Le busard installe ses petits dans les champs de céréales, avec le risque de voir sa couvée détruite par les moissonneuses-batteuses. (AFP) | Chaque année à la saison des moissons, les agriculteurs et les protecteurs d’oiseaux sont confrontés à la destruction de certaines espèces animales menacées. Le busard se trouve être l’une d’entre elles, il est particulièrement inquiété. De nombreux oiseaux vivent dans les champs, c’est ici que les parents y installent leurs progénitures. Hors des moissons ils sont abrités, mais dès qu’elles s’activent ces espèces sont exterminées par les engins agricoles. Certains oisillons parviennent à s’enfuir si on leur en laisse le temps, par exemple en fauchant de l’intérieur vers l’extérieur, mais pour d’autres il est souvent trop tard, les jeunes busards finissent très souvent dans les machines.
AUTREFOIS LE BUSARD HABITAIT DANS LES FRICHES DES LANDES ET DES MARAIS
Le busard cendré est un joli rapace gris papillonnant dans les plaines, et pourtant il se fait de plus en plus rare. Renaud Nadal, coordinateur du Réseau Busards à la Ligue pour la protection des oiseaux explique:
«Le problème de ces rapaces, c’est le choix qu’ils font de s’installer dans les cultures (fourrage ou céréales), c’est ce qui les met en péril. Les moissons interviennent le plus souvent avant l’envol des jeunes. On estime en France que 70 % de la population de busard cendré dépend des dates de moissons de céréales.» Autrefois le busard vivait surtout dans les friches des landes et des marais, mais face à la dégradation de cet habitat, l’assèchement des zones humides l’a conduit à modifier ses habitudes de nidification. Il a été contraint de s’installer dans les champs de céréales, avec le risque de voir sa couvée détruite par les moissonneuses. C’est ainsi qu’en installant leurs oisillons dans les champs cultivés, ce rapace a vu ses effectifs diminuer au cours des dernières décennies.
UN ESPOIR POUR LE BUSARD: LE MAINTIEN DES MILIEUX AGRICOLES
La Ligue pour la Protection des Oiseaux, grâce à des bénévoles a pu préserver la vie de nombreux busards. Ce travail se fait avec la collaboration des agriculteurs et chaque année depuis 30 ans des centaines de bénévoles se mobilisent, pour assurer l’envol des jeunes busards avant la moisson. Par exemple en 2007 : 429 volontaires ont réalisé 5.310 journées de surveillance, au cours desquelles 1.310 jeunes busards cendrés ont pu avoir la vie sauve. Les solutions sont diverses : assurer le déplacement des jeunes dans d’autres nids, contourner un carré de blé, ou transporter les œufs et petits dans un centre de soin…
Jean- Luc Bourrioux, qui travaille à la protection des busards dans les vastes plaines céréalières de Champagne-Ardenne, se demande parfois si la cause des busards n’est pas une cause perdue, puis il redevient optimiste: «Evidemment, la situation est grave, parfois dramatique, mais tout n’est pas perdu. Si les milieux agricoles se maintiennent, n’empirent pas encore davantage, les busards ont tout de même des chances de se maintenir. Evidemment, si l’intensification se poursuit, les oiseaux de plaine disparaîtront. Tout dépend de l’état des exploitations et de ce qu’on fera à l’avenir des jachères.» Le busard cendré, est une espèce sensible, c’est un rapace migrateur qui passe l’hiver dans la savane africaine, mais pour sa nidation il dépend de l’évolution des milieux européens et des usages de l’environnement qui peuvent s’avérer catastrophiques.
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