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Symptôme local des tensions entre Russie et Occident Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Aurélien Girard, La Grande Époque-Paris   
15-05-2008
Le nouveau président russe, Dimitry Medvedev (à droite)
Le nouveau président russe, Dimitry Medvedev (à droite), et son premier ministre, Vladimir Poutine (à gauche de Medvedev), assistent au défilé du Jour de la Victoire sur la place Rouge de Moscou, le 9 mai 2008. Medvedev, comme successeur choisi par Poutine, devrait suivre essentiellement les mêmes politiques. La Géorgie, anciennement dans le giron de l’Union soviétique, tente de se rapprocher de l’Occident, ce qui ne convient aucunement à Moscou, en pleine montée en puissance. (Yuri Kadobnov/AFP/Getty Images)
Géorgie
Dans le conflit qui oppose le gouvernement pro-occidental géorgien aux ambitions sécessionnistes de ses provinces d’Abkhazie à l’ouest et d’Ossétie du Sud, la Russie post-Poutine continue de se positionner comme un voisin menaçant et hostile pour la Géorgie.

Derrière l’actualité régionale du conflit, le positionnement de Moscou traduit la poursuite du bras de fer entre une administration américaine qui n’accepte pas la résurgence d’un bloc russe fort et une administration russe dont le mode de fonctionnement est comparable à celui de la période soviétique. Moscou entend garder tous les leviers possibles pour redevenir une puissance politique et économique incontournable.

Les faits récents auraient suffi dans bien des cas au déclenchement d’un conflit armé. Dans la région d’Abkhazie, partie incontestable du territoire souverain de Géorgie, les troupes sécessionnistes abkhazes revendiquent la destruction de cinq drones géorgiens depuis le 20 avril. Problème : les forces abkhazes ne disposeraient pas d’équipements permettant ce type de frappe sur des objets aériens, et les drones détruits – quel que soit le nombre réel – l’auraient été par l’armée russe.

Le 8 mai dernier, le président géorgien, Mikheïl Saakachvili, a déclaré que la guerre avec la Russie était proche, motivant immédiatement la formation d’une délégation de ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne qui s’est rendue à Tbilissi (capitale géorgienne) le 12 mai. L’objectif était de trouver une solution à l’escalade de la tension entre les deux pays. Le même jour, le «ministère» de la Défense abkhaze a affirmé que le dernier drone géorgien détruit était porteur d’un missile air-air.

Une vieille histoire
L’Abkhazie n’est ici qu’un mandataire du pouvoir russe. Les indépendantistes abkhazes ne vivent et n’agissent que grâce au soutien ouvert de Moscou. Lors de la guerre civile qui a déchiré la Géorgie de 1991 à 1995 suite à un coup d’État qui fit chuter le premier président librement élu du pays, la Russie postcommuniste a pris fait et cause pour les séparatistes ossètes et abkhazes et a durablement installé, sur le territoire géorgien, 2000 soldats considérés comme une «force de paix» censée stabiliser le pays.

Les relations exécrables entre les deux pays datent de cette époque. Elles ont culminé à une crise diplomatique permanente depuis que la Géorgie a arrêté quatre officiers russes, accusés d’espionnage, en septembre 2006. Les violations de l’espace aérien géorgien par des avions russes se sont depuis multipliées comme des piqûres d’épingle servant la guerre des nerfs de Moscou contre Tbilissi.

En novembre 2007, en pleine émeute populaire, Tbilissi a expulsé trois diplomates russes accusés d’avoir voulu organiser avec les leaders de l’opposition géorgienne un «coup d’État», ce à quoi Moscou a répliqué en expulsant trois diplomates géorgiens.

Vladimir Poutine, qui continuera d’imprimer sa marque en tant que premier ministre après l’avoir imprimée en tant que président, a franchi un cap extrêmement important en faisant émettre à la mi-avril un décret établissant des relations officielles avec les «gouvernements» d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Pour plusieurs observateurs, il fait ainsi démarrer la Russie sous présidence Medvedev – ce dernier étant entré en fonction le 7 mai – à un rythme qui forcera celui-ci à se positionner de façon forte face à la communauté internationale… et donc à suivre la ligne de son très présent prédécesseur.

Régions prorusses vers régions russes?
L’objectif de Moscou est-il de faire un pas de plus vers une incorporation de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie à la Russie, comme le supposent des analystes nord-américains? Moscou a décidé d’envoyer des forces supplémentaires en Abkhazie pour «compléter» les hommes de sa «force de paix» présente dans la région depuis 1994. Plusieurs centaines de nouveaux soldats vont être déployés, a indiqué le ministère de la Défense russe le 8 mai, pour atteindre un contingent de 2500, avec comme objectif d’arriver aux 3000 soldats permis par le mandat de maintien de la paix.

Après Bucarest
Ou bien, la Russie cherche-t-elle principalement à tirer la Géorgie vers un conflit armé? On serait tenté de le croire au vu de la dimension des provocations. Moscou accuse Tbilissi de masser ses troupes entraînées par des spécialistes américains en bordure de l’Abkhazie, ce que les porte-parole du gouvernement Saakachvili ont fermement démenti. Et si le président Saakachvili a en quelque sorte été forcé de dire qu’une guerre était proche pour préserver l’honneur de la Géorgie, son gouvernement n’est à la recherche que d’un scénario de sortie. Car tout conflit serait forcément en défaveur du pays, qui ne recevrait pas de soutien de l’Europe, et qui ruinerait ses espoirs de rejoindre l’OTAN.

C’est peut-être là l’objectif principal de Moscou, qui ne s’est pas satisfait des déclarations de l’OTAN au récent sommet de Bucarest – lesquelles laissent ouvertes, pour «plus tard», la question de l’adhésion à l’OTAN de la Géorgie et de l’Ukraine. La Russie paraît vouloir empêcher de nouveaux élargissements qui la placeraient dans un étau d’anciennes républiques soviétiques pro-occidentales, prêtes à recevoir les batteries du bouclier antimissile américain et pouvant accueillir des contingents de la force atlantique aux frontières de Russie.


 
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