Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque - Montréal
09-07-2008
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Des militants d’Amnistie internationale participent à une course pour les droits de l’Homme en Chine, le 6 juillet, au parc Maisonneuve, à Montréal. Un mois avant les Jeux de Pékin, le gouvernement chinois poursuit la répression. (Noé Chartier/La Grande Époque)
Répression et missiles antiaériens pour «garantir la stabilité» Les Jeux olympiques de Pékin débuteront dans un mois, le 8 août. Même si la menace d’un boycott n’a jamais été très sérieuse, la Chine peut se réjouir qu’aucun pays ne lui a fait le pied de nez ultime. Quant à la cérémonie d’ouverture, à laquelle certains chefs d’État n’assisteront pas – supposément pour des raisons personnelles et non pour afficher un désaccord avec la dictature chinoise – de grands noms y seront tout de même. Le président américain, George W. Bush, qui a subi un bon lot de pression venant de ses propres rangs, n’a toutefois jamais mis en doute son assistance à la messe sportive. Quant au président français, Nicolas Sarkozy, des médias français ont affirmé qu’il allait se rendre à Pékin, après avoir laissé durer le suspense depuis le début de la répression au Tibet ce printemps.
Cette information n’a pas été confirmée par l’État français. Sarkozy avait conditionné sa présence à la cérémonie d’ouverture selon le développement des pourparlers entre Pékin et les émissaires du chef spirituel tibétain, le Dalaï-lama. Mais pour beaucoup d’observateurs, ces pourparlers n’ont jamais signifié rien de plus qu’une tentative du gouvernement chinois d’atténuer les pressions et les critiques à son égard.
«Nous avons été contraints de faire savoir en toute franchise à nos homologues qu'en l'absence d'engagement sérieux et sincère de leur part, la poursuite du processus de dialogue actuel serait vaine», a déclaré à Reuters Lodi Gyari, un des émissaires du Dalaï-lama.
«Les Tibétains, les amis du Tibet, ont de plus en plus la conviction […] que toute la stratégie du gouvernement chinois, consistant à dialoguer avec nous, a pour objectif de gagner du temps», explique Gyari.
Cette ronde de négociations était la deuxième depuis la répression au Tibet au printemps dernier et, comme à la première occasion, les autorités chinoises ne se sont pas gênées pour lancer au même moment de virulentes attaques contre le Dalaï-lama.
«L'incident du 14 mars avait été planifié depuis longtemps par la clique du Dalaï-lama avec le soutien et à l'initiative de forces occidentales hostiles», a déclaré Zhang Qingli, chef du Parti communiste au Tibet, selon le Tibet Daily.
«Ils avaient l'intention de transformer l'incident en bain de sang, de perturber les Jeux olympiques de Pékin et de détruire la stabilité et l'harmonie politique du Tibet», a-t-il ajouté.
Cette redondance dans le mode de fonctionnement laisse présager une doctrine politique visant à maintenir une pression et un climat d’oppression sur les interlocuteurs, tout en montrant à la population la fermeté du gouvernement. De son côté, Sarkozy a probablement adopté une stratégie visant à redorer son prestige dans la «Patrie des droits de l’Homme», en sachant fort bien que refuser d’assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux provoquerait une réaction violente de Pékin et de la partie de la population sous son joug idéologique.
Cette partie de la population est déjà franchement hostile à la France, depuis le passage de la torche olympique dans les rues de Paris. Cette hostilité s’était transformée à un point en campagne de boycott contre les produits français et les magasins français à grande surface de la chaîne Carrefour en Chine. Alors, même si Sarkozy se rend en Chine, tout laisse croire qu’il ne sera pas le bienvenu.
«Le peuple chinois ne veut pas que le président français, Nicolas Sarkozy, assiste à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin», affirme l’organe communiste China Daily, se référant à un sondage.
D’un côté ou l’autre de la clôture, personne ne semble satisfait de la décision (non officielle au moment de mettre sous presse) du président français.
Chez Reporters sans frontières (RSF), l’organisation pour la liberté de presse qui a fait quelques coups d’éclat durant les évènements préolympiques, on s’est indigné que Sarkozy veuille aller à Pékin.
«C'est un coup de poignard dans le dos des dissidents chinois […] une vraie lâcheté, à l'opposé de ce qu'on attend de la France», a dénoncé Robert Ménard, le secrétaire-général de RSF. «Ce qu'on a constaté […] c'est qu'il y a encore plus d'arrestations», a-t-il ajouté. «S'il y a eu des négociations avec Nicolas Sarkozy, c'est du côté des chefs d'entreprise qu'il faut les chercher. Ce sont eux qui font pression parce qu'ils pensent que pour faire des affaires il faut cirer les pompes des dirigeants chinois. Cela ne paiera pas.»
Les violations se poursuivent Tout ceux qui espéraient ou qui utilisaient comme argument que les Jeux olympiques (JO) apporteraient la démocratie ou un plus grand respect des droits de l’Homme en Chine ne sont plus qu’à un mois d’être déçus ou contredits. Le pays reste fermement sous le contrôle d’une dictature communiste et le fait de ne pas «politiser les Jeux» n’enlève rien à cela.
Les violations commises au nom des Jeux demeurent titanesques, que ce soit chez les Tibétains ou chez les pratiquants de Falun Gong, emprisonnés et torturés pour leurs croyances.
La garantie de Jeux «sécuritaires» commence à se manifester au grand jour, avec l’apparition d’hommes armés de mitrailleuses dans les aéroports et le déploiement de batteries de missiles antiaériens à proximité des installations olympiques. Selon le journal Global Times, ces missiles auraient une portée de 12 kilomètres et un taux d’interception de 80 à 90 %.
Tous les athlètes, journalistes et touristes doivent s’attendre à être surveillés de près par l’appareil policier chinois, qui fera tout son possible pour que rien ne vienne perturber l’évènement.
À cet effet, différentes organisations ont préparé des petits guides pour orienter les gens qui iront travailler ou participer aux compétitions à Pékin.
Human Rights Watch (HRW), en compagnie du Committee to Protect Journalists, ont publié un «guide de survie» pour les journalistes, soulignant que même les journalistes d’expérience devront composer avec un environnement particulier. «Les journalistes vont rencontrer une étroite surveillance gouvernementale, la censure d’Internet et de sérieux risques pour leurs sources et facilitateurs chinois.»