WASHINGTON - L'association Reporters sans frontières (RSF) a placé Yahoo! au banc des accusés en lui reprochant d'avoir facilité la condamnation d'un internaute dissident chinois utilisant le portail américain en remettant des informations le concernant à la police chinoise.
L'organisation de défense de la liberté de presse, Reporters sans frontières, aurait découvert un autre cas où le fournisseur de services Internet Yahoo! aurait participé à l'emprisonnement de citoyens chinois critiquent à l'égard du régime communiste. Photo : Frederic J. Brown/AFP/Getty Images |
Selon RSF, c'est « sur la base des informations fournies par Yahoo! à la police chinoise » que le cyberdissident Li Zhi a été condamné en décembre 2003 à huit ans de prison. Cet ancien fonctionnaire de la province de Dazhou (sud-ouest) avait été arrêté pour avoir dénoncé la corruption des autorités locales sur des forums de discussions et dans des essais publiés sur Internet, ajoute l'association.
« C'est la deuxième affaire de ce genre que nous découvrons, Mais combien d'autres Yahoo! nous cache-t-il encore? », demande RSF, en ajoutant « nous savons maintenant que la collaboration de Yahoo! avec la police chinoise a été régulière et malheureusement efficace ».
RSF rappelle qu'à sa connaissance, 49 cyberdissidents et 32 journalistes sont actuellement emprisonnées en Chine pour avoir publié des articles ou des commentaires critiques des autorités.
Interrogé, Yahoo! a déclaré n'être pas au courant du cas du dissident Li Zhi et a rejeté ces accusations en affirmant qu'elles étaient une interprétation déformée de ses pratiques antérieures en Chine.
Une porte-parole de Yahoo!, Mary Osako, a déclaré que depuis octobre 2005, le site chinois de Yahoo! était géré par une compagnie locale et qu'auparavant le portail ne fournissait aux autorités chinoises « que des informations requises légalement et rien de plus ».
« Nous étions rigoureux dans nos procédures et nous nous assurions de ne fournir que les données requises », a-t-elle dit en notant que le gouvernement chinois ne disait généralement pas pourquoi il réclamait certaines informations.
RSF a estimé que cet argument n'était plus crédible au regard de l'ampleur de sa collaboration avec la justice chinoise et réclame que Yahoo! dévoile « la liste de tous les dissidents politiques et journalistes sur lesquels il a fourni des informations à la justice en commençant par les 81 personnes que nous défendons ».
Les accusations de RSF surviennent alors que les pratiques des grands portails Internet américains en Chine sont maintenant examinés à la loupe notamment au Congrès où certains parlementaires leur reprochent de placer leurs intérêts financiers avant les principes de la liberté de parole et d'information.
Le groupe géant Google a ainsi récemment accepté de bloquer de nombreux sites jugés indésirables par Beijing sur son nouveau site chinois google.cn.