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Accueil arrow Economie arrow Retour sur Davos : promesses chinoises, incohérences entre la réalité et les déclarations
Retour sur Davos : promesses chinoises, incohérences entre la réalité et les déclarations Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Pierre Bertrand (La Grande Époque)   
07-02-2006

«Doubler le PIB par tête d’ici 2010!» C’est de cette manière que M. Cheng Peiyang, vice-premier ministre chinois, a présenté les objectifs financiers de son pays au Forum économique mondial se terminant la semaine dernière à Davos, en Suisse. La Chine y était la vedette.

Fan Gang, le Directeur de l'Institut National Chinois des Recherches Economiques
Fan Gang, le Directeur de l'Institut National Chinois des Recherches Economiques au Forum économique mondial de Davos. Photo de Pierre Verdy (AFP/Getty Images)
 

Pourtant, le dirigeant chinois qui a enivré nombre de prospecteurs de l’Eldorado asiatique paraît occulter d’importants faits qui rendent cette visée invraisemblable.

Plusieurs incohérences portent certains spécialistes à se demander si les chiffres officiels de Beijing sur l’économie chinoise ne sont pas faussés afin d’attirer les investissements étrangers. «L’année dernière [2004], pendant que se déroulait le Congrès du Peuple, un statisticien officiel du gouvernement central a dit ouvertement que la somme des PNB des gouvernements locaux et provinciaux ne correspondait pas avec le total national. La différence était de 3,9 %[1] .» Ce qui est une marge d’erreur énorme, expliquait Frank Tian Xie, professeur de sciences économiques à l'Université de Drexel à Philadelphie lors d’une conférence organisée par l’Université de Toronto le 5 août 2005.

«Un professeur d’économie de l’Université de Pittsburg, le Dr Thomas Rawski, a étudié l’économie chinoise entre 1996 et 1999, période pendant laquelle le PNB a augmenté de 25,6 %. Chacun s’attendrait à voir la consommation d’énergie croître dans des proportions similaires, même plus élevées. Cependant, selon les statistiques gouvernementales, elle n’a crû que de 12 %, ce qui est impossible! L’un des deux chiffres doit être faux, et à mon avis, les deux chiffres pourraient l’être», affirma le professeur de Philadelphie.

D’autre part, un pays ayant une forte croissance économique aura une monnaie qui devrait connaître une hausse par rapport à celle d’autres États, développe monsieur Tian Xie. Normalement, en période de prospérité, le régime chinois ne devrait pas avoir de réticence à réévaluer le RMB (argent chinois), au contraire. Néanmoins, Cheng Siwei, vice-président de l’Assemblée nationale populaire, a précisé la semaine dernière en Suisse que «Le Yuan sera totalement convertible… à l’avenir». Promesse qui a déjà été faite, mais sans développement.

Stimuler la demande intérieure

Selon le professeur Tian Xie, le PNB chinois dépend de l’import-export à un taux de 70 à 80 %. «Ce n’est pas sain pour l’économie», soulève-t-il. Cette croissance record (en Chine) doit «davantage reposer sur la demande nationale», de manière à compenser le choc que produirait un ralentissement de la consommation aux États-Unis, observe à Davos Stephen Roach, chef économiste pour la firme de consultation Morgan Stanley.

Au forum, le vice-premier ministre chinois a déclaré à ce sujet : «Nous avons encore beaucoup de potentiel inexploité sur notre marché domestique et nous visons à encourager le rôle de la consommation comme moteur de l’économie.»

Évidemment, pour accroître la consommation de la population en Chine, il faudrait réduire de beaucoup le problème de pauvreté qui sévit là-bas. Si on utilise les critères des Nations Unies, 800 millions de fermiers chinois vivraient sous le seuil de la pauvreté avec un dollar américain et moins de revenu par jour par personne. Aussi, comment pourrait-on augmenter leur consommation et leur pouvoir d’achat en seulement quatre ans pour qu’ils deviennent les «moteurs» de l’économie?

La Chine doit se développer en considérant toutes les couches sociales, «nous allons travailler à améliorer le revenu des agriculteurs et leur habitat», a affirmé monsieur Peiyang. Or, le 6 décembre 2005, quelques semaines avant le forum de Davos, la police chinoise a tiré dans une foule de manifestants, assassinant 30 paysans. Ceux-ci protestaient dans la ville de Dongzhou contre leur expropriation suite à la construction d’une centrale électrique. Le cas n’est pas isolé. Ce n’est qu’un exemple des 87 000 protestations qui ont eu lieu en Chine en 2005 selon les chiffres du ministère de la Sécurité publique de Beijing, publiés la semaine du 16 janvier 2006.

La peur avant la consommation

Les Chinois dépensent peu par crainte pour leur avenir, fait remarquer le vice-président de l’Assemblée nationale populaire. L’autoritarisme exercé par le Parti communiste chinois (PCC), qui a engendré plusieurs crises sociales, peut jouer un rôle important dans cette peur généralisée. Nous n’avons qu’à penser à la Révolution culturelle, au massacre de Tienanmen, à la persécution des catholiques et des pratiquants du Falun Gong.

Le régime chinois ne montre aucun signe d’amélioration pour diminuer cette peur afin d’encourager la population à consommer davantage. Au contraire, dans un article publié par Reuters, le 26 janvier dernier, il est décrit que le régime chinois se prépare à «frapper fort» pour contrer tous les troubles sociaux. Ce terme, largement utilisé pour incriminer, entre autres, ceux qui revendiquent la liberté d’expression en Chine, est appliqué aux manifestations et protestations pacifiques.

Ébranlement du géant chinois

Tout comme l’URSS avant la chute du mur de Berlin, la Chine cache au monde les problèmes intérieurs qui la rongent et l’affaiblissent. À l’extérieur, notamment à Davos, on présente un pays fort et prospère, aux prises avec des problèmes sociaux certes, mais en évinçant des discussions la fragilité du régime en place. À l’intérieur, la population bout et exprime son mécontentement face au gouvernement. Les Chinois manifestent dans les rues malgré les représailles policières. Depuis janvier 2005, près de 8 millions de gens ont démissionné du PCC selon le site du journal chinois Da Ji Yuan. Il y aurait de 20 à 30 mille renoncements par jour.

Le PCC donne l’impression de prendre conscience de ce phénomène en voulant raffermir sa «main de fer» sur la population. Même la tête du régime ne peut faire l’autruche. En 2005, le président Hu Jintao a augmenté les dépenses militaires de 12,6 % selon les chiffres officiels (et peut-être beaucoup plus dans le budget «non officiel»). D’après le journaliste de Hong-Kong et analyste pour la fondation Jamestown, Willy Lam, ces changements ont rendu l’armée chinoise moins lourde et davantage «prête au combat». Elle peut ainsi faire face à des menaces intérieures autant qu’extérieures. En revanche, en dépit de sa force de frappe et du séduisant visage qu’il présente aux investisseurs étrangers, combien de temps peut tenir un régime sur le fragile équilibre de la crainte?

«Les hommes d’affaires ont-ils encore de bonnes raisons d’investir en Chine?»[1] , La Grande Époque

 





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