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Le prix de l'or à Pékin Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Matthew Robertson, La Grande Époque   
17-08-2008

Les athlètes de l'équipe chinoise de gymnastique féminine
Les athlètes de l'équipe chinoise de gymnastique féminine médaillées d'or. On accuse certaines d’entre elles de ne pas avoir seize ans, l’âge requis pour participer aux JO. (Al Bello/Getty Images)
 

Un système d'entraînement athlétique strictement réglementé, que certains qualifient parfois de brutal, est responsable du succès olympique croissant de la Chine. Alors que les athlètes chinois sont poussés aux limites de l’endurance mentale et physique, les porte-parole du régime révèlent l'importance de l'or olympique pour assurer l’image de légitimité du parti unique au pouvoir.


Le Parti a adopté, en grande partie, la méthode soviétique pour l’entraînement des athlètes. Gagner des médailles est devenu une question d'usure : plus grande est la population, plus il faut d'argent, plus il y a de contrôle sur les athlètes, plus il y a de médailles. En tant qu’autocratie, le régime est capable d'imposer un contrôle sévère sur ses athlètes et leur entraînement. Selon les responsables olympiques du Parti communiste chinois (PCC), une médaille d'or vaut plus que mille médailles en argent.


Depuis 2001, le régime a investi des milliards dans le Projet 119, un programme d'entraînement olympique visant à assurer à la Chine, cette année, la première place dans la récolte des médailles. Le programme a été nommé Projet 119 en fonction du nombre de médailles d'or qui étaient disponibles en athlétisme, en natation et en aviron en 2001, domaines où les athlètes chinois sont habituellement faibles.


Dans la quête de l'or, de nombreux athlètes chinois ont abandonné leurs études, leur indépendance financière personnelle et même leur santé. Les enfants sont recrutés depuis un très jeune âge, à travers tout le pays, selon leur morphologie.


Des centaines de milliers de jeunes sont placés dans des systèmes d'entraînement au niveau provincial et sont sélectionnés successivement en fonction de leurs performances. Les meilleurs avancent dans le système pour participer dans des compétitions au niveau national, où ils sont soumis à des pressions intenses pour réussir.


Le coureur de haies Liu Xiang, comme la plupart des athlètes olympiques chinois, voit ses dépenses payées par l'État. Contrairement aux autres pays où les espoirs olympiques sont souvent contraints à quelques heures d'entraînement après la journée de travail, les athlètes chinois s'entraînent toute la journée.


Selon le New York Times, Liu vit toute la semaine dans un complexe sportif officiel à Shanghai et passe ses week-ends avec ses parents, qui habitent un appartement adjacent à celui de son entraîneur. Les responsables gouvernementaux du sport négocient ses contrats de commandite avec des sociétés comme Nike, Coca-Cola et Lenovo, et empochent la moitié des revenus. Les parents de cet athlète de 25 ans gèrent l’autre moitié.


Liu est célèbre pour avoir battu le record mondial du 110 mètres haies en 2006 et pour sa médaille d'or obtenue à Athènes en 2004. Son image est partout sur les panneaux publicitaires en Chine, mais les hauts responsables du sport ont dit à son entraîneur que les réussites passées de Liu ne vaudraient rien s'il ne gagnait pas à Pékin.


En s'échappant des lignes directrices du ministère des Sports chinois et en parlant en toute franchise aux médias étrangers, Liu a dit clairement que la pression qu'il endure est une torture : «J'ai été torturé ces derniers jours», a-t-il confié avant un meeting au Japon. «J'avais peur de trop parler. Je n'ai jamais été aussi nerveux.»


Matthew Pinsent, rameur olympique britannique, avait dit à la BBC en 2005 qu'il avait vu dans un gymnase à Pékin que des enfants étaient poussés à l’extrême, qu'on leur criait aux oreilles et il a dit qu'un jeune garçon avait été clairement battu. Une série d'émissions à la National Public Radio (NPR), concernant l'entraînement olympique en Chine, indiquait que les séances de gymnastique pour les jeunes enfants pouvaient inclure faire un équilibre sur les mains pendant 10 minutes à une demi-heure.


Les médias étrangers ont récemment accusé la Chine d'utiliser des gymnastes qui ont moins de seize ans, ce que nie le régime. Mais il y a des enfants âgés de quatre ans seulement parmi ceux qui sont recrutés dans les groupes d'entraînement intensif de gymnastique.


Tout comme Liu, ces enfants font partie d'un système qui gère presque tous les aspects de leur vie. Ils sont souvent séparés de leurs parents quand ils commencent leur entraînement et peuvent éventuellement leur parler au téléphone en quelques occasions chaque année. Leur logement, les soins médicaux, l'éducation, les finances et leurs interactions avec les medias et le public sont gérés par le régime. Les détails concernant leurs programmes d'entraînement et les blessures potentielles sont tous gérés à l’interne.


Un article du Time a révélé la vie à l’intérieur d’un de ces complexes sportifs et l’enquête s’étendait sur l’influence des entraîneurs. Un homme qui s'est identifié lui-même comme étant le «directeur de la propagande» surveillait de près l'interview qu'un jeune haltérophile accordait à un journaliste, s'en mêlant pour diriger l'entrevue sur le fait que l'enfant aimait soulever des poids.


L'article détaillait les conditions à l'intérieur du complexe, telles que des autocritiques des étudiants, placardées sur les murs – disant comment ils doivent essayer de faire encore plus – ainsi que des dortoirs puant l'urine et la sueur. La vie d'un jeune de quinze ans interviewé consiste ni plus ni moins à juste courir et dormir.


L’autocratie et la ferveur nationaliste sont les ingrédients clés dans le système où les athlètes deviennent un autre instrument et expression de contrôle du Parti.


Les parents qui soutiennent la cause nationaliste sont disposés à confier leurs enfants au système et ont indiqué qu'ils les feront passer d'une discipline à une autre s'ils n'ont pas de bons résultats. La NPR mentionne que cela illustre le fait qu'ils deviennent pas plus que de la «chair à canon» à des fins patriotiques.


Les jeunes athlètes qui ne réussissent pas à progresser par ce système d'entraînement doivent généralement voler de leurs propres ailes. Avec peu d'éducation ou de compétences utiles pour leur vie future et quelques fois gravement blessés ou handicapés, ils ont des difficultés à trouver du travail.
Un article de la NPR donne l'exemple de Zhao Yonghua, une ancienne skieuse de niveau olympique. Après avoir atteint un bon niveau national, elle a contracté une fièvre. On lui a exhorté de poursuivre son entraînement d'hiver avec une équipe de l'armée et, plus tard, elle est devenue diabétique. Elle a ensuite été forcée de se retirer définitivement et est restée alitée pendant ces dix dernières années.


Le China Sports Daily, un organe de propagande officiel du Parti, a estimé que sur les 300 000 athlètes qui ne sont plus en activité, 80 % sont sans emploi, blessés, ou vivent dans la pauvreté. Le régime leur a promis une assurance sociale annuelle, au montant de 4 millions de dollars US, qui était supposée prendre effet en 2007.


«Une étonnante quantité de main-d'œuvre, d'argent et de marchandises sont injectées là-dedans, tellement qu'il serait malvenu de révéler cela au public», confie Lu Yuanzhen, un professeur de sociologie des sports à l'Académie des Sciences du Sports au South China Normal University, au New York Times.


Il affirme que si les athlètes chinois ne brillent pas, «la nation tout entière et son peuple perdront la face».
En 2004, depuis qu'elle a surpassé la Russie en obtenant la seconde place au tableau pour le nombre de médailles d'or obtenues, son plus haut rang jamais atteint, il est indéniable que la Chine a eu l’ambition non officielle, en tant que pays hôte des Jeux voulant se couronner de succès, de surpasser les États-Unis et d’être le grand vainqueur au tableau des médaillés.
 





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