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Des filles « données » pour régler une querelle Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Irin News   
26-06-2008

S'occuper des enfants fait partie des tâches quotidiennes
S'occuper des enfants fait partie des tâches quotidiennes des jeunes filles au Pakistan. (Kamila Hyat/IRIN)

 

KARACHI – Au Pakistan, il n’est pas rare de voir des enfants s’occuper d’autres enfants, parfois âgés d’à peine quelques années de moins. Le plus souvent, des fillettes préadolescentes ou adolescentes gardent leurs jeunes frères et leurs jeunes soeurs, de bébés ou des enfants en âge de marcher, tandis qu’elles vaquent à leurs corvées.

Avec cinq enfants par foyer en moyenne, selon l’Association pakistanaise de planification familiale (FPAP) sise à Lahore, et souvent plus, ce n’est pas étonnant. Mais dans certains cas, les bébés sont les enfants des fillettes elles-mêmes.

Bien que les mariages précoces – définis comme étant des mariages contractés par des fillettes de moins de seize ans ou des garçons de moins de dix-huit ans – aient été limités par la loi de 1929 sur la limitation des mariages d’enfants, et que le Pakistan ait ratifié en 1990 la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, qui interdit les mariages des filles mineures, ces unions entre enfants continuent d’être contractées régulièrement.

Des mariages entre enfants âgés d’à peine douze ou treize ans, parfois même plus jeunes, sont signalés de temps en temps, mais il est également arrivé que des fillettes âgées d’à peine sept ans soient «données» à des hommes d’âge mûr, souvent pour «régler» des conflits.

Selon les statistiques compilées par les bureaux de l’International Population Council (dont le siège se trouve aux États-Unis), à Islamabad, dans les régions rurales du Pakistan, 58 % des femmes sont mariées avant l’âge de vingt ans, et un grand nombre d’entre elles avant seize ans, l’âge légal.

On ignore leur nombre exact, faute de recherches et parce que les familles ont tendance à mentir sur l’âge des intéressés lorsqu’elles déclarent un mariage. Bien d’autres unions ne sont pas déclarées du tout.

Dans les zones urbaines, le taux est de 27 %. Globalement, selon l’IPC, 32 % des jeunes épouses âgées de 20 à 24 ans au Pakistan étaient mariées avant l’âge de 18 ans.

De toutes les provinces, le Sind, dans le sud, présente le pourcentage le plus élevé de mariages précoces chez les filles, tandis que le Punjab, la province la plus développée, affiche le plus faible. La tradition est de loin le principal facteur à l’origine de cette tendance.

«Le médecin s’est fâché contre moi lorsque je lui ai amené ma fille enceinte, parce qu’elle n’avait que seize ans. Mais c’est la coutume dans notre famille que les filles se marient avant d’avoir quinze ou seize ans, et je compte veiller à ce que mes plus jeunes filles se marient tôt, elles aussi», a indiqué Tasnim Bibi, 40 ans, de la région de Khairpur, dans la province du Sind, à environ 350 kilomètres au nord de la ville portuaire de Karachi.

Mme Bibi n’est pas convaincue par les avertissements des experts médicaux sur les risques sanitaires que posent les grossesses précoces. «Je me suis mariée à treize ans et j’ai eu mon premier enfant à quatorze ans», a-t-elle dit.

Résoudre les querelles

Il arrive parfois que les mariages précoces ne soient pas le résultat d’un accord entre les familles, mais la conséquence du jugement rendu par un conseil tribal, le plus souvent pour résoudre une vendetta ou trancher une querelle.

Un jugement de ce type a été rendu à la fin du mois de mai par un jirga (rassemblement des aînés d’une tribu) dans le village de Chach, dans l’ouest de la province du Sind, près de la frontière avec le Baloutchistan.

L’assemblée a décidé que quinze fillettes de la communauté des Chakranis, âgées de trois à dix ans, épouseraient des hommes qalandaris, une communauté rivale, pour mettre fin à une vendetta vieille de huit ans.

Ladite vendetta aurait été causée par l’incident suivant : un chien appartenant aux Chakranis aurait mordu un âne appartenant à un Qalandari.

À ce jour, selon la Commission des droits de l’Homme du Pakistan (CDHP), qui a ouvert une enquête sur le sujet, au moins vingt personnes ont perdu la vie dans les meurtres et les contre-meurtres provoqués par l’incident. La communauté des Chakranis n’a pas encore cédé les fillettes.

«Il est terrible de voir ce genre de choses aujourd’hui encore, dans notre société, et il est encore plus grave qu’on utilise le mariage de jeunes fillettes comme moyen pour régler ces questions. C’est barbare», a dénoncé Iqbal Haider, ancien sénateur, aujourd’hui coprésident de la CDHP.

M. Haider a également averti que «ces fillettes doivent être sauvées car elles sont en danger» et a exigé que «les personnes impliquées soient incarcérées, y compris les parents des fillettes».

L’intervention des autorités du Sind et du gouvernement fédéral a été sollicitée dans cette affaire, mais ceux-ci n’ont pas encore annoncé qu’ils prendraient des mesures. La CDHP a exigé que le gouvernement provincial intervienne sans plus tarder.

La tenue des jirgas et la remise de fillettes par eux en guise de «compensation» ont été déclarées illégales par les tribunaux du Sind et d’autres provinces.

Pourtant, de telles assemblées continuent d’être convoquées et de prendre des décisions déterminantes pour l’avenir d’un grand nombre de fillettes.

Hors du royaume des jirgas, néanmoins, les mariages précoces restent également une réalité au Pakistan. Des cas de parents frappés par la pauvreté, qui ont vendu leurs fillettes préadolescentes ou adolescentes, ont été rapportés par les médias locaux, et d’autres cas de fillettes données en compensation ont également eu lieu.
 





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