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Accueil arrow L'actualité arrow International arrow Afrique du Sud: «Déshonneur et humiliation de notre nation»
Afrique du Sud: «Déshonneur et humiliation de notre nation» Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Aurélien Girard, La Grande Époque - Paris   
27-05-2008

Morgan Tsvangirai enfin, chef de file de l’opposition zimbabwéenne qui tentera le 27 juin de mettre fin à 28 ans de règne de Robert Mugabe, a proposé l’aide de son parti, le Mouvement pour un changement démocratique (MDC), pour assurer un éventuel retour au Zimbabwe.  

Lui-même réfugié en Afrique du Sud depuis deux mois pour déjouer un complot d’assassinat orchestré par l’armée de son pays, Tsvangirai a rendu visite à ses compatriotes rassemblés dans des églises en Afrique du Sud, avant de retourner sous haute protection à Harare, le 24 mai, pour mener sa campagne de second tour. Dans l’incertitude du résultat des élections du 27 juin, plus de 3 millions de migrants zimbabwéens, qui ont fui l’inflation galopante et les violences du pouvoir en place dans leur pays, se trouvent aujourd’hui à devoir choisir entre peste et choléra – les machettes d’Afrique du Sud ou les prisons et la faim du Zimbabwe.

L’œuvre du social, la part du politique
La situation économique et le chômage sont largement accusés d’avoir été les déclencheurs des violences. Les mesures en faveur de l’industrie prises par Thabo Mbeki sont impopulaires. Dans un climat d’augmentation des prix alimentaires, de flambée du pétrole et de coupures régulières d’alimentation électrique, s’ajoutent, ce que ne mentionne aucun des médias sud-africains, les gigantesques carences du système éducatif. Dans les écoles comme dans la rue, la violence est reine et «naturelle» dans ce pays qui souffre d’un des taux de criminalité les plus élevés au monde.

Comme elle reste la première puissance économique du continent, des milliers d’immigrants, de «sans-papiers» s’installent chaque année en Afrique du Sud, soit pour échapper à la répression dans leur propre pays, soit pour y trouver un travail.

Kader Asmal, ancien ministre, appelle son pays à reconnaître ses responsabilités : «Tous, nous sommes restés silencieux face aux mauvais traitements, au pouvoir de la police, à l’arrogance et à la cruauté des responsables administratifs, à l’absence de cœur parfois de nos services médicaux et face aux précédentes violences contre les immigrés. Nous avons trahi les enfants de la diaspora africaine en n’aidant pas nos concitoyens d’Afrique du Sud à comprendre qui sont ces “étrangers à nos portes”, pourquoi ils sont en Afrique du Sud et quelle est leur valeur pour notre vie économique et civique», indique-t-il, cité par le journal local Daily Mail&Guardian.

Pour le pasteur Paul Verryn, dont l’église accueille des réfugiés, les Sud-Africains sont devenus hostiles essentiellement du fait de l’arrivée massive de Zimbabwéens. «Leur nombre a créé de l’anxiété», dit-il. «On ne peut pas ne pas réaliser que beaucoup d’entre eux sont très éduqués, avec une éthique de travail forte. Ils prennent n’importe quel travail pour survivre. S’ils sont docteurs et qu’ils doivent vendre des journaux, ils le feront. Et vous les voyez avancer rapidement alors que d’autres restent inactifs.»

Selon le ministre mozambicain des Affaires étrangères, Oldemiro Baloi, cité par le journal Sud Quotidien, les raisons fournies par l’Afrique du Sud sur les attaques contre les étrangers sont superficielles. «Les raisons données, selon lesquelles les Mozambicains prendraient leurs emplois (des Sud-Africains) et seraient à l’origine de la recrudescence du taux de criminalité, sont extrêmement superficielles pour des incidents de cette gravité», a-t-il estimé. «Il doit y avoir une autre justification. Je ne sais pas laquelle, mais je suis convaincu qu’il doit y avoir une autre raison et que les autorités sud-africaines partagent ce point de vue», a-t-il ajouté.

C’est également ce que pensent les services de renseignement sud-africains, pour qui les violences ont été orchestrées dans l’optique des élections générales de 2009. Manala Manzini, directeur du renseignement national, a ainsi déclaré qu’on voyait se reproduire les phénomènes qui avaient marqué la transition post-apartheid au début des années 1990, en particulier l’approche des premières élections démocratiques en 1994 : «Nous croyons qu’avec la préparation d’élections nationales l’année prochaine, la violence dite “Noirs sur Noirs” que nous avons vue avant la première élection de 1994 a été délibérément orchestrée et lâchée. Parce que des forces dans ce pays et en dehors continuent de refuser d’accepter le fait que nous sommes capables de nous diriger et gouverner nous-mêmes, qu’en tant qu’Africains nous pouvons libérer notre peuple des menottes de la pauvreté imposées par le passé colonial», rapporte le Daily Mail.

Visées par les accusations : les anciennes forces de sécurité de l’apartheid. Mais si, au printemps 1994, l’extrême droite avait effectivement le pouvoir de nuisance suffisant pour organiser une série d’attentats visant l’ANC (Congrès national africain, parti aujourd’hui au pouvoir), il est difficile d’imaginer que cette même extrême droite aujourd’hui anéantie ait pu soudainement renaître de ses cendres.

Tout comme les immigrants sont devenus boucs émissaires des difficultés des Sud-Africains des banlieues pauvres de Johannesburg et d’ailleurs, le spectre du colonialisme et du racisme semble l’être aussi pour chacune des difficultés rencontrées par un pouvoir sud-africain dont «le mélange d’arrogance et d’idiotie» n’a pas fini d’hérisser ceux qui furent les plus fervents défenseurs de la fin de l’apartheid – la députée Helen Suzman et l’écrivain André Bink par exemple.




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