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Chine : Les prisonniers du camp de concentration Sujiatun transférés Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par La Grande Époque   
20-04-2006

Les pratiquants de Falun Gong détenus dans le camp de concentration souterrain à Sujiatun auraient été transférés à la hâte avant l’arrivée d’enquêteurs internationaux dans la ville de Shenyang, au Nord-Est de la Chine. C’est ce qu’a affirmé le 8 avril le Comité d’enquête sur les camps de concentration chinois, qui craint un « nettoyage » de tous les autres camps et demande une enquête internationale en urgence.

Un transfert d'organe
En Chine, la médecine est un commerce comme un autre : offre et demande, fournisseurs et distributeurs. Photo : AFP/Getty Images
 

Récemment, des journalistes et des enquêteurs internationaux se sont discrètement rendus dans le quartier Sujiatun de la ville de Shenyang. Leur but est de vérifier les révélations choc faites il y a quelques semaines sur l’existence d’un camp de concentration caché dans les sous-sols de l’hôpital de traitement de la thrombose. Plusieurs sources concordantes ont en effet indiqué que plusieurs milliers de pratiquants de la méthode bouddhiste Falun Gong y ont été maintenus et ont servi de banque d’organes vivante pour le marché de la transplantation.

D’après nos sources, suite à ces révélations le bureau de la sécurité publique du parti communiste chinois (PCC) a expédié un grand nombre d'agents de renseignements en civil autour de l'hôpital de Sujiatun et de la gare de la ville de Shenyang. Prétendant être des livreurs, des passants ou des conducteurs de tricycle, ces agents repèrent les journalistes et enquêteurs potentiels et leur transmettent de fausses informations.


Demande d’enquête internationale

Un « Comité d’enquête sur les camps de concentration chinois » vient de publier un document compilant toutes les informations disponibles sur les camps de concentration en Chine et sur le prélèvement d’organes à des prisonniers de conscience vivants. Ce comité de militants associatifs experts de la Chine affirme que les prélèvements sont faits sur des personnes vivantes, utilisées comme de la simple matière première avant d’être incinérées. Le Comité conclut son rapport en appelant la communauté internationale à enquêter d’urgence sur les crimes cachés dans les camps de travaux forcés de toutes les grandes villes et provinces de Chine.

De leur côté, les pratiquants de Falun Gong en Europe et aux Etats-Unis sont évidemment particulièrement inquiets pour leurs proches en Chine. Ils ont demandé dans différents communiqués de presse « que le Parti communiste chinois ouvre tous les camps de travaux détenant des pratiquants de Falun Gong aux enquêteurs internationaux. »

L’horreur dans toute la Chine - Collaboration entre hôpitaux et camps de travaux forcés

Le camp de Sujiatun, le premier révélé par la presse, aurait donc aujourd’hui été complètement « nettoyé ». De source officielle rien n’a bien sûr existé. Cette première révélation a cependant déclenché un sursaut de conscience, chez des médecins comme chez certains membres du PCC qui ont contacté notre journal. Ils parlent aujourd’hui – anonymement bien sûr – d’un réseau national : L'atrocité des prélèvements d’organes sur des pratiquants du Falun Gong ensuite incinérés vivants aurait lieu en Chine depuis des années. Certains décrivent un véritable marché de l’horreur qui fonctionnerait comme n’importe quel commerce, avec fournisseurs de matières premières (les prisonniers), usines de fabrication (les camps qui réalisent les prélèvements), circuits de distribution et enfin vente – à des chinois et bien souvent aussi à de riches occidentaux qui subissent la pénurie d’organes en Europe et aux Etats-Unis.

Pic des prélèvements d'organes entre 2001 et 2003

La répression du Falun Gong a été lancée en 1999 par l’ancien président chinois, Jiang Zemin, dont le trop populaire groupe spirituel était devenu la bête noire. Avec pour motto « Les discréditer, les ruiner, les détruire » Jiang et le « clan de Shanghai » (hauts-gradés du pouvoir communiste originaires comme Jiang Zemin de la ville de Shanghai) ont déclenché une meurtrière vendetta.

D’après nos sources, le plus grand nombre de prélèvements d’organes a eu lieu dans la période 2001-2003 et a diminué – mais diminué seulement – quand Jiang Zemin a lâché les rênes du pouvoir chinois et que le « clan de Shanghai » a graduellement perdu de l’influence.

A titre d’exemple, la même Chine qui n’a pas opéré plus de 78 transplantations hépatiques entre 1991 et 1998 en a réalisé rien moins que 3000 en 2003 !

Des camps surchargés : 5 000 à 20 000 disciples de Falun Gong en moyenne

Les mêmes sources indiquent que l’apparition de camps secrets comme celui de Sujiatun est liée à la surcharge des autres camps de travaux forcés, qui détenaient en moyenne 5 000 à 20.000 pratiquants de Falun Gong.

Le régime aurait choisi parmi eux, comme « candidats » pour les prélèvements d’organes, les personnes originaires de campagnes éloignées, les chômeurs, ou ceux dont la famille n’était pas joignable. Autrement dit, tous ceux qui ne seraient pas demandés par des proches ou des collègues. Après analyses de sang pour déterminer la compatibilité immunologique des organes avec les receveurs, ces hommes et ces femmes étaient tout simplement tués le jour de l'opération, et leur corps incinéré. De leur côté, quelques semaines plus tard, Monsieur Smith ou Madame Dupont pouvaient rentrer chez eux guéris, soulagés de leur douleur ainsi que de quelques dizaines de milliers de dollars.

Ils ne sont jamais revenus

L’image qui se profile de ce trafic d’organes ne pointe malheureusement pas vers un phénomène unique, atroce mais isolé – il aurait en réalité touché presque toutes les provinces chinoises, et les toucherait encore. Les enquêtes internationales, si elles ont lieu, mettront probablement des années pour déterminer combien de pratiquants de Falun Gong ont perdu la vie de cette manière entre 2001 et 2003.

D’après nos sources au sein même du PCC, l’espoir de survie pour ces pratiquants de Falun Gong dont les analyses de sang montraient qu’ils étaient donneurs compatibles était quasi nulle.

Dans le seul camp de Sujiatun, le premier révélé, l’épouse d’un médecin impliqué dans les prélèvements affirme que plus de 4.000 pratiquants de Falun Gong auraient été incinérés après prélèvement de leurs organes.

La répression du Falun Gong, de l’interdiction aux camps de la mort

Il n’a fallu que quelques années pour en arriver là. Après que le PCC ait commencé à persécuter le Falun Gong en juillet 1999, un grand nombre d’adeptes de diverses provinces sont allés à Pékin « faire appel » au gouvernement. Pacifiques, ils déployaient des banderoles sur la place Tiananmen, disant au gouvernement et au public « Falun Gong est bon (Falun dafa hao) » - avec l’espoir d’arrêter la persécution et de retrouver le droit de pratiquer librement leur croyance. D’après les estimations du gouvernement chinois lui-même, il y avait à l’époque quasiment 100 millions de pratiquants de Falun Gong en Chine. En 2001, c’étaient chaque mois environ 700.000 d’entre eux qui arrivaient à Pékin pour déposer leur pétition au gouvernement.

Tous les canaux de pétition ont à cette époque été bloqués et le « bureau d'appels » de Pékin est devenu un lieu d’arrestation. Les appelants ont été détenus, souvent battus, parfois renvoyés dans leur province. Parfois aussi ils ne sont jamais revenus.

Le plus grand flou règne quand il s’agit d’évaluer le nombre de pratiquants de Falun Gong emprisonnés et le nombre de disparus. Les canaux d’information sont étroitement surveillés par le régime, et on en reste donc à des estimations. Il y aurait probablement, selon les chiffres les plus réalistes, quelques centaines de milliers d’entre eux dans les camps.

Braderie d’organes

Trois semaines après que l’horreur du camp de concentration de Sujiatun ait été révélée, le ministère de la santé chinois a établi à la hâte un règlement provisoire sur les greffes d'organes humains, qui « interdit les greffes non conformes à la loi ou à l'éthique médicale. ». Sa date d’entrée en vigueur a été fixée au 1er juillet, ce qui laisse 3 mois à compter de la promulgation pour « faire le ménage ». Avec ce que cela implique.

Le 4 avril, plusieurs pratiquants de Falun Gong qui étaient détenus au centre de Détention numéro 2 dans le district de Nangou, ville de Fushun dans la province de Liaoning ont été secrètement transférés dans un endroit inconnu juste après une analyse de sang.

Le Comité d’enquête sur les camps mentionné en début d’article affirme que les hôpitaux et les centres de greffe dans les provinces d’Heilongjiang, Liaoning, Jilin, Pékin, Tianjin, Henan, Hebei, Hubei, Hunan, Shanghaï, Zhejiang, Yunnan, Anhui, Shaanxi et Xinjiang, font des heures supplémentaires pour effectuer des opérations de greffe. Des membres du personnel hospitalier ont indiqué à un enquêteur du Comité que les patients devraient se dépêcher s'ils voulaient une greffe. Il pouvait pour l’instant suffire d’un ou deux jours pour trouver un organe, mais que ce serait bien plus difficile ensuite.

La question qu’il est difficile de se sortir de la tête une fois qu’on est convaincu de la réalité du phénomène des prélèvements d’organes est tout simplement : Combien ? Combien de camps, combien de morts allons nous découvrir si les informations reçues se confirment ?

Le Comité finit l’introduction de son rapport sur un rappel qui suffit à glacer : « Après la deuxième guerre mondiale, la communauté internationale s’est engagée solennellement à ne plus jamais permettre un génocide. Aujourd'hui, soixante ans après les Nazis, l'histoire rejoue encore une tragédie -- l'atrocité est au-delà de l'imagination. C'est une honte pour la race humaine. C'est également un défi moral et de conscience de base pour chacun. »





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