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De la crise financière vers une dépression ou une mutation vers une économie future? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Patrick C. Callewaert   
12-10-2008

La Chambre des représentants américains approuve le plan de sauvetage du système fi nancier américain. Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre, soumet le plan pour signature le 3 octobre 2008 au Capitole à Washington DC.
La Chambre des représentants américains approuve le plan de sauvetage du système fi nancier américain. Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre, soumet le plan pour signature le 3 octobre 2008 au Capitole à Washington DC. ( Mark Wilson/Getty Images)

 

L’ampleur de la crise financière actuelle aggrave la situation économique mondiale dont les derniers indicateurs convergent vers une récession. Certains commencent à évoquer le spectre de la dépression comparable à celle qui a suivi le krach boursier de 1929 avec pour corollaire un effondrement de la production, de l’investissement, des prix et des revenus.


À l'origine de la crise financière d’octobre 1929, on trouve l’emballement du boom spéculatif de 1926, dont les moteurs ont été la possibilité d’acheter des actions à crédit et la perspective de gains rapides. Une bulle fi nancière virtuelle s’est ainsi rapidement créée à Wall Street, où plus de 6% de la population américaine s’est transformée en spéculateurs et où 80% des actions ont été achetées à crédit.


Parallèlement, comme la valeur des entreprises croissait de façon beaucoup plus modeste, les gains réels n’ont pas été au rendez-vous, ce qui a provoqué un effondrement des cours, la faillite personnelle de nombreux emprunteurs, puis celle de leurs créanciers. Malgré une spectaculaire chute des taux d’intérêt, on a assisté à une brusque crise du crédit, mais les autorités monétaires n’ont pas injecté d’argent et ont laissé s’approfondir la dépression jusqu’en 1932. La crise financière de septembre 2008 trouve son origine dans celle des «subprimes», qui a démarré pendant l’été 2007.


Elle se caractérise notamment par une période de faibles taux d’intérêts et l’émergence de nouveaux instruments fi nanciers sophistiqués (titrisation des dettes), dont les énormes perspectives de gains masquaient des risques d’autant plus élevés qu’ils étaient devenus indétectables et revendus sur toutes les places fi nancières. Ces facteurs ont favorisé l’endettement excessif des ménages américains, dont un grand nombre se sont retrouvés à la rue dès que les taux d’intérêt sont remontés.

 

Les emprunteurs ne pouvant plus rembourser leurs dettes, on a alors assisté à un effondrement du marché immobilier américain, puis à la faillite de nombreux créanciers et à la chute de géants de la fi nance tels que Lehman Brothers. À la différence de 1929, cependant, les banques centrales américaine et européenne ont réagi immédiatement en injectant massivement des liquidités sur les marchés. La crainte de voir se reproduire une dépression équivalente à celle du début des années 30 est telle que George W. Bush vient de faire approuver par le Sénat puis le Congrès américain un plan de sauvetage «historique» de 700 milliards de dollars, et que l’Europe commence à évoquer un plan similaire.


Comme en 1933, l’État, c’est-à-dire les contribuables, vient au secours des spéculateurs et des banquiers, ce qui permet à certains de rappeler que rien ne change, puisqu’on continue à «privatiser les gains et à nationaliser les pertes». Mais, à la différence de la crise de 1929, où il a fallu attendre 4 ans, et un taux de chômage de 25% avant que le président Roosevelt ne mette en place son plan de relance économique, la crise actuelle a vu les autorités politiques et monétaires réagir de façon rapide et massive afin d’endiguer la récession qui s’annonce. Rien ne dit cependant que les injections de capitaux seront suffi santes pour éviter réellement une dépression dans les pays occidentaux.


Marc Faber, un gourou de la finance depuis qu’il a prévu le krach d’octobre 1987, évoque des besoins cinq fois supérieurs au plan annoncé, selon Bloomberg. Des appels à instaurer rapidement de nouveaux modes de régulation fi nancière à l’échelle européenne et internationale se font écho de la part des hommes politiques. À la différence des années 30 cependant, l’équilibre de notre planète avec des ressources limitées et le réchauffement climatique, qui ne se posait pas il y a 80 ans, paraît maintenant bien fragile. Pour maintenir leur économie, les hommes seront donc rapidement contraints d’en changer le moteur principal : la cupidité.

 

La sphère financière devra intégrer les intérêts de toutes les parties prenantes des entreprises, raisonner à long terme, et ne plus se limiter au seul intérêt du profit à court terme. Une telle transition, qui s’apparente à une mutation, ne se fera pas sans heurts ni sans nouvelles crises 





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