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Afrique du Sud: «Déshonneur et humiliation de notre nation» Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Aurélien Girard, La Grande Époque - Paris   
27-05-2008
Une habitante du bidonville Reiger Park, en Afrique du Sud
Une habitante du bidonville Reiger Park, en Afrique du Sud, regarde dans le vide alors que des maisons brûlent derrière elle. La violence contre les immigrés dans le pays d’Afrique australe a pris l’ampleur d’une crise nationale. (John Moore/Getty Images)
Avec plus de 50 personnes brûlées vives ou tuées à la machette, principalement à Johannesburg, l’Afrique du Sud  vit depuis deux semaines la plus forte bouffée de violences xénophobes depuis près de quinze ans. Alors que les pays voisins organisent le rapatriement d’urgence de milliers de leurs ressortissants, le président sud-africain, Thabo Mbeki, est vivement critiqué pour la lenteur de réaction de son gouvernement. Samedi dernier, au moment où des dizaines de milliers de Sud-Africains manifestaient contre la violence dans les rues de Johannesburg, Mbeki n’a pu que s’excuser pour «le déshonneur et l’humiliation» de son pays, modèle espéré de pacification sur le continent africain.

Les violences ont commencé le 12 mai à Alexandra, un des quartiers pauvres de la banlieue est de Johannesburg, sans qu’un évènement déclencheur précis ait pu être identifié. Des bandes organisées ont, en pleine nuit, mis le feu à des maisons occupées par des «étrangers», plusieurs étant arrosés d’essence et repoussés dans les flammes alors qu’ils tentaient d’échapper à l’incendie.

Des milices parlant zoulou se sont mises en chasse de personnes anglophones, donc suspectes, dans une atmosphère de folie collective. L’image de l’Afrique du Sud, qui aimerait se voir comme le leader naturel du continent africain et donner une image d’harmonie interraciale et de gardien de la paix continental, souffre violemment de cette bouffée xénophobe.

Les victimes tuées à la machette ou brûlées vives viennent de ces mêmes pays – Zimbabwe, Mozambique, Nigeria, Liberia – qui ont aidé l’Afrique du Sud à se libérer de l’apartheid et qui ont accueilli dans les années 1980 les Africains du Sud fuyant la répression menée par le pouvoir blanc.

«Que cela ait lieu dans un pays qui a souffert de l’apartheid, de la négation de son identité, qui a bénéficié de la solidarité de voisins qui l’ont accompagné dans sa lutte courageuse contre un système raciste et xénophobe, nous interpelle», s’attriste par exemple le journal sénégalais Sud Quotidien.

Si le gouvernement sud-africain est aujourd’hui sur la sellette pour son manque de réactivité, il n’est pas le seul : la police sud-africaine est largement critiquée, non seulement pour sa corruption, mais aussi pour son inefficacité à combattre les violences, ce qui a forcé le gouvernement à appeler l’armée au secours.

À Johannesburg, des véhicules de police ont été vandalisés par des Aomaliens de la province de Gauteng, qui se sont réfugiés à Mayfair, au centre de la ville, où leur communauté est plus fortement représentée. La communauté somalienne accuse en effet la police d’être elle-même impliquée dans les violences. À Mayfair, la police sud-africaine serait coupable, depuis des années, d’extorsions régulières ciblées sur les «étrangers».

D’ailleurs, dans les faubourgs de Durban, les attaques n’ont «rien de xénophobe» d’après la police que cite la presse locale. Une petite dizaine de personnes seulement y ont été arrêtées, entretenant le climat de défiance vis-à-vis de la police.

C’est donc avec raison que l’ordre de déploiement de plusieurs centaines de militaires à Johannesburg a été donné le 21 mai par le président Mbeki, une première depuis 1994. Malgré cela, le vendredi 23 mai, les violences avaient atteint Cape Town – la vitrine du tourisme sud-africain – plusieurs centaines de ressortissants somaliens et zimbabwéens ont dû être évacués d’un bidonville.

Les industriels du tourisme s’inquiètent déjà de l’impact économique des violences, d’autant que plusieurs pays occidentaux ont déjà émis des messages d’avertissement à leurs ressortissants prévoyant se rendre en Afrique du Sud.

Le tourisme, qui assure 8 % du PIB sud-africain, emploie près d’un million de personnes et doit devenir une manne financière de tout premier ordre à l’approche de la Coupe du monde de soccer de 2010.

Si environ 400 personnes liées aux violences ont été arrêtées, le gouvernement sud-africain n’a pas su communiquer clairement sur les inculpations éventuelles. En tout état de cause, ces arrestations n’ont pas encore suffi à rassurer les immigrés vivant en Afrique du Sud, ni à faire cesser les lynchages qui continuent au moment de la rédaction de cet article.

Des dizaines de milliers de réfugiés
Pour la seule journée du 22 mai, 15 000 Zimbabwéens se sont enfuis pour retourner dans leur pays. À Cape Town, ce sont plus de 10 000 migrants qui ont été déplacés.

Le Mozambique a décrété, le 24 mai, l’état d’urgence et indiqué que plus de 15 000 de ses ressortissants – sur les 500 000 présents en Afrique du Sud, généralement pour travailler dans les mines – avaient déjà été rapatriés.

Le Malawi a de son côté fait affréter des bateaux et entamé l’évacuation d’un millier de ses citoyens, via le Mozambique.    


 
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