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«Doubler le PIB par tête d’ici 2010!» C’est de cette manière que M.
Cheng Peiyang, vice-premier ministre chinois, a présenté les objectifs
financiers de son pays au Forum économique mondial se terminant la
semaine dernière à Davos, en Suisse. La Chine y était la vedette.
Fan Gang, le Directeur de l'Institut National Chinois des Recherches Economiques au Forum économique mondial de Davos. Photo de Pierre Verdy (AFP/Getty Images) |
Pourtant,
le dirigeant chinois qui a enivré nombre de prospecteurs de l’Eldorado
asiatique paraît occulter d’importants faits qui rendent cette visée
invraisemblable.
Plusieurs incohérences portent certains
spécialistes à se demander si les chiffres officiels de Beijing sur
l’économie chinoise ne sont pas faussés afin d’attirer les
investissements étrangers. «L’année dernière [2004], pendant que se
déroulait le Congrès du Peuple, un statisticien officiel du
gouvernement central a dit ouvertement que la somme des PNB des
gouvernements locaux et provinciaux ne correspondait pas avec le total
national. La différence était de 3,9 %[1] .» Ce qui est une marge
d’erreur énorme, expliquait Frank Tian Xie, professeur de sciences
économiques à l'Université de Drexel à Philadelphie lors d’une
conférence organisée par l’Université de Toronto le 5 août 2005.
«Un
professeur d’économie de l’Université de Pittsburg, le Dr Thomas
Rawski, a étudié l’économie chinoise entre 1996 et 1999, période
pendant laquelle le PNB a augmenté de 25,6 %. Chacun s’attendrait à
voir la consommation d’énergie croître dans des proportions similaires,
même plus élevées. Cependant, selon les statistiques gouvernementales,
elle n’a crû que de 12 %, ce qui est impossible! L’un des deux chiffres
doit être faux, et à mon avis, les deux chiffres pourraient l’être»,
affirma le professeur de Philadelphie.
D’autre part, un pays
ayant une forte croissance économique aura une monnaie qui devrait
connaître une hausse par rapport à celle d’autres États, développe
monsieur Tian Xie. Normalement, en période de prospérité, le régime
chinois ne devrait pas avoir de réticence à réévaluer le RMB (argent
chinois), au contraire. Néanmoins, Cheng Siwei, vice-président de
l’Assemblée nationale populaire, a précisé la semaine dernière en
Suisse que «Le Yuan sera totalement convertible… à l’avenir». Promesse
qui a déjà été faite, mais sans développement.
Stimuler la demande intérieure
Selon
le professeur Tian Xie, le PNB chinois dépend de l’import-export à un
taux de 70 à 80 %. «Ce n’est pas sain pour l’économie», soulève-t-il.
Cette croissance record (en Chine) doit «davantage reposer sur la
demande nationale», de manière à compenser le choc que produirait un
ralentissement de la consommation aux États-Unis, observe à Davos
Stephen Roach, chef économiste pour la firme de consultation Morgan
Stanley.
Au forum, le vice-premier ministre chinois a déclaré à
ce sujet : «Nous avons encore beaucoup de potentiel inexploité sur
notre marché domestique et nous visons à encourager le rôle de la
consommation comme moteur de l’économie.»
Évidemment, pour
accroître la consommation de la population en Chine, il faudrait
réduire de beaucoup le problème de pauvreté qui sévit là-bas. Si on
utilise les critères des Nations Unies, 800 millions de fermiers
chinois vivraient sous le seuil de la pauvreté avec un dollar américain
et moins de revenu par jour par personne. Aussi, comment pourrait-on
augmenter leur consommation et leur pouvoir d’achat en seulement quatre
ans pour qu’ils deviennent les «moteurs» de l’économie?
La Chine
doit se développer en considérant toutes les couches sociales, «nous
allons travailler à améliorer le revenu des agriculteurs et leur
habitat», a affirmé monsieur Peiyang. Or, le 6 décembre 2005, quelques
semaines avant le forum de Davos, la police chinoise a tiré dans une
foule de manifestants, assassinant 30 paysans. Ceux-ci protestaient
dans la ville de Dongzhou contre leur expropriation suite à la
construction d’une centrale électrique. Le cas n’est pas isolé. Ce
n’est qu’un exemple des 87 000 protestations qui ont eu lieu en Chine
en 2005 selon les chiffres du ministère de la Sécurité publique de
Beijing, publiés la semaine du 16 janvier 2006.
La peur avant la consommation
Les
Chinois dépensent peu par crainte pour leur avenir, fait remarquer le
vice-président de l’Assemblée nationale populaire. L’autoritarisme
exercé par le Parti communiste chinois (PCC), qui a engendré plusieurs
crises sociales, peut jouer un rôle important dans cette peur
généralisée. Nous n’avons qu’à penser à la Révolution culturelle, au
massacre de Tienanmen, à la persécution des catholiques et des
pratiquants du Falun Gong.
Le régime chinois ne montre aucun
signe d’amélioration pour diminuer cette peur afin d’encourager la
population à consommer davantage. Au contraire, dans un article publié
par Reuters, le 26 janvier dernier, il est décrit que le
régime chinois se prépare à «frapper fort» pour contrer tous les
troubles sociaux. Ce terme, largement utilisé pour incriminer, entre
autres, ceux qui revendiquent la liberté d’expression en Chine, est
appliqué aux manifestations et protestations pacifiques.
Ébranlement du géant chinois
Tout
comme l’URSS avant la chute du mur de Berlin, la Chine cache au monde
les problèmes intérieurs qui la rongent et l’affaiblissent. À
l’extérieur, notamment à Davos, on présente un pays fort et prospère,
aux prises avec des problèmes sociaux certes, mais en évinçant des
discussions la fragilité du régime en place. À l’intérieur, la
population bout et exprime son mécontentement face au gouvernement. Les
Chinois manifestent dans les rues malgré les représailles policières.
Depuis janvier 2005, près de 8 millions de gens ont démissionné du PCC
selon le site du journal chinois Da Ji Yuan. Il y aurait de 20 à 30
mille renoncements par jour.
Le PCC donne l’impression de
prendre conscience de ce phénomène en voulant raffermir sa «main de
fer» sur la population. Même la tête du régime ne peut faire
l’autruche. En 2005, le président Hu Jintao a augmenté les dépenses
militaires de 12,6 % selon les chiffres officiels (et peut-être
beaucoup plus dans le budget «non officiel»). D’après le journaliste de
Hong-Kong et analyste pour la fondation Jamestown, Willy Lam, ces
changements ont rendu l’armée chinoise moins lourde et davantage «prête
au combat». Elle peut ainsi faire face à des menaces intérieures autant
qu’extérieures. En revanche, en dépit de sa force de frappe et du
séduisant visage qu’il présente aux investisseurs étrangers, combien de
temps peut tenir un régime sur le fragile équilibre de la crainte?
«Les hommes d’affaires ont-ils encore de bonnes raisons d’investir en Chine?»[1] , La Grande Époque
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