L’état actuel de la relation homme-animal fourmille de paradoxes. Reflets d’une période confuse où les limites entre le bien et le mal semblent se confondre, ceux qui lient l’homme et l’animal n’échappent pas au bouleversement général. En guise de conclusion, voici un petit tour d’horizon non exhaustif des paradoxes qui composent nos rapports avec les animaux. Une lueur d’espoir ? Photo : Getty Images | Un chien n’a pas les même besoins qu’un oiseau, ni qu’un zèbre. Cette vérité de Lapalisse, ne semble pas aussi évidente pour tout le monde : ainsi certains partisans des droits des animaux ont tendance à les considérer sur le même plan que les humains. Certes, le mépris de la souffrance animale est symptomatique de notre société de consommation individualiste. Cela signifie-t-il pour autant que l’on doit considérer l’animal comme « un homme avec de la fourrure » et « des droits » ? «La vie d’une fourmi est tout aussi importante que celle de mon enfant ». aurait affirmé Michael Fox, membre de la HSUS (Humane Society of the United States). On ne prend pas assez au sérieux le bien-être animal et les questions les plus élémentaires de respect et de compassion vis à vis des animaux. Mais, n’est-il pas extrême de mettre sur un pied d’égalité un insecte et son propre fils ? Ce type d’opinion peut se traduire par ce qu’on nomme « l’écoterrorisme » de l’ALF (Front de libération des animaux). Mais si ce dernier incite à recourir à des alternatives à l’expérimentation animale, les moyens employés sont plus que discutables. Harcèlement, fenêtres brisées, destruction de véhicules, lettres piégées, menaces de mort ou d’enlèvements d’enfants, accusation de pédophilie, la liste est longue et peu pacifique. L’ « anthropomorphisation » des animaux ne semble pas étrangère à ce phénomène. Ainsi, à travers les dessins animés et les publicités, les animaux ont des comportements humains, la fourrure ou les écailles en plus. Leurs spécificités sont niées et les animaux sont représentés comme s’ils étaient des êtres humains déguisés en animaux. Et contre toute attente, ce n’est pas sans danger pour l’animal. Un chien a qui l’on va donner une certaine place, certaines autorisations – manger avec les hommes, se coucher dans notre lit etc. – va être extrêmement perturbé si on les lui enlève. « On aime les animaux pour ce qu’ils ne sont pas. Plus on les aime, plus on les méconnaît. Et plus on les méconnaît, plus on les maltraite », affirme Jean-Pierre Digard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Les animaux de compagnie sont malheureusement pris pour des êtres de substitution, d’un mari, d’enfants, etc. Et ils se retrouvent à des places qui ne sont pas les leurs, avec tout l’inconfort – la souffrance même – que cela peut comporter. Les animaux touchent notre côté émotionnel et l’émotion n’est pas synonyme de connaissance. Par exemple, si on envisage le fait de devenir végétarien par souci de la vie animale, on se heurte très vite à des objections écologiques. Par exemple, si les hommes cessent en masse de manger de la viande – ce qui est le souhait de certains activistes pour les « droits des animaux » – notre alimentation entre en concurrence directe avec celle de nombreux animaux. Certains animaux de rente (vaches, poules, etc.), dans une société végétarienne, n’auraient d’ailleurs aucune raison d’exister et disparaîtraient rapidement, faute d’utilité, et de nourriture. Sans parler des animaux rares dont s’occupent quelques éleveurs passionnés qui ont permis la préservation de certaines espèces. « Libérer » ces animaux reviendrait probablement à les tuer, habitués qu’ils sont à la présence de l’homme pour subsister. Et ce sont des espèces qui s’éteindraient, alors même que certains organismes luttent activement pour sauver d’autres espèces en voie d’extinction. L’équilibre est fragile, l’harmonie entre l’homme et la nature, l’homme et les animaux semble avoir été brisée par l’industrialisation. Et nos tentatives pour la rétablir sont souvent maladroites et, surtout, contradictoires.
|