|
Une équipe canadienne désire aller en Chine pour enquêter à propos des allégations selon lesquelles des camps de travaux forcés et des hôpitaux dans ce pays prélèvent les organes des prisonniers de conscience encore vivants pour les vendre sur le marché lucratif des transplantations d’organes. Cependant, ils se sont heurtés à un obstacle en faisant face à une ambassade chinoise désobligeante à Ottawa. David Matas, avocat des droits de l’homme, participe à l’enquête David Matas, avocat des droits de l’homme, participe à l’enquête canadienne sur les prélèvements d'organes de pratiquants de Falun Gong en Chine. photo : Noé Chartier/La Grande Époque | Près de deux semaines après que l’ex-secrétaire d’État, David Kilgour, et l’avocat spécialiste des droits de l’homme, David Matas, aient sollicité une rencontre avec l’ambassadeur chinois pour discuter des modalités d’un voyage en Chine, l’équipe n’a toujours pas reçu de réponse. Au début de mai 2006, MM. Kilgour et Matas ont commencé à enquêter au sujet de reportages affirmant que le régime communiste prélevait les organes de pratiquants de Falun Gong vivants incarcérés dans les camps de travaux et les hôpitaux, tuant ainsi les victimes dans le processus et incinérant les dépouilles pour détruire les preuves. Trois semaines après que les allégations troublantes ont été publiées en primeur par La Grande Époque en mars dernier, les autorités chinoises ont invité les observateurs internationaux à inspecter un des lieux (un hôpital dans le nord-est de la Chine) où, paraît-il, près de 6000 pratiquants de Falun Gong détenus avaient subi des prélèvements d’organes vendus ensuite à profit. En avril, des employés de l’ambassade américaine à Beijing se sont fait offrir une visite guidée de l’hôpital, organisée par les autorités chinoises, et ils ont déclaré qu’ils n’ont pas trouvé de preuve de prélèvements d’organes, tout en affirmant être préoccupés par ces reportages. Aucune enquête indépendante n’a été autorisée par le régime chinois. Peu après, un informateur de l’armée chinoise a confié à La Grande Époque que la pratique des prélèvements d’organes sur des pratiquants de Falun Gong en détention était en effet répandue à travers le pays et que de gros efforts étaient déployés, depuis la publication des premiers articles par les médias, pour détruire les preuves. Des porte-parole de Falun Gong ont demandé que des enquêtes indépendantes soient menées sur des camps de travaux et des hôpitaux partout en Chine. Quand MM. Matas et Kilgour ont commencé leur enquête en mai, ils avaient planifié, entre autres, de diriger une inspection indépendante des camps de travaux et hôpitaux. M. Matas a dit que lui et M. Kilgour ont demandé de rencontrer l’ambassadeur chinois pour discuter des conditions requises pour mener cette enquête à bien. «Ça ne sert à rien d’avoir seulement droit à une visite avec guide où ils décident qui nous voyons et à qui nous parlons», a-t-il mentionné. «Il doit y avoir une manière d’y avoir accès, et c’est pourquoi nous voulons parler à l’ambassadeur ou à quiconque il nomme à sa place.» Dans des conversations enregistrées avec des journalistes de La Grande Époque se faisant passer pour des personnes intéressées à recevoir des organes, les médecins et le personnel hospitalier à travers la Chine ont admis détenir des organes «Falun Gong», mais ils ont spécifié que l’approvisionnement n’allait pas durer. Des observateurs constatent que les autorités chinoises pourraient essayer de détruire les preuves qui restent relatives aux prélèvements d’organes de pratiquants de Falun Gong avant la date limite du 1er juillet, quand la Chine interdira la vente d’organes. Matas et Kilgour veulent être libres de visiter les camps de travaux et rencontrer les témoins de leur plein gré. «Nous voudrions faire des visites-surprises dans différents endroits; nous voudrions parler à des gens de notre choix sans avoir à obtenir l’autorisation du gouvernement au préalable et, bien entendu, sans que le gouvernement soit présent», a précisé M. Matas. «Il y a de nombreuses conditions comme celles-ci qui feraient que, lors de notre présence là-bas, nous serions libres d’enquêter et non pas se faire présenter des preuves que le gouvernement chinois a lui-même assemblées.» Mais si l’équipe ne peut pas aller en Chine, l’enquête va quand même se poursuivre. «Nous allons simplement poursuivre avec notre rapport», dit M. Matas. «Aller en Chine nous aiderait, mais ce n’est pas essentiel, nous pouvons faire le rapport sans y aller et nous le ferons si c’est nécessaire.» Lors d’une conférence au début de mai, David Matas a dit que l’équipe allait aussi se fier sur des entrevues avec des témoins qui sont maintenant à l’extérieur de la Chine, de même que sur des entrevues téléphoniques avec des sources en Chine. D’autres personnes se sont heurtées à des problèmes en essayant de rencontrer des témoins en Chine. La plupart des personnes voulant mener des enquêtes en Chine se sont fait refuser un visa. Toutefois, Edward McMillan-Scott, vice-président du Parlement européen et fondateur de l'Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l'homme de l’Union européenne, a réussi à faire une visite de trois jours en Chine le 21 mai 2006 avec l’intention d’enquêter sur les rapports de prélèvements d’organes. M. McMillan-Scott a interviewé des pratiquants de Falun Gong qui ont été emprisonnés dans des camps de travaux forcés et des centres de détention, incluant Cao Dong, 36 ans, qui a témoigné avoir vu le corps d’un compagnon de pratique de Falun Gong tué par les autorités, et il a vu des trous là où ses organes avaient été retirés. Cao Dong est porté disparu depuis l’entrevue avec M. McMillan-Scott. Ce dernier affirme que la police a fait un raid dans l’appartement de M. Cao et a interrogé son compagnon de chambre pendant cinq jours. «J’ai demandé une rencontre urgente avec l’ambassadeur chinois auprès de l’Union européenne», a écrit M. McMillan-Scott dans une lettre publiée dans un quotidien britannique. «Si les gens à Beijing croient que c’est la manière de se préparer pour les Olympiques, alors ils se sont trompés.» M. Matas a dit qu’un rapport de l’enquête conduite par son équipe sera disponible à la fin de juin, mais la date de publication sera repoussée si l’équipe obtient la permission d’aller enquêter en Chine.
|