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Slobodan Milosevic a quitté la Grande scène de l’Histoire. Retrouvé mort le 11 mars 2006 dans sa cellule du centre de détention de Scheveningen, il emporte avec lui les réponses qu’attendait le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Le TPIY se retrouve orphelin : il ne peut fonctionner qu’en présence de son accusé et n’a plus que l’espoir de voir arrêté Ratko Mladic et Radovan Karadzic pour répondre à ses questions. Les dictateurs passent, les génocides restent… Photo : AFP | Né en août 1941 à Pozarevac, l’enfance de Milosevic est marquée par le suicide de ses deux parents et de son oncle. Après avoir fait des études de droit, il travaille dans le secteur bancaire. Pourtant décrit comme quelqu’un de « terne » et peu charismatique, il gravit les échelons du Parti communiste pour en prendre la tête en 1987 et est élu Président de la République Fédérale de Yougoslavie en 1989. Depuis la mort de Tito, le pays voit resurgir ses vieux fantômes, la région balkanique connaît, en effet, des problèmes d’instabilité politique et territoriale séculaires. C’est en jouant avec le levier facile du nationalisme que Milosevic va mettre le feu au poudre, provoquer à la suite 4 guerres et mettre en œuvre l’ « épuration ethnique » qui a fait couler autant d’encre, de sang et de larmes. Chef du Parti socialiste de Serbie (SPS), il est marié avec Mirjana Markovic, elle-même leader du Parti de la gauche yougoslave (JUL) ce qui leur permet de « jouer sur les deux tableaux », mettant en avant tour à tour le nationalisme ou le communisme. Lorsqu’il quitte le pouvoir en 2001, le pays est exsangue, tandis que les proches du couple sont devenus « mystérieusement » très riches. Les guerres balkaniques semblent n’avoir été provoquées que par mépris des hommes et par amour du pouvoir et de l’argent. Milosevic est le premier chef d’état à être jugé par un TPI, mais cette première est loin de n’avoir fait que des heureux. Là où certains se félicitent de cette entreprise importante et audacieuse, les autres rejettent la légitimité d’un tribunal qualifié tour à tour d’ « anti-serbe » et d’ « impérialiste ». En effet, l’ancien président assurait lui même sa défense et refusait de prendre un avocat. Sachant son procès retransmit dans son pays, il en fait une tribune pour clamer haut et fort son « innocence », son désir de « paix » et son « combat contre le terrorisme. » Il nie en bloc toute responsabilité, mettant constamment en avant la « défense du peuple serbe », quand il ne nie pas carrément la réalité des massacres, voire de l’épuration ethnique elle-même. Après avoir fait disparaître un maximum de preuves des massacres pendant ses dernières années de liberté – les déplacements de charniers en témoignent – Milosevic semblait bien décidé à aller au bout de son idée, « l’enfer, c’est les autres » et le mal, forcément ailleurs que chez lui. Souffrant de problèmes d’hypertension, Milosevic savait qu’il jouait avec sa santé lorsqu’il a décidé de se défendre lui-même, et lorsqu’on se demande « A qui profite le crime ? », l’homme - rétif à assumer la responsabilité du génocide qu’il a provoqué et encouragé - figure en haut de la liste des suspects. Sa mort est-elle donc sa dernière manipulation politique ? L’avenir nous le dira peut-être.
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