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Écrit par Antoine Latour, La Grande Époque - Montréal   
24-09-2008

George W. Bush (centre), Stephen Harper (droite) et le dirigeant chinois, Hu Jintao, suit derrière.
Près des États-Unis et laissant derrière la Chine? Une photo qui pourrait représenter brièvement la politique étrangère des conservateurs durant les deux dernières années. Le président américain, George W. Bush (centre), envoie la main alors qu’il discute avec le premier ministre canadien, Stephen Harper (droite), au sommet du G8 au Japon le 9 juillet 2008. Le dirigeant chinois, Hu Jintao, suit derrière. (Bullit Marquez/AFP/Getty Images)
Élections 2008 - La politique étrangère deviendra-t-elle un enjeu de campagne?

Plus de deux semaines après le début de l’actuelle campagne électorale, les questions de politique étrangère n’ont pas encore fait l’objet de débats. La question du rôle du Canada en Afghanistan a pointé son nez, mais il n’y a, semble-t-il, pas assez de viande pour attaquer les conservateurs. Peut-être y aura-t-il une petite controverse si on publie le rapport sur le coût de cette guerre, mais le Parti libéral, principal compétiteur du Parti conservateur, a donné sa bénédiction au prolongement de la mission jusqu’en 2011. L’Afghanistan n’est cependant qu’un morceau du casse-tête international. Et les différents partis prétendent tous avoir la manière idéale de le résoudre, ou au moins d’y insérer proprement la pièce canadienne.

Considérant les questions chaudes comme les relations canado-américaines, la position canadienne face à Israël et la Palestine, les relations avec la Chine, l’implication au sein des institutions internationales, l’aide au développement, etc., la relégation de la politique étrangère au statut de non-enjeu empêche les partis de s’affronter dans un champ où les idées s’imposent.

Qu’ont-ils à proposer, ces partis? Comment se distinguent-ils? Et quelles pourraient être les questions les plus épineuses pour le prochain gouvernement?

Lorsque le dernier gouvernement conservateur a pris les rênes à Ottawa en 2006, le Parti libéral bravait les États-Unis sur la question du bois d’œuvre et menaçait que le Canada n’avait pas tant besoin de son voisin en raison de l’émergence de la Chine et de l’Inde.

L’amélioration des relations avec les États-Unis a été une priorité pour le nouveau premier ministre Stephen Harper, si bien que ses détracteurs ont vite dénoncé un rapprochement trop étroit. Ce rapprochement est évident sur des questions comme Kyoto, le conflit israélo-palestinien et une approche internationale plus agressive.

Dans un discours en 2007, Harper avait décrit avec une métaphore sa compréhension des relations canado-américaines : «Pour qualifier la relation, l’un de mes prédécesseurs utilisait la métaphore de la souris qui dort près de l’éléphant. J’ai toujours trouvé que cette comparaison ne rendait pas justice au Canada. La métaphore de l’ours grizzli et du carcajou serait plus juste. Nous sommes peut-être plus petits, mais non moins farouchement déterminés à protéger notre territoire.»

Cette attitude plus assurée a permis de «redonner au Canada une place plus importante dans le monde», estime le stratège conservateur Mike Storeshaw dans la revue Embassy. Selon lui, l’influence canadienne a diminué sous les gouvernements libéraux. «Leurs positions manquaient trop souvent de principes», poursuit-il.

Selon le stratège libéral Michael Gendron, également interviewé par Embassy, «il est juste de dire que la politique étrangère est un domaine où vous verrez les plus grandes différences entre l’actuel gouvernement conservateur et le prochain gouvernement libéral».

«Malheureusement, nous avons vu les conservateurs mettre en pratique des politiques qui ont affaibli le ministère des Affaires étrangères, au détriment de la politique étrangère du pays», estime M. Gendron. «Nous allons rapidement renverser ces décisions, particulièrement en ouvrant de nouveau les consulats à Milan, Saint-Pétersbourg, Fukuoka et Osaka.»

Comparées à d’autres enjeux, les questions consulaires ont une importance contestable. Sur les relations Canada-Chine par contre, les divergences entre libéraux et conservateurs sautent aux yeux. Ce fut une pomme de discorde constante durant les deux années au pouvoir de Harper.

À ce titre, le journal en langue chinoise Ming Pao a indiqué que Stéphane Dion avait déclaré, lors d’un passage à Vancouver en début de campagne, que la restauration des relations avec Pékin était pour son parti une priorité. Dion souhaiterait rapidement aller en Chine et inviter le dirigeant chinois au Canada.

Les libéraux, tout comme le régime communiste chinois, n’apprécient guère les sorties publiques de Stephen Harper en faveur des droits de l’Homme et ont eu horreur de sa rencontre avec le Dalaï-lama et son absence aux Jeux olympiques de Pékin. Les libéraux jugent que leur approche d’«engagement» et de dialogue est plus efficace pour intégrer la Chine à la communauté internationale et faire d’elle un acteur responsable.

Cette position est souvent critiquée comme étant motivée uniquement par les intérêts économiques, car ceux qui se font les plus bruyants à son sujet sont accusés d’entretenir des liens questionnables avec certains groupes financiers ayant des relations avec le régime chinois. Bob Rae, qui était critique libéral en matière de politique étrangère lors du dernier Parlement, avait attaqué de front l’approche des conservateurs face à la Chine. Peut-être une mésentente strictement politique, mais le commentateur Kelly McParland du National Post souligne que le frère de Bob Rae, John Rae, est vice-président exécutif de Power Corporation, un partenaire financier de l’État chinois.

L’ex-premier ministre Jean Chrétien a aussi fustigé publiquement Stephen Harper de ruiner le travail de rapprochement qu’il avait fait avec la Chine. Chrétien admet avoir des liens personnels avec l’ex-dirigeant chinois Jiang Zemin.

Outre la question chinoise et américaine, l’approche à adopter à l’égard de la Russie sera également très importante à déterminer pour le prochain gouvernement. Avec les problèmes des dernières semaines, les raisons apparaissent évidentes.

Face à la Russie, les libéraux semblent adopter une approche moins conciliante qu’avec la Chine. Le 18 août, Bob Rae avait publié un communiqué exhortant les conservateurs à établir une ambassade en Géorgie. «Si la Russie est capable de se tirer de cette invasion et de la destruction de la vie et de la propriété sans conséquences, aucune des petites républiques de la région n’est en sécurité», avait-il déclaré.


 
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