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Proche-Orient : espoir de paix en dépit du chaos politique |
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Écrit par Stéphanie Krug, Collaboration spéciale
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22-08-2008 |
Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, en compagnie du premier ministre israélien, Ehud Olmert, le 6 août 2008 à Jérusalem. Les deux hommes se sont rencontrés pour discuter de la succession du pouvoir en Israël et de ses impacts sur le processus de paix. Olmert va quitter ses fonctions en septembre. (Moshe Milner/GPO via Getty Images) Israël a aujourd’hui 60 ans. C’est l’âge de la maturité et l’heure des bilans. En dépit de tous les efforts pour concourir à la paix, le conflit avec les Palestiniens, présent à la naissance de l’État juif souverain, perdure 60 ans après la déclaration de l’indépendance d’Israël, le 14 mai 1948. Depuis les négociations à Oslo, en septembre 1993, où Israël et l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) signent un accord pour mettre en place une Autorité palestinienne intérimaire, prémisse à la création d’un État palestinien, les relances du processus de paix continuent d’engendrer de sombres résultats.
Les négociations de Camp David, le 25 juillet 2000, se sont soldées par un échec, le président palestinien rejetant radicalement les propositions provenant d’Ehud Barak appuyé par Bill Clinton. L’Autorité palestinienne estimait alors que les négociations ne pouvaient mener à la création d’un État palestinien viable à cause, d’une part, du refus des Israéliens de restituer la totalité des territoires occupés et, d’autre part, d’accepter que Jérusalem-Est puisse faire office de capitale de l’État palestinien.
L’ultime tentative le 27 novembre 2007, à Annapolis aux États-Unis, est impuissante à solder tous les comptes.
Avec l’appui de l’administration Bush, Israéliens et Palestiniens avaient repris leurs négociations dans le but d’instaurer un État palestinien indépendant et pacifiste à l’égard d’Israël, mais rappelons que plusieurs questions, lors de la conférence d’Annapolis, avaient été soulevées et restèrent sans réponses : le statut de Jérusalem; le partage des territoires et des frontières; le sort des réfugiés palestiniens habitant aux quatre coins du monde; les colonies juives et le partage des ressources en eau.
Cette «énième» tentative de relancer le processus de paix au Proche-Orient s’est réalisée dans un contexte politique précaire pour des raisons qui sont toujours à l’ordre du jour. Le premier ministre israélien, Ehud Olmert, et le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, étaient tous deux dans une posture délicate : Olmert tentait alors de lutter contre les colonisations juives qui persistent malgré les avertissements de la Cour internationale de justice qui les juge illégales et considère qu’elles sabordent le processus de paix, tandis que le président de l’Autorité palestinienne était en perte de contrôle depuis que le Hamas, parti islamiste, contrôle la bande de Gaza et qu’il ne cesse de déstabiliser le Fatah, parti de Mahmoud Abbas.
Aujourd’hui, le bilan ne laisse guère présager mieux. Les accusations qui pèsent sur Olmert viennent mettre un frein à l’espoir de paix au Proche-Orient, même si ce dernier a promis qu’un accord sera atteint avant la fin de l’année 2008, avant que le président Bush ne quitte la Maison-Blanche en janvier prochain. En effet, le premier ministre est impliqué dans un scandale financier portant sur environ 150 000 dollars. Acculé à la démission, Olmert est sommé de quitter le pouvoir en pleines négociations avec les Palestiniens et les Syriens.
Encore une nouvelle succession qui risque fort de neutraliser tout espoir de paix. Sa redoutable adversaire n’est nulle autre que la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, une ancienne du Mossad qui a milité pour la démission d’Olmert et a obtenu que le premier ministre finisse par jeter l’éponge. Elle a réussi à organiser des primaires le 17 septembre 2008. Olmert voit de jour en jour son autorité affaiblie et le tableau se noircit avec l’attaque d’Ehud Baral, actuel ministre de la Défense qui avoue vouloir rompre la coalition si Olmert ne se démet pas de ses fonctions de premier ministre.
Du côté palestinien, c’est le Hamas qui semble se délecter de voir à quel point Mahmoud Abbas a perdu sa crédibilité politique depuis l’échec des négociations de camp David. Le Hamas se sent investi d’une nouvelle mission, celle de représenter l’ensemble des Palestiniens. Les évènements du 25 juillet dernier viennent renchérir le caractère un peu tribal des affrontements récurrents entre le Hamas et le Fatah et ne font qu’accentuer la division palestinienne.
En effet, le 25 juillet, l’effroyable attaque à la bombe – un engin explosif détonnant sous une voiture garée à une plage de Gaza – tuant cinq militaires du Hamas et une fillette de six ans, a ravivé la poudrière de Gaza, laissant augurer le pire. Sans parler de guerre civile, cet affrontement pousse chacun des camps dans leurs derniers retranchements et engendre une campagne d’arrestations de part et d’autre, ne faisant que favoriser l’escalade de la violence. Le Hamas accuse le Fatah d’être responsable de l’attentat alors que ce dernier nie toute implication.
Sébastien Boussois, chercheur associé à l'École pratique des hautes études-Sorbonne et auteur de l'ouvrage Israël confronté à son passé, déclare dans le journal Le Monde que, selon lui, cette «confrontation à laquelle se livrent actuellement le Hamas et le Fatah n'est que le symbole des divisions qui règnent au sein de la société palestinienne, aujourd'hui morcelée». Aussi, ajoute-t-il, la stratégie du Hamas vise à accentuer «le processus de «décrédibilisation de l'Autorité palestinienne par Israël et les Européens» dirigée par un Mahmoud Abbas incapable «de fédérer le peuple palestinien». «La stratégie jusqu’au-boutiste» du Hamas cherche à supplanter le Fatah en se faisant l’unique représentant de l’ensemble des Palestiniens. «Et ce rôle, réitère-t-il, il l’a endossé aux élections législatives de 2006.»
Toujours est-il qu’en dépit d’un contexte défavorable et du chaos politique qui règne autant du côté palestinien que du côté israélien, Ehud Olmert a proposé au président palestinien un projet d'accord de paix détaillé, a rapporté le journal Ha'aretz le 12 août.
Olmert avait signalé qu’il souhaitait conclure un double accord de paix avec les Palestiniens et les Syriens (avec la restitution du plateau du Golan) avant qu’il ne quitte ses fonctions de premier ministre. D’après le quotidien israélien Ha’aretz, ce projet d'accord d’Israël avec les Palestiniens fait mention de la question des frontières, de celle des réfugiés, et révèle qu’Israël serait en mesure de réaliser un retrait en Cisjordanie sur 93 % du territoire occupé. La partie restante serait aux mains de l’État hébreu.
De surcroît, les Palestiniens auraient la possibilité d’obtenir un terrain dans le sud d’Israël équivalant à 5,5 % du territoire de la Cisjordanie pour faciliter le passage de la bande de Gaza à la Cisjordanie. Par ailleurs, les Palestiniens pourraient circuler librement entre la bande de Gaza et la Cisjordanie sans être contrôlés par l’armée israélienne. Concernant la question complexe des réfugiés, il ne faut pas attendre des miracles d’Israël qui juge impossible le droit de retour des Palestiniens en terre d’Israël, permettant seulement aux réfugiés de revenir dans l’État palestinien. Des dérogations exceptionnelles pourraient autoriser certains réfugiés à revenir en Israël dans le cadre du regroupement familial.
Néanmoins, à l’issue de ces discussions entre Mahmoud Abbas et Ehud Olmert, ces informations ne sont pas confirmées par le porte-parole de M. Olmert et ces promesses sont encore loin d’être réalisées. Malgré tout, il s’agit de sensibles efforts pour relancer le processus de paix au Proche-Orient.
Quant à la Syrie, dirigée par Bachar El-Assad, elle semble disposée à un rapprochement avec Israël qui lui permettrait d’asseoir sa crédibilité face aux États-Unis et d’éviter l’isolement dans lequel elle se condamne en restant aux côtés de l’Iran. Les négociations très secrètes arbitrées par la Turquie entre la Syrie et Israël sont d’autant plus prometteuses qu’elles donnent à voir la résolution informelle d’Israël de restituer le plateau du Golan à la Syrie.
La priorité pour Israël, c’est de voir la Syrie se détacher de l’Iran qui menace en permanence l’État hébreu. C’est aussi l’occasion de traiter avec le Liban et de stopper l’avancée vertigineuse du Hezbollah, tenu sous le joug de l’Iran, vers le nord d’Israël. Force est d’admettre que les résolutions de partage équitable avec la Syrie favoriseraient le processus de paix entre Israël et le monde arabe et permettraient l’essor d’une ère nouvelle, en assurant la création d’un Moyen-Orient plus confiant et politiquement plus stable. Mais pour cela, il faudrait que la Syrie rompe définitivement avec l’Iran. Ce qui est encore loin d’être le cas.
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