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Interview avec l’équipe de Truffe |
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Écrit par Olivier Chartrand, La Grande Époque - Montréal
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21-08-2008 |
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Céline Bonnier (droite) et Kim Nguyen (centre) lors du tournage d’une des scènes de Truffe. (Christal Films) Truffe de Kim Nguyen (Le Marais) met en vedette Roy Dupuis et Céline Bonnier incarnant un couple de restaurateurs dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve faisant l’exploitation de la truffe noire. Ce film fantastique aux allures d’un film de série B prendra l’affiche à compter de vendredi prochain. Rencontre avec le réalisateur et les comédiens.
La Grande Époque (LGÉ) : Truffe est un film assez différent de ce que l’on peut voir au Québec : un style kitch, film de série B…
Kim Nguyen : En fait, derrière la comédie et le film lyrique, il y a un propos sur la société de surconsommation qui m’était important à travers la symbolique de la truffe que tout le monde convoite et qui est la source de tous les maux. Tout le monde se bat pour cela, ça représente un peu tout ce que l’on veut acheter : le diamant, l’auto de luxe, etc. C’est la démesure, on n’en a jamais assez. Derrière le côté postiche du film, il a ce thème que je voulais exploiter, je voulais permettre aux gens de rire de cela. C’est aussi un exercice de style, bien sûr.
LGÉ : Dans ce film, il y a beaucoup d’exploration au niveau de l’image, des textures. Pourquoi as-tu pris autant de liberté?
Kim : En fait, c’était un choix délibéré, je me suis dit : «Ok, je vais prendre une chance parce que j’ai déjà le financement pour mon prochain film!» (rire) Blague à part, on s’est dit qu’on irait à fond dans l’exploration de la forme parce que l’on n’aurait peut-être jamais plus la chance d’avoir autant de pouvoir centralisé, car j’étais producteur, scénariste et réalisateur.
LGÉ : D’où t’est venue l’inspiration pour le scénario?
Kim : C’était une combinaison de choses. D’une part, il y a eu un processus d’écriture automatique sur une période d’un mois, une espèce de scrapbook de mon inconscient. Un inconscient que j’ai nourri de clichés psychanalytiques. J’ai poussé plus loin pour en faire une dérision. Avant ça, j’ai visionné des films surréalistes comme Songs From the Second Floor [Jean-François Vandeuren], les films de Gondry [Michel], etc. Le tour de force de Gondry dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, c’est que l’on est touché par ces personnages bien que l’on sache qu’ils sont dans un monde de carton. Je me suis donc dit que ce serait intéressant d’aller chercher une humanité meublée par un monde de rêve. Donc, [dans Truffe] on a Alice [Céline Bonnier] et Charles [Roy Dupuis] qui sont très humains, mais habitent un monde débridé et surréaliste.
LGÉ : Est-ce que c’est le message social du film qui t’a attiré dans ce projet?
Roy Dupuis: C’est sûr qu’à quelque part, le fait que ça dénonce la surconsommation, les grandes corporations qui s’accaparent et exploitent les ressources humaines autant que naturelles et finissent pas écraser les petits commerçants, c’est un plus au film. Ce qui m’a attiré dans ce projet-là, oui, c’est le style, mais utiliser ce style pour dénoncer.
LGÉ : Est-ce que le fait qu’il y ait beaucoup de deuxième niveau sur le plan de l’humour et que ce soit tourné en noir et blanc ne limitent pas la compréhension d’un plus large public par rapport à cette dénonciation-là?
Roy : Écoute : ça se fait des films à recette, mais ce sont des films à recette… Lorsque tu t’en vas voir ça, c’est comme aller au McDonald : tu sais comment ça va finir puis tu sors de là, sans rien avoir appris. Truffe, ce n’est pas un film à recette. Mais, je pense qu’il y en a pour tout le monde. Parce qu’il y a un côté manège dans le film : c’est drôle, c’est épeurant… mais en même temps, ça dénonce.
LGÉ : Quelle était l’ambiance sur le plateau?
Roy : C’était bien parce qu’on a tourné en vidéo, donc nous étions une petite équipe et c’était beaucoup plus léger, un film à petit budget. C’était agréable à faire, un beau plateau, une belle gang.
LGÉ : Truffe est le deuxième long métrage de Kim. Comment c’était de travailler sous sa direction?
Roy : Ah! Il est l’fun Kim. Quand j’ai lu son scénario, j’ai tout de suite voulu participer au film. Céline et moi avons embarqué dans son univers. On s’est rencontrés à trois. J’avais quelques suggestions par rapport à la fin. Il a adoré ça! Cette rencontre l’a inspiré. Il était ouvert. Ça, déjà en partant, c’est l’fun! En plus, c’est quelqu’un qui connaît très bien son médium, la technique, etc. Il a beaucoup de talent! Il nous a laissé beaucoup de liberté, parce qu’il voulait que Céline et moi jouions d’une manière très réaliste.
LGÉ : Qu’est-ce qui t’a fait choisir ce projet plutôt qu’un autre?
Céline Bonnier : J’avais l’impression de toucher à quelque chose que je n’avais jamais fait et qui est en même temps dans la veine de création dans laquelle je suis habituée de voguer. J’avais aussi vu Le Marais de Kim et ça m’avait beaucoup impressionnée, je trouvais que c’était quelqu’un en même temps de très original, un peu déjanté et de très méticuleux. Il a fait un travail de fou dans Le Marais, je ne comprenais pas comment il avait réussi à faire un film du genre au Québec. Ça m’intéressait donc de le rencontrer puis de travailler avec lui. (rire)
LGÉ : Est-ce que Truffe est accessible pour un large public?
Céline : Pour moi, c’est très accessible. Sauf que je ne sais pas si je représente la généralité. C’est le genre de chose qui m’intéresse. En plus, en voyant un film comme cela, je n’ai pas l’impression que l’on me prend pour une gourde. Le film incorpore tout de même un commentaire sur certains points d’actualité : les grosses corporations qui veulent s’accaparer le marché et avoir le monopole… Ça me parle! En outre, il y a des références aux films des années 50, mais aussi à ceux de Tati [Jacques] avec le son qui, par moment, est exagéré, et également à la nouvelle vague française des années 70 : des scènes sans trop de découpage de plan, en noir et blanc, un rythme déconstruit, etc.
On a souvent envie de voir des choses qui sont connues, que l’on a déjà vues. C’est sûr qu’il faut peut-être une certaine disponibilité parce que Truffe n’est pas le genre de film que l’on a déjà vu.
LGÉ : Puis avec le reste de l’équipe, comment c’était?
Céline : Écoute, très facile parce que Kim, c’est un gars heureux, tellement sympathique et pas compliqué. Ça super bien été entre nous deux. On a ri tout le long. Je trouve que c’est un rassembleur et il sait ce qu’il veut. Tous les départements travaillaient pour lui. Je n’ai senti aucune tension. Parfois, tu en sens parce que le réalisateur n’est pas sûr de lui, il est fatigué. Mais Kim était heureux du début à la fin.
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