper le souffle.

De réputation internationale, ce spectacle magistral n’utilise aucun artifice inspiré des hautes technologies pour attirer les spectateurs. Ce qui est présenté sur scène témoigne du rapport traditionnel que le comédien entretient avec le public : contact chaleureux, dynamique et sans grande pompe. Voilà la Commedia dell’arte dans son essence : reconstituer des situations qui n’épargnent aucune maladresse avec rythme et communicabilité.

Alors que la représentation se donnait au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, c’est comme si nous étions sur une place publique à voir les comédiens s’exécuter sur les tréteaux de Venise. Il existe là un tel naturel dans l’attitude, complété par une technique détaillée de toutes parties du corps, que le public est directement happé par le comique de la situation. Les acteurs entourent le petit espace réservé au jeu et commentent parfois une scène : ils  demandent à un acteur d’intervenir avec une attitude différente. Les comédiens eux-mêmes reprennent certaines parties du texte aux prises avec les commentaires d’un souffleur, texte à la main. Tout cela est fait avec une telle spontanéité que l’on se verrait parcourir avec eux chaque ville du monde, et toujours la surprise serait au rendez-vous.

C’est en cela que nous pouvons parler de rencontre d’exception, car – comme l’a si bien dit Ferrucio lui-même – le personnage d’Arlequin ne se retrouve plus dans notre société moderne, celui-ci ne survivrait pas. Quand celui-ci a faim, il cherche à manger et trouve tous les stratèges fantaisistes inimaginables pour y arriver; quand il a sommeil, il se pose où il se trouve et dort, paisible. Il vit dans l’instant et c’est cette attitude qui est remarquablement amenée. Cette connexion au monde qui l’entoure, dans ces moindres faits et gestes, avec ce ton de voix particulier qui exprime mille nuances ne se retrouve pas ailleurs. Combien de pièces de théâtre peuvent avoir la même dextérité? Il y a enchaînement de projets, puis au suivant! Cette profondeur du jeu dévoilée sous un masque de légèreté a pris une vie à Ferruccio Soleri à développer.

Nous nous en remettons à Strehler pour exprimer tout le talent de monsieur Soleri : «Ferruccio, je ne comprends pas : toi, tu vieillis, mais ton Arlequin est toujours jeune. Comment fais-tu donc?» Le meilleur de l’esprit et du corps. Bravi, bravissimo et longue vie à cette œuvre d’art vivante qui nous remet les idées bien en place!





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