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Pékin en guerre: l’arme des communications Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Noé Chartier, La Grande Époque-Montréal   
08-08-2008

Des journalistes étrangers naviguent sur Internet dans la salle de presse à Pékin
Des journalistes étrangers naviguent sur Internet dans la salle de presse principale pour les Olympiques de Pékin. Sur les écrans, le logo de la chaîne étatique CCTV, pierre d’achoppement du système de contrôle de l’information du régime chinois. (Teh Eng Koon/AFP/Getty Images)
En évoquant la «guerre», la plupart des gens voient des fusils, des chars d’assaut, des bombes, des missiles, etc. Lorsque des pays ou des entités se font la guerre, ils lancent habituellement dans la bataille les éléments mentionnés plus haut. Lorsque deux ennemis possèdent tellement de ces éléments de destruction, une force de dissuasion mutuelle s’installe, provoquant ce que nous avons connu comme «guerre froide».

La guerre froide a pris fin avec l’effondrement de l’Union soviétique. A-t-elle pris fin, ou seulement marqué une pause? Lorsque la Russie actuelle songe à pointer ses missiles nucléaires sur l’Europe (Times Online, 13 juillet 2008), en réponse au déploiement du bouclier antimissile américain dans son ancienne arrière-cour, certains évoquent une nouvelle course aux armements, mais très peu une nouvelle guerre froide. Malgré l’implication des États-Unis en Irak et en Afghanistan, l’hégémonie militaire américaine n’est pas encore défiée par un joueur ayant la puissance de l’URSS.

Quelques années encore seront nécessaires pour que la Chine développe une flotte pouvant rivaliser avec la marine étasunienne dans le Pacifique. Quant à la Russie, elle a bel et bien repris certaines pratiques de la guerre froide, comme les vols routiniers de bombardiers stratégiques, mais ne peut que rêver à son empire rouge du 20e siècle.

Les ambitions sont toutefois bien réelles, autant du côté russe que chinois. Affaiblir l’influence américaine et occidentale en général correspond à des objectifs stratégiques de ces deux pays. Comment y parvenir dans un contexte ou la force militaire n’est pas une option? C’est simple : par la guerre.

Pour le théoricien militaire prussien Carl von Clausewitz : «La guerre n’est que la simple continuation de la politique par d’autres moyens.» Ces «moyens» impliquent-ils nécessairement la force? Si l’on se fie à l’auteur à qui l’on attribue le légendaire Art de la guerre, le Chinois Sun Zi (aussi écrit Sun Tzu), le summum de l’habilité militaire est de soumettre l’ennemi sans se battre.

Les communistes en Chine ont eu beau vouloir saccager la culture traditionnelle, ils appliquent actuellement la maxime de Sun Zi.

Si aucun coup de feu n’est tiré, faut-il vraiment parler de guerre alors? Absolument. L’ère de la technologie et de l’information est ce nouveau champ de bataille où se déroulent les conflits silencieux ou à intensité imperceptible au non averti. Les opérations d’information font maintenant partie intégrale de la stratégie militaire.

Plusieurs peuvent être familiers avec les opérations de relations publiques qu’un gouvernement effectue pour préparer sa population à la guerre. Lorsqu’un ennemi est désigné, dans une démocratie il faut convaincre la population de la nécessité d’une attaque. L’exemple irakien est typique.

Mais les opérations d’information, ou Info Ops, vont beaucoup plus loin dans le domaine purement militaire. De quoi s’agit-il?

Les Info Ops sont l’utilisation d’une vaste gamme d’outils et de techniques visant à combattre ou à se défendre contre un ennemi sans utiliser la force. En somme, il faut éliminer les capacités de l’adversaire de communiquer tout en pouvant imposer ses propres communications ou messages.

Les systèmes de communication modernes sont assez vastes et variés et selon une perspective militaire, ils représentent une pierre d’achoppement fondamentale au fonctionnement des opérations.

Les Info Ops comprennent l’utilisation de la guerre électronique : brouiller les ondes, détruire les radars, intercepter les communications, etc.

Aussi incluses sont les opérations informatiques : détruire les systèmes informatiques, protéger contre les attaques adverses, exploiter les systèmes pour la collecte de renseignements, etc.

Opérations psychologiques. Ça fait peur? Une technique redoutable utilisée autant par les militaires, les gouvernements, les compagnies et les entreprises médiatiques défendant certains intérêts plutôt que la liberté d’information. Le but est évident : réussir à influer sur les comportements d’une population civile, d’un ennemi, et même sur ses propres troupes ou population. En termes plus soft... relations publiques ou marketing. Entrer en contact avec différents publics avec l’objectif clair de leur faire avaler un message pour provoquer ou changer un comportement.

Outre cette guerre de l’information comme moyen de combattre sans utiliser la force, notons la guerre silencieuse de l’espionnage, un domaine extrêmement actif qui fait très peu de vagues et qui est largement ignoré du public. Ajoutons aussi la guerre économique et évoquons seulement en exemple la Russie qui coupe le gaz à ses clients lorsque quelque chose l’importune.

La Chine dans tout ça
Plusieurs théoriciens et analystes se sont amusés à imaginer un futur conflit militaire entre la Chine et les États-Unis. Le budget militaire chinois est en constante croissance et toujours estimé à beaucoup plus que ce qui est officiellement révélé par le gouvernement chinois. Du côté américain, on peut se plaindre de ce military build-up alors que la Chine n’a pas d’ennemi officiel et qu’elle ne fait face à aucune menace. Chez les analystes de l’école réaliste, le nouveau statut de superpuissance de la Chine s’accompagne naturellement d’un appareil militaire plus moderne et puissant.

Mais se concentrer seulement sur le déploiement de sous-marins nucléaires au large des côtes de la mer de Chine, ou de nouvelles capacités balistiques pouvant détruire des satellites, c’est passer à côté de gros éléments.

La Chine est déjà en guerre. Un seul commentaire sur la gestion de ses affaires internes est perçu comme une offensive et est toujours suivi d’une virulente contre-attaque.

L’arrivée des Jeux olympiques rend un peu plus clair aux yeux du monde le fonctionnement de cette dictature. Bien sûr, le déploiement de batteries de missiles antiaériens autour des installations olympiques n’est pas quelque chose que l’on fait normalement en temps de paix. Mettre ces installations sous gestion militaire directe, c’est peut-être donner un peu trop de poids aux «potentiels terroristes».

Mais tout ça, ce ne sont que des détails. Le front principal de la guerre que mène la Chine est tenu avec les Info Ops.

La censure d’Internet en Chine n’est plus devenue un secret pour la majorité des gens la semaine dernière lorsque des journalistes étrangers se sont plaints que plusieurs sites web étaient bloqués. Certains auraient été débloqués après des pressions, mais d’autres demeurent inaccessibles, notamment ceux du Falun Gong et des groupes tibétains. Tout cela contredit évidemment les promesses faites par le régime chinois en matière d’accès à l’information pendant les Jeux. Le contrôle de l’information est autant une stratégie gouvernementale que militaire, particulièrement lorsqu’un gouvernement n’a pas d’autorité légitime et que son pouvoir repose sur l’appareil militaire et sa capacité de «garantir l’harmonie sociale».


 
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