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Les Canadiens d’origine birmane commémorent le soulèvement de 1988 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Cindy Chan, La Grande Époque-Ottawa   
13-08-2008
À New Delhi, des militants birmans manifestent contre la junte militaire à l’occasion du 20e anniversaire du soulèvement démocratique
À New Delhi, des militants birmans manifestent contre la junte militaire à l’occasion du 20e anniversaire du soulèvement démocratique en Birmanie le 8 août 2008. (Raveendra/AFP/Getty Images)
Des Canadiens, d’origine birmane, et leurs sympathisants ont tenu des activités solennelles à travers le Canada, le 8 août denier, pour commémorer le 20e anniversaire du mouvement démocratique en Birmanie.

Le 8 août 1988, aussi appelé le 8.8.88, «est très important dans l’histoire birmane, car c’est la deuxième fois qu’un [soulèvement populaire] a appelé au changement du système politique», explique Tin Maung Htoo, directeur exécutif de Canadian Friends of Burma (CFOB).

Le premier était le soulèvement anticolonial de 1938 qui a jeté les bases de l’indépendance de la Birmanie de la couronne britannique dix ans plus tard.

Plus d’une décennie de démocratie parlementaire s’en est suivie. Cependant, des insurrections successives menées par des groupes communistes et ethniques ont déstabilisé l’économie et la jeune démocratie. En 1962, un coup d’État du général Ne Win a instauré une dictature militaire.

«[Ensuite en 1988], la population a exprimé un désir de changement du système politique après avoir vécu sous le totalitarisme durant 26 ans», raconte Maung Htoo. «Les gens n’avaient aucun droits et libertés fondamentaux et étaient aussi devenus très, très pauvres.»

Les difficultés économiques et la répression continuelle ont poussé des millions de personnes dans les rues.

«J’étais un des combattants du soulèvement de 88», explique Maung Htoo. Âgé de seize ans à l’époque, il a commencé à prendre part au mouvement démocratique mené par les étudiants en mars de cette année.

Maung Htoo habitait au centre-ville de Rangoon et se rappelle que le 8 août 88, près d’un million de personnes étaient descendues dans la rue, dont de nombreux étudiants de l’extérieur de Rangoon. Après avoir marché de 30 à 60 km, ils avaient atteint l’hôtel de ville de Rangoon vers 20 h ou 21 h et ils étaient exténués.

Le massacre est survenu deux heures plus tard, raconte-t-il.

«J’ai été témoin de plusieurs fusillades et massacres, particulièrement le 8 août au milieu de la nuit devant l’hôtel de ville de Rangoon. Lorsque la fusillade est survenue, j’étais au devant de la foule.»

Maung Htoo se souvient des militaires qui plaçaient les centaines de dépouilles dans des camions pour les amener aux deux cimetières «foyers» de Rangoon pour être incinérés.

Plus de 3000 personnes ont été tuées entre le 8 et 13 août 1988, incluant plusieurs de ses amis – des centaines sont encore portées disparues. Maung Htoo indique que certains estiment que 10 000 personnes furent tuées entre mars et le 18 septembre 1988, lorsqu’une nouvelle junte militaire a pris le pouvoir.

Le Canada offre un refuge «accueillant»

Après un mois dans la clandestinité, Maung Htoo s’est sauvé à la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande, où des minorités ethniques combattaient pour leur autonomie. Il a vécu dans la jungle durant trois ans en tant que combattant de la liberté et a vu plusieurs de ses amis mourir dans la bataille ou de la malaria.

Durant cette période, il a organisé plusieurs activités afin d’attirer l’attention internationale sur la dictature militaire en Birmanie, incluant des campagnes visant à couper l’appui financier dont elle bénéficiait. Considéré comme un «fauteur de troubles» par les autorités thaïlandaises, il a été arrêté et a passé trois ans dans un centre de détention.

Plusieurs groupes de défense des droits de l’Homme ont fait pression pour sa libération, incluant Amnesty International. Le gouvernement thaïlandais lui a offert deux options : retourner en Birmanie ou aller dans un autre pays.

Au départ, il craignait qu’en s’éloignant trop de la Birmanie il ne pourrait poursuivre son travail avec le mouvement démocratique, mais il s’est rendu compte qu’il devait continuer ses études.

«Le Canada a été accueillant. Le Canada est le seul pays qui m’a visité en prison», raconte-t-il.

Le Canada lui a offert l’asile, et il est arrivé en 1996. Il a étudié les sciences politiques et l’économie à la University of Western Ontario et a obtenu son diplôme en 2003.

La junte militaire qui a pris le contrôle de la Birmanie en septembre 1988 a changé le nom du pays pour «Myanmar» en 1989. Cependant, Maung Htoo fait remarquer que le Canada est un des pays qui continue d’utiliser le nom «Birmanie». Les États-Unis font de même en guise d’appui aux dirigeants élus démocratiquement en 1990.

L’année dernière, le Canada a octroyé la citoyenneté honoraire à Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix et dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie qui a remporté 82 % du vote en 1990. La junte a refusé de reconnaître sa victoire électorale, et Suu Kyi a passé douze des dix-huit dernières années en résidence surveillée. Elle n’est toujours pas libre.

La Chine complice des violations des droits de l’Homme
Suite à la violente répression des manifestations pacifiques en Birmanie en septembre 2007, l’implication et l’intervention internationales ont augmenté. Toutefois, Maung Htoo estime que la junte n’a montré aucun signe d’assouplissement de sa politique.

«C’est bien clair qu’ils vont continuer à s’accrocher au pouvoir tant qu’ils le pourront. Ils essaient de faire approuver par la population la constitution qu’ils ont écrite... Ils imposent leur volonté au peuple birman.»

La communauté internationale «n’a pas d’autre choix que de maintenir la pression, mais nous devons également identifier qui renfloue la junte, fournissant assistance financière et vendant l’armement militaire», explique-t-il, ajoutant que c’est «maintenant très clair qu’il s’agit de la Chine».

«Le gouvernement communiste chinois entraîne le gouvernement militaire qui utilise tous les moyens pour réprimer la population et se maintenir au pouvoir. La Chine est complice des violations des droits de l’Homme en Birmanie.»

CFOB était parmi la vingtaine de groupes ayant manifesté le 7 août dernier devant l’ambassade de Chine à Ottawa, pour dénoncer l’absence de droits de l’Homme en Chine à la veille des Jeux olympiques.

Des activités pour souligner le 8.8.88 ont eu lieu à Ottawa, Toronto et Vancouver.




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