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Le 13 octobre 1970, Pierre Elliott Trudeau faisait du Canada un des premiers pays à reconnaître la République populaire de Chine. Trente-six ans plus tard, les relations entre les deux gouvernements semblent se refroidir.
Peter MacKay, ministre canadien des Affaires étrangères, maintenant reconnu comme quelqu’un qui se montre plus rigide que ses prédécesseurs envers le régime de Beijing. photo : Shah Marai/AFP/Getty Images |
Depuis l’arrivée des conservateurs au pouvoir en janvier dernier, le régime chinois s’est plaint publiquement à plusieurs reprises du traitement reçu par le gouvernement Harper. Après quelques mois au pouvoir, le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, avait donné le ton en critiquant l’espionnage industriel de la Chine au Canada. À présent, on dit que le gouvernement envisage la suspension du dialogue bilatéral Canada-Chine sur les droits de l’homme.
Au mois d’avril dernier, Dr Charles Burton, un spécialiste de la Chine à l’Université Brock, avait soumis un rapport cinglant sur l’efficacité du dialogue au sujet des droits de l’homme. Son rapport, commissionné par le gouvernement libéral précédent, soulignait que les fonctionnaires chinois participant au dialogue n’occupaient pas des postes en relation avec les droits de la personne, et leur rôle ne se limitait souvent qu’à lire des discours préparés d’avance.
Dr Burton notait que les délégués des deux pays exprimaient des frustrations quant au dialogue. Une des conclusions les plus percutantes du rapport était l’affirmation que le ministère chinois des Affaires étrangères utilisait seulement le dialogue comme moyen pour «décrisper le malaise des étrangers face au dossier des droits de l’homme en Chine».
Le dialogue bilatéral sur les droits de l’homme avait débuté en 1997 comme alternative à ce que le Canada appuie les résolutions des Nations Unies condamnant la Chine pour ses violations des droits de l’homme.
La Coalition canadienne sur les droits de l’homme en Chine, un groupe de dix organisations non gouvernementales, a écrit récemment au premier ministre Stephen Harper, lui recommandant de suspendre le dialogue. La lettre cite le «manque de définition et d’objectifs clairs, la faible transparence, l’absence de critères et de procédures de surveillance et, par-dessus tout, l’absence de résultats concrets».
«[Le gouvernement chinois] voit [le dialogue] comme une manière de détourner la critique des gouvernements occidentaux au sujet des questions des droits de l’homme», commente Alex Neve, secrétaire général de la branche canadienne d’Amnesty International et membre de la coalition.
En fait, Alex Neve dit que le dialogue semble être un échec total.
«S’il y a eu des accomplissements à la suite du dialogue, ils ont été au mieux extrêmement minimes», explique-t-il, spécifiant que la situation des droits de l’homme en Chine s’est en fait détériorée depuis le début du dialogue il y a presque dix ans.
La prochaine rencontre du dialogue bilatéral sur les droits de l’homme doit se dérouler cet automne. Sa suspension serait la plus récente d’une série de mesures qui laissent supposer une relation moins chaleureuse entre Ottawa et Beijing.
Le gouvernement Harper n'a toujours pas envoyé d'émissaire à Beijing ni même rencontré officiellement l'ambassadeur chinois.
En plus d'avoir soulevé publiquement les inquiétudes à propos de l'espionnage industriel et politique au Canada, le gouvernement canadien a aussi exprimé sa préoccupation quant à l'absence de démocratie dans le pays le plus peuplé du monde.
«Nous sommes préoccupés par leur système judiciaire, nous sommes préoccupés par la façon dont leur démocratie fonctionne, si nous pouvons l'appeler ainsi», avait déclaré M. MacKay devant le Comité parlementaire des Affaires étrangères le 27 septembre dernier. Il s'agissait de ses commentaires les plus durs envers la Chine depuis son entrée en fonction.
Les conservateurs ont tout de même tendu la main à la communauté chinoise au Canada, mais pas toujours à celle sous l'aile de Beijing.
En plus d'avoir offert des excuses officielles et une compensation aux victimes de l’impôt de capitation imposé aux Chinois – qui a décimé la communauté chinoise canadienne de 1885 jusqu’au 20e siècle – M. Harper a aussi participé à divers événements de la communauté chinoise, comme la cérémonie d'ouverture d'un centre culturel chinois à Toronto. Mais le gouvernement s'est aussi positionné du côté des ennemis du régime chinois, soit les défenseurs de la démocratie et les bouddhistes dissidents.
Il y a deux semaines, le député conservateur Pierre Poilievre a offert ses meilleurs voeux à Taiwan à l'occasion de sa fête nationale de la part de Stephen Harper, appelant l'île une «merveilleuse démocratie et une amie du Canada».
«Le premier ministre Harper admire la démocratie, la libre entreprise et les progrès des Taiwanais qui travaillent si dur pour s’assurer de conserver la paix et protéger leur avenir», a dit M. Poilievre.
En juin de cette année, le Dalaï-lama a reçu la citoyenneté canadienne à titre honorifique suite à une motion passée à l'unanimité au Parlement. Auparavant, le 4 juin, Jason Kenney, secrétaire parlementaire du premier ministre, avait fait une apparition à un rassemblement pour commémorer l'anniversaire du massacre de la place Tian An Men, exaltant les efforts et sacrifices de ceux qui «ont bravement manifesté sur Tian An Men pour la liberté il y a 17 ans». Le Canada a aussi permis à Lu Decheng, militant renommé pour la démocratie et manifestant de 1989, d'immigrer au Canada malgré l'opposition de Beijing. Et en mai dernier, Stephen Harper a même offert des salutations officielles aux pratiquants de Falun Gong du Canada, la discipline spirituelle supprimée violemment en Chine continentale.
C'est une affirmation de convictions, mais cette attitude intransigeante du gouvernement envers Beijing dérange certains membres de l'opposition.
«Le gouvernement conservateur a eu, par choix, une relation froide avec la Chine. Il a profité de chaque occasion pour mettre les bâtons dans les roues du gouvernement chinois et se dissocier de la Chine», mentionne le critique libéral des Affaires étrangères, Keith Martin, lui-même un défenseur de longue date des droits de l'homme en Chine. «Nous croyons que c'est une erreur, car cela limite notre habileté à les approcher sur les questions des droits de l'homme et du commerce.»
Comme preuve, certains libéraux soulignent le gel des négociations au sujet de l’octroi de statut de destination approuvée (SDA). Si le Canada obtient ce statut, il se peut que 700 000 touristes chinois visitent le pays chaque année.
Durant le règne de Paul Martin comme premier ministre, les négociations semblaient aller bon train, mais il y avait cependant un problème. Le gouvernement chinois avait exprimé ses inquiétudes à propos de l'octroi du statut au Canada, craignant qu'un flot de réfugiés politiques fuient la Chine pour s'établir ici. Beijing a aussi fait sous-entendre que les négociations dépendaient de l'extradition du fugitif chinois Lai Changxing qui se trouve au Canada.
L'avocat de Lai soutenait que son client pourrait être torturé ou tué s'il était extradé vers la Chine, mais il a été désigné pour l’extradition. Et peu avant la visite du dirigeant chinois, Hu Jintao, en septembre 2005, le Canada avait déporté vers la Chine une pratiquante du Falun Gong, qui a été arrêtée immédiatement à son arrivée par les autorités chinoises.
Ces incidents ont mené à certaines spéculations selon lesquelles le gouvernement de Paul Martin échangeait des réfugiés pour des dollars que procure le tourisme, apaisant les préoccupations de Beijing en démontrant du mépris pour les droits de l’homme.
Les médias chinois rapportent que l'impasse des négociations sur le statut de destination approuvée est une réponse à l'attitude du gouvernement conservateur face à la République populaire de Chine. Beijing n'aurait pas donné suite aux efforts canadiens de renouer les négociations.
Indépendamment de leur position par rapport à la stratégie des conservateurs, les groupes d'opposition et de défense des droits de l'homme semblent être d'accord sur la position selon laquelle la question des droits de la personne en Chine ne devrait pas être éclipsée par le commerce. «Nous croyons que c'est une occasion de reconsidérer plus amplement l'approche du Canada face aux questions des droits de l'homme en Chine», explique Alex Neve. «Nous avons besoin d'une stratégie des droits de l'homme exhaustive qui soit omniprésente dans tous les aspects… Nous avons besoin d'une approche qui mette vraiment les droits de l'homme au centre de toutes les relations du Canada avec la Chine.»
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