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Voilà maintenant plus d’un an qu’un groupe de scientifiques d’un
centre de recherche américain a fait une percée scientifique
significative qui n’a pas eu dans la presse française l’écho qu’elle
méritait au vu de ses implications. Voici un petit cours de
rattrapage...
Décharges électriques illuminant la surface de la « Z Machine », la plus puissante source de rayons X au monde, au laboratoire national de Sandia près d’Albuquerque dans le Nouveau Mexique. Photo : Randy Montoya/Sandia National Laboratories/AFP
Au début des années 40, l’homme apprit à maîtriser le démon
de la fission qui donna naissance à la première bombe atomique. Depuis
lors, il n’a eu de cesse de dompter la fantastique énergie qui se
cachait au sein de la matière. C’est ainsi que certains scientifiques
s’évertuèrent à maîtriser le mécanisme à l’origine du rayonnement des
étoiles : la fusion nucléaire, qui devenait à leurs yeux le Saint Graal
de la recherche scientifique. Ce procédé pourrait permettre de
developper une nouvelle source d’énergie non polluante et infinie mais
il demande à ce que la matière soit dans des conditions extrêmes de
température et de pression comme au coeur du soleil. En mai 2005, il
semble qu’un grand pas ait été franchi dans les entrailles de la
Z-machine des laboratoires Sandia au Nouveau Mexique.
2 milliards de degrés !
A l’origine, cette machine avait été concue comme un générateur de rayons X de très forte puissance à des fins de recherche militaire. L’armée américaine désirait mettre en place des armes antimissiles suffisamment puissantes et efficaces pour endommager les systèmes de blingage et de guidage des ogives... Elle ne visait aucunement à servir des recherches sur la fusion. Mais rapidement les expérimentateurs atteignèrent des températures importantes : 1,6 millions de degrés en 1998.
Au printemps 2005, la machine présenta une anomalie de comportement, à la surprise générale, la fantastique température de 2 milliards de degrés a été atteinte... Nul alors n’avait imaginé cela possible sachant que la température au coeur même de nos plus puissantes bombes atomiques est de 500 millions de degrés et que « seulement » 15 à 20 millions de degrès ont été mesurés au centre du soleil.
La Physical Review Letters, revue de référence en la matière, a publié ces résultats le 24 février 2006. Certains scientifiques n’ont alors pas hésité à comparer cette découverte du point de vue de son importance à celle du feu tellement les espoirs qu’elle soulevait étaient importants compte tenu de l’immense potentiel énergétique de ce phénomène. D’autres ont manifesté leur scepticisme quant à la rigueur des systèmes de mesures tout en reconnaissant le serieux des sources.
Une nouvelle source d’énergie ou une nouvelle arme de destruction massive ?
En fait, ces températures extrêmes pourraient permettre de réaliser une fusion non-polluante. Jusqu’à maintenant aucun dispositif ne permettait d’approcher ces valeurs. Désormais, si ces résulats sont confirmés et reproduits, il deviendrait possible de faire fusionner de l’hydrogène avec du lithium à 500 millions de degrés ou du bore à un milliard de degrés et cela sans pollution radioactive. Or ces matériaux se trouvent en abondance sur terre et sont facilement exploitable. La Z-machine et indirectement les militaires américains pourraient ainsi être à l’origine d’une nouvelle révolution énergétique et cela sans passer par un réacteur de fusion classique. Ainsi ces résultats, s’ils sont confirmés, pourraient reléguer des projets comme Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) à l’âge de la préhistoire mais ils font craindre aussi une nouvelle course à l’armement avec l’arrivée de bombes à fusion pure des centaines de fois plus puissantes qu’une bombe atomique classique avec très peu de retombées radioactives. Des recherches sur divers projets dans les laboratoires nationaux de Los Alamos, Sandia et Livermore pourraient conduire à la mise au point de ces armes bien que leur développement ne figure pas parmi les objectifs annoncés.
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