Écrit par Mélanie Thibault, La Grande Époque - Montréal
19-09-2008
Du 23 septembre au 11 octobre À l’Espace Libre Réservations : 514 521-4191 www.espacelibre.qc.ca
Jean Asselin, directeur artistique du festival, comédien, metteur en scène et fondateur de la compagnie Omnibus. (Gracieuseté du RIMM)
À l’occasion des Rencontres internationales du mime de Montréal, voici un entretien avec Jean Asselin, directeur artistique du festival, comédien et metteur en scène pour les créations de la compagnie Omnibus qu’il a fondée dans les règles de l’art du grand Étienne Decroux, un brin de folie et de liberté en plus.
L’entrevue s’est déroulée à l’Espace libre, lieu théâtral particulier de la rue Fullum où l’évènement aura lieu. Plusieurs découvertes cette année avec l’accueil de compagnies françaises. Les choix de M. Asselin renouvellent cet art encore mal connu qu’est le mime, pourtant une source d’inspiration pour plusieurs comédiens montréalais ainsi qu’une discipline méritant toute l’attention du spectateur.
Nous avons demandé à Jean Asselin de s’exprimer sur les thèmes majeurs qui ont guidé cet évènement qui se déroulera dans trois salles de l’Espace Libre.
L’héritage d’Étienne Decroux renouvelé Étienne Decroux est l’inventeur du mime corporel. Il a enseigné à Jean Asselin en France au début de la carrière de ce dernier, il y a plus de 30 ans. Sa technique consistait à décomposer le corps de façon géométrique en isolant le mouvement de la tête, du buste et du bassin.
«Le défi des Rencontres internationales du mime de Montréal (RIMM) c’est, d’une part, d’élargir la dramaturgie du mime. Il n’y a pas que du mime pur, tel que Decroux l’a transmis. Ce que j’aime appeler de l’impur est le mime qui se fusionne ou qui s’inspire d’autres disciplines. Les œuvres littéraires du répertoire classique, les œuvres historiques un peu oubliées, se confrontent à l’éloquence du corps en scène.»
Un exemple de renouvellement de la forme classique «Pour L’amour est un opéra muet, il s’agit presque du pur jeu, car il n’y a pas de prise de parole, mais il y a tout de même une hybridation avec la musique : Normand Forget dirige Pentaèdre, un quintette à vent, qui se produit live sur scène en compagnie des mimes. Inspiré de Cosi fan tutte (Opéra de Mozart), la musique est extrêmement sophistiquée. Il y a une transformation de l’héritage classique laissé par le texte.»
Un exemple de simplicité «Dans Intérieur nuit [une création française ayant remporté, en 2005, le prix du jury à Mimos, prestigieux festival de mime en France], le Français Jean-Baptiste André est impressionnant, car il performe sans avoir l’air de faire d’effort alors qu’il conjugue des disciplines qui demandent beaucoup au corps (acrobaties, équilibre, danse, etc.). Il fait les choses comme s’il ne s’agissait pas d’un exploit.»
Un exemple de métissage des disciplines «Dans les Mots derrière la vitre, il y a un côté collectif chez la compagnie Escale corps-acteur. La compagnie est basée à Nantes. Les interprètes allient textes, cirque et mouvement. Ce spectacle ouvre le spectateur à une dramaturgie large, accueillant plusieurs formes d’expression. Six auteurs se chevauchent dans cette allégorie dans laquelle les artistes s’impliquent totalement dans le mouvement.»
Un exemple de complémentarité «Les artistes d’Un temps, deux mouvements ont commencé à Omnibus et œuvrent depuis quinze ans à Montréal. De formations très différentes en mime et en danse, les deux interprètes présentent un spectacle chorégraphié avec précision. Ils travaillent à partir d’une œuvre de Béla Bartók selon des formes expressionnistes [amplification des mouvements corporels]. Ils font référence aux années 1920, et j’aime la façon dont ils se défendent sur scène.»
Un exemple de partage culturel «Sylvie Chartrand a commencé sa performance [De la terre au visage], alors qu’elle était à Paris dans le quartier de la Villette. Il y a trois représentations par jour dans lesquelles interviennent 45 acteurs de différents âges et morphologies. N’ayant que visage et sexe couverts, ces acteurs joueront l’agonie avec la projection de leur empreinte sur un mur. Cela donne à voir le corps dans un rapport tridimensionnel. L’installation voyagera à Paris, à Berlin et à Madrid, dans un perpétuel renouvellement de la forme; les 45 acteurs étant recrutés dans le pays des représentations.»
Ouverture à toute forme de mime «En ce qui concerne l’évènement, il ne s’agit pas de faire école, mais de présenter des formes très assumées. Le corps y est au premier plan. Le but est donc d’assister à différentes formes en toute liberté. C’est un art qui est mésestimé de l’extérieur, mais dans le fort intérieur des gens, il est valorisé. Il s’agit justement, lors de ces rencontres, de légitimer la présence du mime à travers différentes formes d’expression corporelle.»