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Jeux de Pékin: le succès de qui? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Paul Deschamps, Collaboration spéciale   
27-08-2008
Le président du Comité international olympique, Jacques Rogge, agite le drapeau olympique
Le président du Comité international olympique, Jacques Rogge, agite le drapeau olympique en compagnie du maire de Londres, Boris Johnson (gauche), et du maire de Pékin, Guo Jinlong. La cérémonie de clôture des Jeux de Pékin s’est déroulée le 24 août 2008. (Alexander Hassenstein/Bongarts/Getty Images)
L’heure est au bilan, bien évidemment. Tout le monde se pose les mêmes questions : les Jeux de Pékin ont-ils été un succès? Était-ce une bonne chose d’octroyer les Jeux à la Chine?

Si l’on se fie au Comité international olympique (CIO), les Jeux ont été «exceptionnels» et essentiellement une «force pour le bien». Pour les détracteurs, c’est tout le contraire. C’est ce qu’on appelle les «deux côtés de la médaille»... Mais cette expression elle-même peut-elle réellement trancher? Si un côté de la médaille représente l’exploit sportif et l’autre l’oppression, peut-on trouver quelconque corrélation et estimer qu’il y a en somme un effet de balancier entre les «deux côtés de la médaille»?

Poser la question, c’est y répondre. Vouloir distancer les Jeux olympiques de ses valeurs fondatrices, pour excuser une dictature brutale et y justifier la tenue d’une messe sportive, démontre soit la fin des Olympiques en tant que tels, ou leur transformation finale dans une aberration où la question monétaire et les intérêts politiques écrasent sans cas de conscience le peu de valeurs d’humanité qui nous reste.

Le CIO peut se féliciter du bon déroulement général des épreuves sportives. Il devra cependant et dorénavant vivre avec cette grosse tache. Il est normal, lorsqu’on traite avec un partenaire entaché, d’être contaminé. Les promesses non tenues, concernant la liberté de presse, les droits de l’Homme, les «parcs de protestation», étaient toutes le fait du régime chinois. Mais dans tous les cas, le CIO n’a pu que défendre sa propre naïveté ou complicité. À moins que la Russie ne devienne un pays plus démocratique d’ici 2014, pour les Jeux d’hiver de Sochi, le CIO sera encore aux prises avec la foudre des critiques.

Dans le contexte actuel, cela n’indique rien qui vaille. Sochi est à quelques kilomètres de la Géorgie, sur la côte de la mer Noire et à environ 500 km de Grozny, capitale abattue de la Tchétchénie. La région en soi est très explosive, sans compter les tendances autoritaires et militaristes grandissantes de Moscou.
Mais ça, c’est un casse-tête qui ne viendra pas hanter le CIO avant 2012 peut-être.

Régime chinois
Outre le CIO, le régime chinois devra évaluer sa propre performance dans cette affaire. L’héritage laissé par ce coming out party célébrant une montée en puissance sur la scène internationale, tel que décrit par de nombreux médias occidentaux, n’est encore pas concluant.

Bien sûr, la cérémonie d’ouverture aura marqué les esprits de millions de gens, peut-être d’un trait rouge comme sur le front de ces automates célébrant la discipline militaire et l’engloutissement de l’individu. Mais à vouloir trop en mettre, Pékin a laissé montrer son jeu, celui sur lequel le gouvernement s’appuie pour diriger le pays : la tromperie.

Ainsi, nous avons appris peu à peu que les feux d’artifice présentés sur les millions d’écrans, y compris ceux du stade, étaient des animations informatiques. Ensuite, que la petite chanteuse interprétant l’Ode à la mère-patrie était «trop laide» pour être présentée devant les yeux du monde. Il valait mieux mettre une fille mignonne qui fait du lip-sync et faire d’elle la grande vedette de cette célébration. Une face, c’est tout. Pas de voix. Et on devient l’idole de la nation.

Pour démontrer l’«harmonie sociale» et l’unité des ethnies en Chine, 56 enfants représentant chacune des ethnies tenaient un grand drapeau chinois. Mais la bonté du régime envers les marginaux a des limites. Ainsi, tous les enfants étaient en réalité de l’ethnie majoritaire han et avaient enfilé des costumes folkloriques. On pense tout de suite au Tibet colonisé, transformé en centre touristique et «épuré» de ces éléments traditionnels et donc «dissidents». Tibet, la grande région oubliée durant les festivités, où la répression s’est poursuivie à l’abri des regards.

Mais pour le régime, que de légers détails. Convaincre par l’image, dans une société passée maître dans la contrefaçon, le copiage et la piraterie, c’est ce qui compte.
Un policier empêche un photographe de faire son travail à Pékin

Certainement, l’image laissée à l’étranger aura souffert quelque peu. Perturber le travail des journalistes n’est jamais l’idéal pour obtenir bonne presse. Une grosse promesse brisée. Mais lorsque vous avez un ascendant sur certains médias étrangers, par l’entremise d’ententes commerciales avec les groupes financiers propriétaires, vous pouvez dormir un peu plus tranquille. Quant au «droit de protester» également promis, ce ne fut finalement qu’un attrape-nigaud.

On a comparé cet épisode à la campagne des 100 fleurs sous Mao Zedong. Ce dernier, dans le but de rectifier le Parti communiste, avait demandé aux intellectuels de soumettre des critiques et avait promis qu’ils ne seraient pas persécutés. Les pauvres n’ayant pas compris le stratagème sont allés de l’avant, et Mao a eu la tâche facile pour les cibler, les arrêter et les persécuter.

Le sale vieux truc a encore marché : aucune demande de protestation n’a été autorisée et au moins deux personnes, après avoir fait leur demande, ont été arrêtées. Deux femmes âgées de plus de 70 ans, Wu Dianyuan et Wang Xiuying, qui voulaient protester contre des compensations jamais remises après la destruction de leur domicile par les autorités, ont été condamnées à un an dans un camp de travail forcé. Elles seront «rééduquées par le travail».

On pourrait donner beaucoup d’autres exemples, mais énumérer la liste des bavures n’est pas le but de cet article. Tout cela était parfaitement normal. Cela fait partie intégrante de la vie sous une dictature. Cela fait partie intégrante du mode de fonctionnement d’un parti unique au pouvoir. C’est ce que le CIO savait ou, au moins, aurait dû savoir, mais dont il a refusé de tenir compte. Les avancées économiques et l’augmentation du niveau de la vie en Chine ne changent pas grand chose à la nature du régime, à ses manières de fonctionner et à garantir son contrôle sur la population.

Dans ce contexte, Pékin peut se réjouir de cette grande victoire sur l’éthique, la moralité, la justice, la démocratie et les droits de l’Homme. Le régime chinois a prouvé que toutes ces choses n’opposaient aucune compétition à la puissance économique. Pouvoir faire plier institutions et gouvernements par l’argent est crucial lorsque l’énergie qu’on dégage est répugnante. Soumettre par la culture et le pouvoir souple est également efficace lorsqu’on fait face à des gens qui ne connaissent pas l’essence de la culture traditionnelle chinoise et qui ne peuvent saisir la nature du régime actuel.

Le succès de Pékin à l’étranger sera certain chez ceux qui peuvent faire abstraction de «l’autre côté de la médaille». En tête de liste, se trouvent des personnalités comme l’ex-premier ministre canadien Jean Chrétien, qui entretient des relations amicales avec au moins un haut dirigeant communiste, l’ex-dictateur Jiang Zemin. Ce dernier est toujours très influent au sein de l’appareil de sécurité de l’État et fait face à des accusations de crimes contre l’humanité et génocide dans plusieurs pays à travers le monde pour son orchestration de la persécution du Falun Gong.


 
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