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L’Afrique du Sud: puissance régionale pour le bien ou le statu quo? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque - Montréal   
03-07-2008
Thabo Mbeki (gauche) et Robert Mugabe, chefs d’État respectifs de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe
Thabo Mbeki (gauche) et Robert Mugabe, chefs d’État respectifs de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe, se rencontrent le 9 mai 2008 à Harare, capitale zimbabwéenne. Mbeki est pointé du doigt pour sa relation accommodante qu’il entretient avec le dictateur Mugabe. (Alexander Joe/AFP/Getty Images)
Le Zimbabwe retient l’attention du monde depuis maintenant plusieurs semaines. Le 27 juin avait lieu le deuxième tour de l’élection présidentielle, un deuxième tour qui n’aurait pas dû être. Tout d’abord, parce que le candidat de l’opposition avait remporté probablement assez de voix au premier tour pour assurer la victoire, puis parce que ce même candidat s’est retiré de la course dans les derniers milles, déplorant un climat de violence incompatible avec un exercice démocratique. À quoi bon lutter dans les urnes lorsque le dirigeant au pouvoir jure, par tous les moyens, de ne jamais abandonner les rênes? Mais au-delà de la dynamique purement locale, toute la crise a exemplifié un certain malaise dans cette partie de l’Afrique, dominée par la puissance régionale qu’est l’Afrique du Sud.

Depuis plusieurs années, l’Afrique du Sud est pointée du doigt pour son traitement somme toute assez amical du dictateur du Zimbabwe, Robert Mugabe. Le président sud-africain, Thabo Mbeki, a particulièrement dû essuyer des salves de critiques pour son incapacité à faire fructifier des discussions entre Mugabe et le parti principal d’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

Alors qu’une bonne partie de la communauté internationale s’offusque de la situation au Zimbabwe depuis plusieurs années, en raison de la crise économique sévère (inflation maintenant à 160 000 %) et des violations des droits de l’Homme, l’Afrique du Sud n’a jamais élevé la voix. Avec les récents développements, soit l’activation de bandes armées à la solde du pouvoir qui terrorisent la population pour la punir de ne pas voter Mugabe ou pour la forcer à voter du «bon côté», certains pays africains commencent même à condamner Mugabe, autrefois protégé par l’aura intouchable du révolutionnaire. Un phénomène assez rare sur un continent où le vol d’élections est fréquent.

Pas un mot chez Mbeki, acteur de la «diplomatie silencieuse». Mais de son prédécesseur Nelson Mandela, icône de la lutte anti-apartheid qui aura bientôt 90 ans, une allusion s’est échappée : «l’échec tragique du leadership» au Zimbabwe.

En marge des mots et des déclarations, des actions concrètes ont été prises par l’Afrique du Sud pour protéger Mugabe, autant politiquement que militairement.

Pretoria (capitale sud-africaine) jouit actuellement d’un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies et elle en a profité pour bloquer une résolution non contraignante visant à déclarer que le second tour présidentiel au Zimbabwe est «sans crédibilité et légitimité».

Ce geste a été accueilli avec déception par le Mouvement pour le changement démocratique. «Nous nous attendrions à ce que la communauté internationale déclare cette soi-disant élection illégitime», a commenté le porte-parole du MDC, Nelson Chamisa. «La réticence démontrée par les organes internationaux fertilise indirectement la répression au Zimbabwe [...] Mbeki abandonne les masses de gens au Zimbabwe en agissant comme un bouclier pour le régime scélérat.»

Outre cette protection accordée dans les plus hautes instances internationales, le journal sud-africain Mail & Guardian (M&G) a révélé, le 28 juin, une relation militaire étroite entre Pretoria et Harare (capitale du Zimbabwe).

«L’information que possède le Mail & Guardian démontre une relation chaleureuse entre les forces de défense des deux pays, de même que des transferts d’armes de gouvernement à gouvernement. Ceci semble entrer en conflit avec le rôle de médiation du président Thabo Mbeki entre le parti au pouvoir Zanu-PF et l’opposition du MDC, qui demande neutralité.»

Le M&G détaille la nature de cette collaboration : 237 401 $ en armement transféré au Zimbabwe; don de moteurs d’avions Dakota du Département de la défense sud-africain; transfert de pièces pour rendre les hélicoptères du Zimbabwe opérationnels; du personnel militaire zimbabwéen entraîné par l’Afrique du Sud; puis la cargaison d’armes chinoises du navire An Yue Jiang – qui devait être livrée au Zimbabwe ce printemps mais dont le déchargement a été bloqué par un ordre de la cour – devait être transportée d’Afrique du Sud au Zimbabwe par la compagnie d’armement étatique Armscor.

Avec l’ampleur de la crise au Zimbabwe, la possibilité ou la nécessité d’une intervention militaire ont été soulevées à quelques reprises. Mais une telle action est extrêmement complexe. Serait-ce avec une force de l’Union africaine, de l’ONU ou une intervention unilatérale?

Le quotidien britannique The Times a affirmé que le ministère de la Défense britannique avait conçu deux plans de contingence concernant une intervention au Zimbabwe. Le premier serait pour répondre à une crise humanitaire et le second pour extraire les ressortissants britanniques. Londres aurait cependant indiqué qu’une intervention était loin d’être probable.

Des troupes étrangères pourraient être perçues comme libératrices par la population, alors que Mugabe pourrait, lui, confirmer son hypothèse que les «colonialistes» fomentent les troubles.

Pour l’instant, une intervention militaire se résume seulement à un cri d’appel pressant des dissidents zimbabwéens et à des plans concoctés probablement par différents gouvernements étrangers qui ne peuvent, en réalité, envisager se déployer sans l’accord du joueur majeur de la région et protecteur du Zimbabwe, l’Afrique du Sud.


 
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