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Un artiste qui peint les divinités Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Natalia Rodriguez, La Grande Époque   
20-06-2006

Cafayate - Huile et acrylique sur toile, 210 x 320 cm - 2004
Cafayate - Huile et acrylique sur toile, 210 x 320 cm - 2004

HELMUT Distch est de nos jours le peintre argentin contemporain le plus connu au monde. Fort d’un style qui lui est propre, il reproduit des scènes de nature sur des toiles de grande taille avec une technique photoréaliste hautement raffinée. Ses œuvres sont exposées dans les endroits les plus connus d’Europe, dans des salons en Autriche et en Irlande, aux Etats-Unis et en tournée en Amérique latine et dans le reste du monde. Mais, bien qu’il vive dans le luxe – Helmut vit dans un château à Vienne et conduit une Ferrari – nous avons rencontré un homme très spirituel ; selon lui, l’élévation de l’âme est en relation directe avec la création des arts. Cet Argentin de 44 ans n’est définitivement pas un artiste conventionnel et ses pensées sont aussi intéressantes à contempler que ses chefs-d’œuvre.

La Grande Époque : Comment avez-vous découvert la peinture ?

Helmut Distch : L’un de mes outils d’expression a été la peinture, et je dessinais également. Je voulais faire de la musique, mais lorsque j’étais enfant, comme j’étais très introverti, je n’osais pas dire « je veux faire » telle ou telle chose. Si quelque chose d’intéressant se présentait, alors je le faisais, mais je n’osais pas demander.

LGE : Quand avez-vous commencé à peindre ? Avez-vous eu des maîtres ?

H : Je n’ai jamais eu de maître, je suis autodidacte depuis le début. Cela a eu un avantage et un inconvénient... comme une perte de temps. On m’a envoyé à des collèges où mon talent n’était pas mis en valeur. Je n’accuse pas mes parents, ils ne pouvaient pas deviner que mon étrange manière d’être était en relation avec une vocation très déterminée.

LGE : Avant d’effectuer vos peintures, comment vous préparez-vous, vous isolez-vous ?

H : Mes peintures sont inspirées de moments de présence en pleine nature. Bien que je travaille à partir de photographies, la matrice c’est la nature, non la photographie. Autrement dit, la matrice est très complexe, elle contient beaucoup plus de détails et beaucoup plus de dimensions et spectres que ceux que peut contenir une photographie. Et c’est tellement fort, tellement grand que j’ai besoin de temps pour traiter tout cela. Je dois aussi m’éloigner dans le temps et décanter toutes ces expériences.

La vie de cet artiste a été marquée, presque par hasard, par l’ascension du sommet de l’Aconcagua (ndt. l’Aconcagua est le plus haut sommet des Andes – 6.962 m d’alttitude – El techo de America, comme on dit en Amérique du Sud). Helmut a pris part à une expédition avec ses frères, portant les sacs à dos jusqu’au campement de base comme le font les mules. À mi-chemin, l’expédition a été abandonnée mais les frères Ditsch ont décidé de poursuivre jusqu’au sommet, et ils y sont arrivés.

H : Je me rappelle que le sommet de l’Aconcagua a changé beaucoup de choses en moi. Jusqu’à vingt ans environ, j’étais athéiste. Bien sûr, je sentais un certain monde spirituel, je le sentais bien, [l’athéisme] était comme une réaction de protestation à cause d’une enfance très difficile. Non seulement par le décès de ma mère [à 8 ans], mais aussi par tout ce qui est arrivé ensuite. Bien que mon père se soit beaucoup occupé de nous pour que nous ayons tous une enfance plus ou moins agréable, cela a été... triste. En faisant l’ascension de l’Aconcagua, je me suis rendu compte qu’il y avait une porte là-haut, j’ai pu atteindre une autre dimension, une dimension spirituelle. À partir de ce jour-là, je me suis senti riche. Je n’avais plus besoin de choses matérielles et j’ai énormément appris sur moi, sur mes limites, mes chances, et là haut, cela a été un moment tellement émotionnel, que j’ai pleuré... Je crois que ça a été la première fois que je pleurais par émotion, une vraie émotion. C’était me rencontrer à nouveau, non avec ma mère, mais avec quelque chose que je devinais qui existait. Et à partir de là j’ai... ce moment a été tellement émouvant et tellement extrême qu’il m’a fallu dix ans pour peindre cette montagne. 

LGE : Nous sommes face à Cosmigonon. Comment expliquez-vous que, face à de tels blocs de glace, on ressente de la chaleur ?

H : Je crois que c’est un phénomène qui a trait à « l’émotionalité », c’est-à-dire, à l’intensité des émotions que je mets dans mon travail. Il y a des émotions, mais disons… de différentes densités. Je suis une personne très émotionnelle et en plus de cela, j’ai vécu des situations extrêmes qui ont favorisé cette dimension émotionnelle en moi. Je crois que c’est aussi cela que les gens perçoivent : l’énergie que je mets dans mon travail. Je sais qu’il y a une dimension au-delà du visuel, et il y a évidemment une dimension spirituelle dans une oeuvre d’art qui atteint les coeurs.

Je ne vais jamais en pleine nature pour peindre un paysage, je vais le vivre, je vais en recherche et ensuite je transforme cela en peinture. Je ne suis pas un peintre à la montagne, je suis moi, pour expérimenter ma propre expérience. Et la peinture est l’une de mes formes d’expression, de la même façon, j’ai aussi besoin de toucher un piano, de faire de la musique et de raconter cette histoire grâce à ces instruments que je maîtrise.

À une certaine occasion, il a commenté que l’être humain est le centre de son oeuvre, bien que paradoxalement, il n’inclut jamais d’êtres vivants dans ses tableaux, seulement des paysages. Selon lui, cela a l’effet que le spectateur s’engouffre dans l’oeuvre, qu’il vit sa propre expérience et qu’il s’implique, tant de façon perceptive qu’émotionnelle : « J’ai eu le cas d’une femme qui a amené son fils aveugle. Non pour qu’il touche le tableau, mais pour qu’il soit face à l’une de mes peintures, cela s’est passé il y a quelques jours, au Salon du Livre. C’est là que j’ai pris conscience qu’il existe véritablement une autre dimension, et que c’est cela que les gens ressentent. Les gens sont surpris et sont émus en même temps. Ce n’est pas un jeu, ce n’est pas que je veuille jouer avec ces phénomènes, mais que je ne peux pas faire autrement, il m’est facile de le faire. Et puisque c’est facile, je m’y investis. Ma philosophie est qu’il faut s’investir dans ce que l’on aime. En agissant comme cela, on récupère beaucoup plus rapidement que lorsqu’on fait les choses à moitié ; car dans ce cas, on fatigue plus et on ne récupère pas. »

LGE : Helmut, partout dans le monde vous vous démarquez non seulement par la perfection de votre technique et de votre style hyperréaliste, mais aussi par votre position – selon vos propres paroles – « de style Renaissance » en plein XXIe siècle, c’est-à-dire, en vous tenant en marge de l’atmosphère artistique et sans vous préoccuper de faire partie des avant-gardistes ou de certains cercles auxquels aspirent la majorité des artistes contemporains. Quel message aimeriez-vous passer aux artistes d’art contemporain et d’art moderne ?

H : Je leur souhaite d’ouvrir leur coeur et de voir la vie d’une autre manière, avec une pensée positive et une clarté spirituelle ; aujourd’hui, à cause de la vitesse et du matérialisme dans lesquels on vit, il est difficile de penser au quotidien que cette dimension existe. Celui qui voit la lumière maîtrise les arts.

LGE : Les peintres et les artistes anciens, tant d’Orient que d’Occident, croyaient d’abord à l’élévation spirituelle pour faire que l’art est vraiment de l’art : un art élevé qui tend vers des niveaux plus élevés de conscience. C’est pourquoi généralement dans l’antiquité ils peignaient des dieux...

H : Moi aussi je peins des dieux. Tout ce que je peins, ce sont des oeuvres de dieux. Un journaliste brésilien m’a demandé, quand nous philosophions sur l’expérience extrême d’être à 7.000 mètres d’altitude et de découvrir qu’il y a un monde spirituel : « Bon, tu as alors découvert qu’il existe un Dieu ». Non ! Quand j’étais là-haut, j’ai su qu’il existait beaucoup de dieux, un dieu seul ne peut pas construire tout ceci, il doit y en avoir énormément.

LGE : Être artiste implique d’avoir une vision particulière du monde, qui dépasse souvent les questions mondaines. C’est peut-être justement la raison pour laquelle de nombreux régimes génocidaires – comme le communiste – ont poursuivi les artistes et censuré la culture. Quel est votre avis à ce sujet ?

H : Pour faire une révolution sociale, pour changer les choses, l’un des mécanismes est de détruire les traditions, mais c’est un délit. C’est mal que les gens ne puissent pas « être » ; c’est une erreur humaine grave.

Les dictatures qui ne respectent pas les religions, les dictatures qui ne respectent pas les cultures différentes qui sont celles qui font la richesse de notre monde n’ont pas de futur non plus, pas vrai ? Dans le cas du communisme particulièrement, l’erreur grave qu’ils commettent est d’attaquer les religions et de ne pas respecter les cultures millénaires. Il y a des représentants de pays communistes qui veulent aussi me contrôler, qui veulent m’avoir à leurs côtés parce qu’ils reconnaissent le pouvoir de tout cela. Mais le fait est que je suis du côté de La Gran Época (ndt. version en espagnol de La Grande Époque), des défenseurs de la culture et des droits humains.

La discussion s’est prolongée au gré des chemins de l’art et de l’esprit, révélant la passion de cet artiste pour la vie et la recherche de la signification de cette dernière. « Mon approche de la vie est religieuse et reconnaissante. Je crois que pour accéder au monde de l’art il faut savoir peindre la lumière et savoir peindre la lumière signifie avoir la sagesse innée. Avoir la sagesse innée signifie avoir une antenne tournée vers le monde spirituel et s’élever. »

 





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