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Le Médecin dissident Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Étienne Lalonde, La Grande Époque   
02-06-2006
Le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) a octroyé, et ce, sur plusieurs années, une aide financière substantielle devant servir à l’édition ou la réédition de textes inédits ou méconnus de Jacques Ferron, ce médecin du peuple, penseur-défricheur, fondateur du parti Rhinocéros, qui apparaît maintenant, selon plusieurs, comme l’un des plus grands écrivains québécois.

Malgré l’aspect hermétique de certaines études et la froideur babillarde universitaire du projet, il en a découlé la très belle édition des Cahiers Jacques Ferron chez Lanctôt Éditeur, dont les divers volumes renferment, en général, nombre de textes éclairant, dans un premier temps, l’œuvre de Ferron lui-même, et puis des pans entiers de l’histoire littéraire québécoise, et ce, sur plusieurs décennies.

Le projet prévoit aussi, selon des informations officielles recueillies sur Internet, la réédition de textes importants du «Docteur», incluant La Charrette, Gaspé-Mattempa, La Conférence inachevée, Le Ciel de Québec, mais aussi des entretiens. À noter que la mise en ligne d’un site Web entièrement consacré à l’auteur a déjà eu lieu [www.ecrivain.net/ferron/].

Sont parus des ouvrages renfermant la correspondance du Dr Ferron avec certains piliers de la culture québécoise, tels Pierre Baillargeon ou André Major (brillant auteur du roman Le Cabochon). Reste à paraître celle réalisée à trois mains avec sa sœur Madeleine (peintre signataire de Refus global) et le mari de celle-ci, Robert Cliche; une correspondance qui prit place sur plus de 30 ans.

Ce que ce projet d’envergure laisse poindre, c’est d’abord l’ouverture de pistes nouvelles donnant à voir, sous un autre angle, l’apparition du Québec moderne, dont Ferron fut certainement l’un des grands acteurs.

Paraîtra également la correspondance tenue par Ferron avec Ray Ellenwood au cours des années 1970 et 1980; échange de lettres entre l’écrivain et son traducteur torontois qui donnera un aperçu, nous dit-on, des rapports ambigus entre Jacques Ferron, le mouvement indépendantiste et le Canada anglais.

L’ouvrage le plus salutaire jusqu’à présent issu de cette vaste entreprise est sans contredit Chroniques littéraires. De 1961 à 1981, Ferron, écrivain polygraphe et polémiste prolifique, tint des chroniques dans des périodiques québécois (Maclean et Livre d’ici, entre autres), amenant de la sorte, par le biais de commentaires éclairés sur des œuvres qui allaient s’imposer dans le paysage d’ici, devenant sans tarder de véritables monuments (Victor-Lévy Beaulieu, Réjean Ducharme, Jacques Renaud, Michel Tremblay), la relecture de toute une société.

Avec verve et dans une langue colorée, jamais approximative, Ferron y va de ses coups de cœur comme de ses coups de gueule. Si le Docteur semble de prime abord être un lecteur timide quand il s’agit d’avant-garde, ayant malheureusement ignoré ou sous-estimé le retentissement de voix et de lieux, son commentaire, en général, reste celui d’un homme de lettres au regard vif et honnête, jamais doctrinaire, jamais asservi. Avant tout, c’est la voix d’un homme libre que nous livrent ces chroniques.

Même si les Chroniques littéraires apparaissent comme un ouvrage savant, qui s’adresse aux exégètes du Docteur plus qu’à des lecteurs qui voudraient s’initier à l’œuvre de ce dernier ( Contes du pays incertain, Le Ciel de Québec et L’Amélanchier y feraient beaucoup mieux), la lecture de ces 160 historiettes critiques offre un panorama de la culture, de la littérature et de la société québécoises assez riche en textures, tout autant en couleurs.


Jacques Ferron
Chroniques littéraires – 1961-1981
Montréal, Lanctôt éditeur
Collection «Cahiers Jacques Ferron»
2006, 642 pages




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