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Pékin: espionnage et ingérence au Canada Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Paul Deschamps, Collaboration spéciale   
24-06-2008

La guerre froide est terminée. L’idéologie dominante stipule que les menaces pour le «monde libre» sont isolées et proviennent de petits pays qu’on peut se permettre de qualifier ouvertement de «voyous». Diplomatie oblige, il vaut mieux ne pas irriter qui possède une grande armée. Mais derrière cette apparence de paix relative, des guerres sont menées clandestinement, que ce soit pour l’avantage financier, technologique ou, bien sûr, politique. Un cas riche en exemples est celui de la Chine. Alors que certains s’ébahissent de ses prouesses économiques, le régime chinois mène une vaste offensive dissimulée derrière le slogan de «montée pacifique». Nos gouvernements n’aiment pas le dire trop haut, mais à travers l’espionnage intensif et l’ingérence, Pékin constitue une menace de premier plan.

Ce n’est que dernièrement que l’ampleur de l’espionnage du régime chinois au Canada a été révélée. En 2005, un diplomate du consulat de Chine à Sydney, M. Chen Yonglin, a affirmé, après avoir quitté son poste, que ses tâches consistaient essentiellement à espionner les dissidents chinois en Australie. Selon lui, il y aurait environ un millier d’espions chinois en Australie et au Canada.

Les allégations de M. Chen ont été confirmées peu de temps après par un ex-agent du SCRS (Service canadien de renseignement de sécurité), Michel Juneau-Katsuya, qui a pour sa part mentionné que le Canada perdait environ un milliard de dollars par mois en raison de l’espionnage industriel de Pékin.

Pour les sceptiques, nul autre que le patron des services secrets canadiens, Jim Judd, est venu mettre son grain de sel en 2007. Il a déclaré publiquement que 50 % des ressources du SCRS étaient destinées à contrer l’espionnage chinois au Canada. Beaucoup diront que tous les pays pratiquent l’espionnage, mais peu peuvent affirmer qu’il atteint une telle ampleur.

En plus de l’espionnage intensif, le régime chinois s’adonne également à l’ingérence. Bien qu’il dit souscrire au principe de non-ingérence dans les affaires des autres pays, ses missions diplomatiques font régulièrement des pressions sur les gouvernements afin qu’ils souscrivent à ses politiques. L’exemple le plus évident sont les menaces qu’il profère chaque fois que le Dalaï-lama fait des visites à l’étranger. Certains gouvernements fléchissent, de peur de perdre des contrats commerciaux.

Ceux qui préconisent la manière douce avec Pékin, comme une majorité de gouvernements occidentaux, affirment qu’en pratiquant une politique d’«engagement» avec le régime chinois, ce dernier sera plus enclin à faire des progrès dans le bon sens. Cette doctrine suggère qu’il vaut mieux ne pas critiquer ouvertement Pékin, notamment sur la question des droits de l’Homme. Mais trop d’exemples démontrent que l’«engagement» n’apporte aucunement les objectifs recherchés et qu’il a même un effet boomerang néfaste pour les pays démocratiques. En effet, plutôt que d’amener la Chine à faire des progrès en matière de bonne gouvernance, le régime chinois réussit à faire adopter ses politiques autoritaires aux autres pays.

Au bout du compte, tout le monde est perdant, à part les entreprises qui profitent et les individus et organisations qui se réjouissent que les humains vivent sous le plus de servitude possible.

Un autre exemple d’ingérence concerne le mouvement spirituel Falun Gong, persécuté par Pékin. Les politiciens qui dénoncent cette persécution deviennent une cible du régime chinois. Ce dernier n’hésite pas à expédier des lettres de mise en garde aux élus canadiens, les avertissant qu’ils commettent une «erreur» en donnant leur appui aux droits de l’Homme en Chine. Pékin profite du système ouvert pour interférer impunément avec les affaires internes du pays.

Cela a pris des proportions inquiétantes dernièrement lorsque le régime chinois a lancé une offensive de propagande et de violence dans les communautés chinoises à l’étranger. Répandant la rumeur, par ses médias, que le Falun Gong s’opposait aux collectes de fonds pour les victimes du tremblement de terre, Pékin a mobilisé des Chinois pour attaquer les pratiquants de Falun Gong dans les rues de New York. Si beaucoup de Chinois ont maintenant vu à travers le stratagème, des agents du régime poursuivent le travail illégal pour tenter d’impliquer la diaspora dans la persécution orchestrée par le régime.

Le but de Pékin est clair : traîner dans sa déchéance le plus de gens possible. Peu importe les massacres au Tibet et toutes les catastrophes naturelles qui affligent la Chine depuis 2008, les Jeux olympiques doivent être une grande fête. Pour cela, souder les Chinois derrière le régime est essentiel et de ça découle toute l’agitation.

Sur un autre plan, on défend régulièrement les grandes foulées de Pékin dans le domaine militaire, comme quoi il est normal qu’une grande puissance développe son arsenal. Effectivement, on peut trouver une telle justification, mais les gouvernements étrangers sont drôlement silencieux lorsqu’ils se font attaquer à tour de rôle par la guerre électronique de la Chine communiste. On a appris dernièrement que les systèmes informatiques du Canada avaient été attaqués en 2007. Évènement de routine et anodin pour certains, stratégie bien claire faisant partie de la nouvelle doctrine de l’armée chinoise pour d’autres.

Le régime chinois est impliqué dans des activités illégales qui constituent une menace pour le Canada. Pour des raisons politiques et commerciales, il semble qu’on ne veuille pas trop l’ébruiter. Pourquoi les Canadiens devraient-ils être gardés dans le noir? Pourquoi certains Canadiens défendent sans s’inquiéter la dictature de Pékin?




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