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Les guérisseurs et les hôpitaux suisses Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Santé et bien-être
Écrit par Radio Son de l'Espoir, Genève   
13-08-2008

guerisseur et patiente
(Photos.com)
Qui dans son entourage, n’a pas entendu le témoignage d’une voisine ou d’un de ses proches ayant fait appel à un « guérisseur » pour soigner une entorse, une brûlure, une verrue ou une douleur chronique que la médecine traditionnelle peine à guérir ? Ce phénomène courant dans les campagnes commence, en suisse, à entrer dans les hôpitaux par la petite porte.

Ces guérisseurs, jadis regardés de travers voire moqués connaissent à présent un véritable regain d’intérêt dans les centres de soins helvètes. La tendance, qui commence à ressembler à de l’engouement, a d’abord été remarquée dans les cantons catholiques tels que le Jura, le Valais et Fribourg puis s’est étendus à d’autres cantons comme celui de Genève.


Derrière cette acceptation grandissante, certains voient le fait que le patient ne se contente plus de considérer la maladie ou l’accident comme une partie distincte et isolée de sa vie. Recherchant un sens à leurs épreuves Et mettant en doute le fait que le hasard soit une explication absolue, certains patients sont à la recherche d’une solution globale – « holistique » comme disent les anglo-saxons -  pour soulager leur souffrance. D’où l’ouverture à de nouvelles approches.

Les médecines populaires, déconsidérées autrefois par le monde médical, ont fait du chemin et sont de nos jours beaucoup mieux reçues par les praticiens, non parce qu’on est en mesure de prouver scientifiquement leur efficacité, mais parce que les esprits se sont ouverts et sont prêts à tolérer des pratiques non orthodoxes, pourvu qu’elles soient au service du patient et qu’elles l’aident à moins souffrir. Il n’est pas rare, de nos jours, d’avoir à faire à une infirmière, ou même à un médecin qui encouragent leur patient à suivre une approche thérapeutique populaire en complément au traitement médical proposé.

Cette ouverture d’esprit explique le succès actuel des guérisseurs dans nos hôpitaux. Parmi eux, notons que les « coupeurs de feu » ont tout particulièrement le vent en poupe. Dans presque tous les services d’urgence des hôpitaux suisses, les infirmières ont noté parfois sur un bout de papier ou parfois même sur une liste tout à fait officielle, le ou les numéros de téléphone de « coupeurs de feu. » Lorsqu’un patient se présente à l’hôpital avec une brûlure, il est donc très fréquent qu’en plus des soins qui lui sont donnés, il se voit proposer un numéro à composer pour se mettre en relation avec un « coupeur de feu. »

Mme Nardin, qui a été infirmière dans un service d’urgences à Neuchâtel dans les années 80 et qui travaille actuellement à Genève, se rappelle de nombreux exemples de patients à qui cette proposition a été faite. Et elle reconnaît que les patients en question ont véritablement éprouvé du soulagement à leur douleur après avoir été mis en contact avec un « coupeur de feu ».  Il n’en reste pas moins difficile dans ces situations où l’on mêle simultanément deux approches thérapeutiques différentes de savoir dans quelle proportion l’une ou l’autre a été efficace.

 

La transmission et la foi
Sur Internet, on peut trouver de nombreux témoignages de guérisseurs qui racontent comment ils ont obtenu leurs dons supposés.

Très fréquemment, la personne dit avoir reçu le don d’une autre personne au moment de l’approche de sa mort. Il suffirait d’une petite cérémonie pour que la personne « élue » reçoive la capacité thérapeutique et perpétue, par exemple, la tradition de coupeur de feu.

Certains « coupeurs de feu » parlent aussi d’héritage familial sans qu’il n’y ait eu de passation à proprement parler. Ils ont été en contact avec un aïeul qui avait ce don et petit à petit ils l’ont développé à leur tour. Pour eux, la prise de conscience est suivie d’un travail d’apprivoisement du don.

L’écrasante majorité des guérisseurs considèrent que leur don va de pair avec une foi religieuse. Pour beaucoup, il s’agit de la foi chrétienne, ce qui ne se retrouve évidemment pas forcément pour les guérisseurs d’autres régions du monde, ancrés dans d’autres formes de spiritualité.

Certains guérisseurs prétendent être nés avec leur don. Voici le témoignage d’Ambre :
« Pour ma part, mes dons, je les avais déjà à la naissance... tous mes dons me viennent de ma vie antérieure; ce sont ceux que j'avais autrefois et je les ai encore... je n'ai rien fait pour les acquérir ou les développer. Je présume que tout ceci ne me vient pas uniquement de ma dernière vie mais aussi de toutes les autres que j'ai vécues avant. J'ai mis un certain temps à réaliser que cela ne venait pas de moi, car je n'ai en fait rien d'exceptionnel si ce n'est justement, ces dons... je crois plutôt que nos dons viennent d'ailleurs. Mais je pense aussi que l’on peut perdre ses dons si l’on perd sa foi ou si on change de foi. En définitive, je crois que ceux qui ont des dons, ne sont que des outils, des instruments et c'est ce qui leur permet d'utiliser ces dons... je me trompe peut-être, mais c'est ce que je pense à ce sujet ».

Une coupeuse de feu dans le Jura suisse reconnaît qu’elle se considère comme une intermédiaire entre dieu et le malade. « Sans la foi, je ne pourrais rien faire déclare-t-elle, cela ne marcherait pas ». Apparemment, les gens du village et le curé ne s’offusquent pas de ses pratiques. Et d’ajouter : « dans le temps, il n’y avait pas beaucoup de médecins dans ce coin de fermes isolées. Alors on se débrouillait comme on pouvait, avec des plantes ou avec le secret. »

Les guérisseurs considèrent donc que l’ouverture de la personne qui souhaite être guérie est un élément indispensable au succès du traitement. Ceci est très proche de la définition d’un effet placébo – soit une guérison par auto-suggestion, argument que les guérisseurs retournent en indiquant qu’une personne sceptique crée sur le même principe un anti-effet placébo, bloquant la « réception » de ce qui doit la guérir.   En situation hospitalière cependant, le besoin de soulagement peut faire dépasser les barrières du scepticisme et mettre les malades dans un état de réceptivité face à toute personne qui se dit en mesure de la soulager. Ceci serait un début d’explication à l’efficacité supposée de ces approches dans des situations hospitalières aigues.

Il faut souligner un phénomène délétère associé à l’engouement helvète : l’apparition de «guérisseurs commerçants» qui profitent de l’état de besoin des malades pour extorquer de l’argent aux patients. Ceci semble cependant bien contrôlé en Suisse, où les «coupeurs de feu» interviennent par exemple dans les hôpitaux sur simple coup de fil et toujours gratuitement.

En Suisse, la place que les hôpitaux donne aux guérisseurs et aux « coupeurs de feu » est tout à fait exceptionnelle en Europe. Silvia Mancini, spécialiste des pratiques transversales et marginalisées déclare qu’on ne verrait jamais une telle ouverture d’esprit dans les hôpitaux en France ou en Italie.

Pour Iliaro Rossi, professeur en anthropologie de la santé à l’Université de Lausanne, les médecins s’intéressent de plus en plus aux médecines parallèles, il est de plus en plus fréquent, en effet, d’avoir un médecin de famille qui pratique l’acuponcture ou qui s’intéresse à des pratiques comme la réflexologie.

On peut même trouver une autre marque de cette ouverture d’esprit des médecins au travers les propos de Jacques de Haller, ancien président de la Fédération des médecins suisses (FMH) . Celui-ci déclare: « Les hôpitaux pratiquent une médecine de premier recours, dans des conditions de grande détresse et d’incertitude, et n’ont donc pas réponse à tout. Si une solution existe – et manifestement il y a des gens que les guérisseurs aident-il serait idiot de ne pas y recourir. » Ces propos humbles ont le mérite d’être tournés entièrement vers le bien du patient, hors de tout dogmatisme. Dans l’air pur des montagnes suisses, l’arrogance passée de médecins qui pensaient détenir tout le savoir sur la santé et la maladie s’évapore.

 

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