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PARIS – Le 4 septembre 2008 a été présentée au Centre d’Accueil de la Presse Étrangère une déclaration de l’Assemblée consultative auprès du Congrès des peuples (ASCOP) demandant une réforme des Nations Unies. Cette réforme aurait pour objectif d’accorder au peuple du monde un droit d’expression au cœur de l’organisation onusienne.
En effet, alors que la déclaration universelle des droits de l’Homme et du Citoyen «fête» ses soixante ans cette année, les violations toujours aussi présentes des droits fondamentaux des peuples du monde obligent à s’interroger sur l’efficacité et la légitimité de l’ONU.
L’ASCOP regroupe 79 organisations de 21 pays différents et se définie comme un espace de concertation entre les ONG et les individus qui cherche à développer la démocratie participative dans le but de faire des propositions concrètes au Congrès des peuples.
Le Congrès des peuples qui prend avis auprés de l’Ascop pour détermnier des actions communes est quant à lui une assemblée de 45 délégués élus par 100.000 personnes dans 120 pays différents. Le Congrès des peuples voudrait obtenir une réforme des Nations unies pour obtenir un droit d’expression des peuples, indépendamment des états, jugés incapables de garantir la paix et la sécurité des individus.
UN PROJET SUR LE LONG TERME
Bien que le Congrès des peuples existe depuis 1969, son pouvoir d’action pour défendre concrètement les peuples face aux injustices est limité et sa légitimité (100.000 électeurs sur l’ensemble de la planète) doit de faire reconnaître face aux instances internationales.
Ainsi quand nous demandons à Daniel Durand (Président du registre Citoyens du Monde, administrateur de l'ASCOP) quelles actions ont déjà été entrepris par le Congrès des peuples en faveur des droits de l’Homme depuis sa création, il répond « aucune »… tout en affirmant que cela fait partie de sa volonté pour le futur. « C’est une étape, nous travaillons pour les générations futures, » déclare Marie-Françoise Lamperti, présidente de l’association Agir pour les droits de l’Homme, et membre de l’Ascop
Le chemin semble donc encore long avant que les peuples du monde puissent directement faire entendre leur voix au cœur des Nations unies, sous la forme d’élection mondiale par exemple.
Une étape incontournable pour y arriver sera notamment de réussir à faire émerger une conscience, une citoyenneté mondiale. En effet, si le concept « citoyens du monde » est de plus en plus répandu dans les sociétés occidentales, il reste très vague et une quantité considérable de mouvements, organisations non gouvernementales ou associations font références à ce concept mais selon des approches souvent très différentes.
Des domaines aussi variés que la démocratie, les unités de mesures, la monnaie, l’éducation, les dérèglements climatiques peuvent être traités par les citoyens du monde dans l’optique d’une mondialisation. Il reste donc à l’ASCOP de s’investir encore davantage pour parvenir à éclaicir ces concepts, les objectifs à atteindre et enfin et surtout à faire émerger la citoyenneté mondiale comme une valeur essentielle pour les générations futures afin de trouver sa place au coeur des Nations Unies.
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La Grande Époque a recueilli les propos de Marie-Françoise Lamperti, présidente de l’association Agir pour les droits de l’Homme, et membre de l’Ascop.
Votre collectif réclame un droit « d’expression des peuples au cœur des Nations unies », que voulez-vous dire exactement?
Marie-Françoise Lamperti : Pour aller à l’essentiel je reprends la déclaration du président Wilson au début du siècle dernier qui affirmait qu’au lieu de créer une société des nations, il fallait créer une «société des peuples». Il avait compris qu’un pouvoir doit émaner de la base par vote direct des citoyens.
Ce n’est pas le cas actuellement où les représentants des États à la tribune de l’ONU débattent et votent des décisions qui nous concernent. Bien sûr, le président Wilson n’a pas été suivi mais l’idée de création d’une chambre des peuples a été reprise entre les deux guerres par deux américaines Lola Lloyd et Rosika Schwimmer et la Française Suzanne Bouillet. Les Citoyens du Monde, eux, adopteront cette position dès 1944.
Mais les représentants des États sont désignés par des États dont les élus le sont par suffrage, ils parlent au nom du peuple...
D’abord tous les états ne sont pas des états démocratiques même si certains d’entre eux se donnent pour nom République populaire et qu’ils prétendent parler au nom du peuple. Dans ce cas, leurs représentants sont élus à l’intérieur d’un appareil politique. Ce système d’autoengendrement confisque le pouvoir décisionnel toujours selon le même modèle, loin de la volonté du peuple et, tournant sur lui-même, finit par se scléroser.
Quant aux sociétés réellement démocratiques, il faut préciser que les élus (députés, maires, etc.) sont des élus nationaux, ce ne sont pas des élus du peuple mondial.
Pourquoi faire allusion à la Charte des Nations unies quand vous parlez de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui a été proclamée bien après?
C’est que tous les travaux de rédaction de la DUDH ont été rendus possibles à partir du moment où la charte de l’ONU a existé. De plus, les articles de la DUDH contiennent tous les droits indispensables à l’humanité dont les principes sont clairement signifiés dans le préambule de la Charte. Ce sont ces droits qui sont facteurs de paix et rien d’autre. René Cassin a été très clair sur ce point.
Lorsque vous revenez sur la Charte, vous évoquez l’article 2 et l’intervention des ambassadeurs lors de sa rédaction. Mais certains politiques disent que ce sont de vieux débats et qu’il faut aujourd’hui tourner la page.
Oui, nous continuerons à affirmer que les ambassadeurs n’avaient pas à intervenir pour obtenir une deuxième rédaction de la Charte ni à imposer leur vision du monde. D’autant que certains d’entre eux n’étaient que des porte-parole de systèmes politiques plus qu’oppressifs envers leur peuple. Par ailleurs, la Charte est l’attribut des peuples pas celle des leaders politiques.
C’est une des raisons pour lesquelles Robert Sarrazac, voyant l’article 2, s’est exclamé : «Nous nous sommes battus pour rien!». Quant à tourner la page, si des politiques tournent la page, dans les droits de l’Homme, on écrit l’Histoire : c’est celle du peuple du monde.
En appeler à la réforme des Nations unies est un travail de longue haleine, ne craignez-vous pas un essoufflement du projet face à certains chef d’État et de gouvernement qui traîneront les pieds?
Nous poursuivrons notre tâche inlassablement en tirant la force de nos convictions et nous savons que nous travaillons également pour les générations futures.
On ne peut donc plus dire comme Robert Sarrazac que c’est une bataille perdue?
Pour les droits de l’Homme, les seules batailles que nous perdons sont celles que nous ne livrons pas.
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