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PHNOM PENH - Vingt-sept ans après la chute du régime communiste génocidaire des Khmers rouges, qui a fait près de deux millions de morts de 1975 à 1979, le Cambodge a lancé, le 3 juillet, le processus légal visant à juger ses anciens dirigeants encore en vie, après des années d'atermoiements.
Des magistrats et procureurs cambodgiens et étrangers se rassemblent pour la prise d’une photo après une cérémonie d’assermentation à l’intérieur du Palais royal, le 3 juillet, à Phnom Penh, Cambodge. Il s’agit d’un départ symbolique pour le très attendu procès des dirigeants khmers rouges communistes, ayant massacré le quart de la population du Cambodge (2 millions) lorsqu’ils étaient au pouvoir de 1975 à 1979. photo : Tang Chhin Sothy/AFP/Getty Images Lors d'une cérémonie tenue dans la Pagode d'argent du Palais royal de la capitale cambodgienne, dix-sept magistrats cambodgiens et dix étrangers ont juré de «juger les crimes commis sous le règne du Kampuchea démocratique avec dignité, honnêteté, transparence, indépendance et dans le respect de la Constitution et de l'ensemble des lois».
Le Kampuchea démocratique est le nom qu'avaient donné les Khmers rouges au Cambodge.
Revêtus de la robe traditionnelle de couleur jaune des magistrats du Cambodge, les juges ont prêté serment devant deux dignitaires bouddhistes et quatre prêtres brahmanes, dans l'odeur de l'encens et sous les jets d'eau bénite.
Assistaient également à la cérémonie, le ministre cambodgien du Palais royal, Kong Sam Ol, ainsi que Nicolas Michel, émissaire des Nations Unies. L'ONU parraine le tribunal.
Les procureurs et juges ont levé la main droite et juré de faire leur devoir de manière «honorable, loyale, impartiale et consciencieuse».
Le tribunal réunira au total 30 magistrats : dix-sept cambodgiens et treize étrangers. Trois substituts n'étaient pas à la prestation de serment, ils devaient rejoindre le Cambodge plus tard.
Bien que symbolique, la cérémonie lance officiellement le processus légal visant à juger les derniers cadres khmers rouges, l'instruction doit commencer à la mi-juillet 2006 et le procès à la mi-juillet 2007.
Au total, le processus devrait durer trois ans.
«Cela officialise le tribunal khmer rouge et l'établit formellement», a expliqué Youk Chhang, directeur du Centre de documentation du Cambodge, qui a réuni les preuves des crimes commis lors du régime khmer.
L'assermentation met un terme à des années d'atermoiements. Phnom Penh avait fait la demande d'un tribunal auprès des Nations Unies dès 1997, mais il avait fallu attendre le 30 avril 1998 ainsi qu’une requête similaire déposée par les États-Unis devant le Conseil de sécurité de l'ONU pour que l'idée prenne corps.
Les choses ont cependant traîné en longueur, en raison de la réticence supposée du premier ministre Hun Sen, élu lors des législatives de 1998, et lui-même ancien membre khmer rouge, bien que de rang inférieur.
Aujourd'hui, la dizaine d'anciens hauts responsables khmers encore vivants sont tous vieillissants, voire de santé précaire.
Seuls deux d'entre eux sont détenus pour génocide : Ta Mok (80 ans), surnommé «le boucher» en raison de massacres et de purges qui lui sont attribués, et Kang Kek Ieu (64 ans), surnommé «Duch», qui dirigeait la prison Tuol Sleng, située à Phnom Penh. Au moins une quinzaine de milliers de personnes y ont été torturées et exécutées.
Les autres anciens cadres khmers vivent librement au Cambodge, dont l'ancien chef de la diplomatie Ieng Sary (77 ans), l'ancien bras droit de Pol Pot, Nuon Chea (79 ans) ainsi que l'ex-chef d'État Khieu Samphan (75 ans).
Pol Pot, numéro un des Khmers rouges à l'époque du génocide, est mort en 1998.
Près de deux millions de personnes sont mortes de faim ou de mauvais traitements entre avril 1975 et janvier 1979 au nom d'un idéal khmer rouge mêlant communisme et nationalisme.
Le tribunal doit s'installer dans le complexe militaire de Kambol, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Phnom Penh. Le processus qui devrait coûter 56,3 millions de dollars sera financé par des donateurs.
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