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La tuberculose n’est pas le genre de maladie qu’on s’attendrait à trouver en abondance au Canada. Cette bactérie mortelle, qui se propage par la voie des airs, tue près de deux millions de personnes annuellement dans le monde. Selon des estimations de l’Organisation mondiale de la santé, la bacille de Koch (BK) infecte une nouvelle victime à chaque seconde et la plupart des nouveaux cas surviennent en Chine, en Asie du Sud et en Afrique. Mais dans les pays développés, la maladie est rarement une source d’inquiétude. Aussi mortelle qu’elle puisse être, il est aussi facile et peu dispendieux de la guérir.
Des résidants du Nunavut se promènent en camion dans les rues d’Iqaluit. Le Nunavut a présentement le taux le plus élevé de cas de tuberculose au Canada. Photo : Andre Forget/AFP/Getty Images |
Or, en marge de la société canadienne, la tuberculose prospère, infectant les sans-abri et les populations autochtones à un taux beaucoup plus élevé que la moyenne canadienne. La bacille de Koch est aussi présente chez de nombreux nouveaux immigrants provenant de régions où la maladie est endémique.
Dans les Territoires du Nord-Ouest, la présence de la tuberculose est de cinq à dix fois plus élevée que la moyenne canadienne. Le taux au Nunavut était encore plus élevé, avec un ratio d’infection de 107,8 par 100 000 personnes en 2004. En 1992, Santé Canada avait développé une stratégie pour aider à combattre la maladie. Elle avait pour objectif de réduire, d’ici 2010, à un cas par 100 000 les infections de tuberculose parmi la population autochtone habitant dans les réserves.
Mais selon la Révision du programme de contrôle de la tuberculose dans les Territoires du Nord-Ouest, le Canada est loin d’être en mesure d’atteindre son objectif. En fait, si le présent taux moyen de diminution de 4,6 % se maintient, il faudra attendre 2072 avant d’atteindre le «un cas par 100 000» espéré. Si le taux de diminution triple, le but pourrait être atteint en 2040.
M. Irvin Norn, l’administrateur principal des Premières Nations de Fort Resolution-Deninu K’ue, explique qu’une multitude de facteurs contribuent à la persistance de la tuberculose dans les communautés autochtones.
«Il n’y a pas assez de maisons construites dans cette région. Vous pouvez trouver deux ou trois familles habitant dans la même unité», démontre-t-il.
La tuberculose se propage plus facilement dans des endroits où les gens vivent en étroite proximité et peut être transmise par la toux, les éternuements et même en parlant. Selon l’Enquête régionale longitudinale sur la santé, 21 % de la population des Premières Nations vivrait dans des domiciles surpeuplés.
«Une alimentation déséquilibrée est un autre facteur», souligne M. Norn, signalant que l’isolation géographique de plusieurs réserves limite l’accès à des aliments frais.
Fort Resolution se trouve sur la rive sud du Grand Lac de l’Esclave, à 153 km de Yellowknife, la capitale des Territoires du Nord-Ouest, et à au moins 90 minutes de route du plus proche établissement de santé publique.
«Un médecin vient une demi-journée par mois pour s’occuper de 400 personnes. C’est loin d’être suffisant», critique M. Norn. «Les résidants sur les réserves doivent réserver dix jours à l’avance pour leurs médicaments.»
M. Norn est pessimiste au sujet du projet de réduction des cas de tuberculose à un pour 100 000 chez les habitants des réserves d’ici 2010. Il croit que si le Canada veut avoir une chance de contrecarrer la tuberculose dans les communautés autochtones, une approche holistique est de mise. Après tout, même si plus du tiers de la population mondiale est infectée par la bacille de Koch, seulement 5 à 10 % des victimes deviennent malades et contagieuses. Ceux dont le système immunitaire est affaibli par la malnutrition, le VIH/sida, le diabète ou par l’abus de l’alcool et de drogues ont tendance à devenir malades.
Le diabète est de 3 à 5 fois plus commun dans les communautés autochtones du Canada qu’à la population en générale, selon Santé Canada. L’abus d'alcool et de drogues est également plus courant chez les autochtones. Par exemple, les Territoires du n-Ouest voient sept fois plus d’admissions à l’hôpital attribuables à la drogue ou à l’alcool que dans le reste du pays.
«Nous espérons que le gouvernement visite chaque communauté pour observer tous les aspects de la question et qu’il établisse un plan pour l’élimination de la tuberculose», mentionne M. Norn.
Malgré que les autochtones ne comptent que pour 3,5 % de la population du Canada, ils comptabilisent 17 % des cas de tuberculose. Les personnes nées au Canada et non autochtones comptabilisent seulement 13 % du total. Mais la statistique la plus surprenante est que les personnes nées à l’étranger comptent pour 68 % des cas de tuberculose au Canada.
«Avec le “rétrécissement” des distances [par les nouvelles technologies de transport] et le caractère globe-trotter de la population mondiale, la tuberculose a le potentiel de venir au Canada encore et encore et encore», estime Bob Dickson, un médecin de Calgary et partenaire de RESULTS Canada, une organisation non gouvernementale dévouée à combattre la pauvreté et la maladie dans les pays sous-développés. M. Dickson suggère qu’un des meilleurs moyens pour les Canadiens de combattre la tuberculose à l’intérieur de leurs propres frontières est de la combattre partout dans le monde. Pour environ 15 $, dit-il, un patient tuberculeux dans les pays sous-développés peut recevoir un traitement pendant six mois.
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