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Des dons pour le séisme en Chine ont dormi dans une banque Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Matthew Little et Jason Loftus, La Grande Époque - Toronto   
26-09-2008
Des travailleurs de la Croix-Rouge montent une tente dans une région sinistrée du Sichuan, Chine,
Des travailleurs de la Croix-Rouge montent une tente dans une région sinistrée du Sichuan, Chine, le 2 juin 2008. Des fonds destinés aux victimes ont été gardés près de quatre mois dans la filiale d’une banque étatique chinoise au Canada. (Andrew Wong/Getty Images)
TORONTO – La colère a éclaté au sein de la communauté chinoise de Toronto après qu’on a appris que l’argent donné pour les victimes du séisme en Chine, dans la province du Sichuan en mai dernier, a dormi dans un compte de banque pendant près de quatre mois.

Une organisation chinoise locale, le National Congress of Chinese Canadians (NCCC), est pointée du doigt pour avoir gardé la main sur près de 1,1 million de dollars en dons. On se demande pourquoi l’argent n’a pas été acheminé aux personnes dans le besoin au moment critique.

Un tremblement de terre d’une magnitude de 7,9 sur l’échelle de Richter a dévasté une région de la Chine le 12 mai 2008. Plus de 70 000 personnes sont mortes, dont beaucoup d’écoliers.

Le NCCC, une association pancanadienne pro-Pékin, a réagi rapidement après le séisme. Avec l’aide de Jim Karygiannis, député libéral fédéral de Toronto, le groupe a été en mesure d’obtenir temporairement le statut d’organisation caritative auprès de Revenu Canada seulement douze jours après le désastre, soit le 24 mai. L’Agence canadienne de développement international (ACDI) a même offert de donner un montant correspondant aux fonds recueillis.

Karygiannis s’est joint aux dirigeants du NCCC et aux diplomates du consulat chinois de Toronto pour une conférence de presse annonçant la collecte de fonds. Le consulat a appuyé la démarche.

Avec la mise sur pied de l’institution caritative, le NCCC a vite amassé 1,3 million de dollars, recueillis pour la plupart de dons individuels. Le groupe a envoyé en Chine des fournitures médicales et 2400 tentes, mais le reste de l’argent est demeuré encaissé dans une filiale torontoise de la Bank of China, une propriété du régime chinois et dont un dirigeant du NCCC, Ping Tan, est membre du conseil d’administration.

Alors que les semaines et les mois s’écoulaient, les donateurs ont commencé à poser des questions sur ce qu’étaient devenus les fonds. Ces questions se sont vite transformées en critiques acerbes.

«Comment pourrait-on se fier à ces gens?», écrit un participant sur un forum Internet en langue chinoise.

«La reconstruction après le séisme est quasiment arrivée à sa fin, mais 80 % des dons sont toujours dans leur compte», a écrit un autre. «La caisse de secours pouvait sauver la vie des gens. Je ne comprends pas ce qu’ils avaient en tête.»

Plusieurs autres ont exprimé des opinions similaires.

Une personne de Toronto bien impliquée dans les œuvres de bienfaisance est parmi ceux qui ont sonné l’alarme. Helen Lu, membre de l’Ordre de l’Ontario et récipiendaire de la Médaille du mérite civique de l’Ontario, ne comprend pas pourquoi l’argent a été immobilisé aussi longtemps.

«Si vous faites une collecte de fonds, vous devez immédiatement donner l’argent», explique-t-elle.

Helen Lu, qui collecte des fonds pour la Fondation des maladies du cœur, pour Centraide et pour d’autres organismes, indique qu’elle envoie normalement les fonds recueillis aux destinataires en l’espace d’une semaine.

Mme Lu a refusé d’offrir son opinion sur le NCCC, mais elle a dit questionner d’où provient l’influence sur l’organisation. Elle mentionne avoir décliné une offre d’agir en tant que consultante pour la collecte de fonds du NCCC.

Elle craint maintenant que la controverse ne décourage les donateurs chinois à contribuer à d’autres œuvres de bienfaisance.

«La prochaine fois, les gens vont réfléchir et s’inquiéter que quelqu’un conserve l’argent», estime-t-elle. «Pourquoi l’argent était-il encore au Canada? Il devait se rendre en Chine il y a très, très longtemps.»

La Grande Époque a posé cette question à Ping Tan, le dirigeant du NCCC qui a organisé la collecte de fonds pour le Sichuan.

«Je n’ai pas à vous le dire», a-t-il répondu, lorsque joint au téléphone le 17 septembre.

Il a dit à un journaliste de La Grande Époque de se référer aux reportages des médias chinois.

Mais les reportages dans les médias de langue chinoise semblent laisser plusieurs questions sans réponse. Le Global Chinese Press cite Ping Tan disant que le délai est survenu parce que la collecte de fonds est complexe et que les neuf membres du comité de la fondation étaient occupés par leur travail respectif.

Accusations dans la presse chinoise
D’autres reportages étaient virulents.

Un article du 8 septembre dans le North America Weekly Times, un journal chinois de Toronto, cite des sources indiquant que le NCCC avait au départ l’intention d’investir l’argent provenant de la collecte au Sichuan, ce que Ping Tan a nié.

En fait, début septembre une tempête de critiques a pris de la force dans les médias chinois locaux et dans les forums Internet, où plusieurs ont exprimé leur colère parce que leurs dons n’avaient servi à rien.

Alors que la controverse prenait de l’ampleur, Ping Tan était introuvable. Il effectuait en fait un voyage d’un mois en Chine pour, entre autres, assister aux Jeux olympiques de Pékin.

Après les Olympiques, Ping Tan s’est rendu au Sichuan et, selon les reportages, a passé au moins un jour à enquêter sur les conditions dans les régions touchées.

Ping Tan est revenu au Canada le 5 septembre. Le jour suivant, lui et d’autres dirigeants du comité du NCCC pour le séisme se sont rencontrés pour discuter de l’utilisation des fonds, indiquent les reportages.

Le 9 septembre, huit des neuf dirigeants étaient présents à la conférence de presse durant laquelle ils ont annoncé que l’argent serait remis à la Croix-Rouge de Chine par l’entremise de la Croix-Rouge canadienne.


 
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