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- Un diplomate chinois qui
espionnait aurait été expulsé
- Le premier ministre insiste pour
parler des droits de l’homme
Photo : harper APEC_20061121_72601453_cc
Caption : Les représentants de divers pays saluent pour la photo
officielle du sommet de
la Coopération
économique Asie-Pacifique (APEC) qui s’est déroulé la fin de semaine dernière à
Hanoï, Vietnam. Sur la rangée arrière, de gauche à droite : le président
russe Vladimir Poutine, le premier ministre thaïlandais Surayud Chulanont
installé par le régime militaire et l’émissaire de Taïwan Morris Chang. Sur la
rangée avant, de gauche à droite : le dirigeant chinois Hu Jintao, la présidente
du Chili Michelle Bachelet et le premier ministre canadien Stephen Harper. MM.
Harper et Hu se sont finalement rencontrés après une semaine d’incertitudes qui
semblaient être causées par la position critique ferme de Harper par rapport à
la situation des droits de l’homme en Chine. Pékin tolère difficilement toute
critique à cet égard, voyant cela comme une interférence dans ses affaires
intérieures. (Hoang Dinh Nam/AFP/Getty
Images)
La Grande
Époque
TORONTO – Le ministère des Affaires étrangères aurait rejeté la demande de
renouvellement du visa d’un diplomate chinois parce qu’il recueillait des
renseignements sur les Canadiens qui pratiquent le Falun Gong et encourageait
les étudiants à l’aider dans cette tâche.
Ceci s’inscrit dans une attitude plus ferme adoptée par le premier ministre
Stephen Harper pour que les droits de l’homme en Chine ne soient pas relégués à
la deuxième place par les échanges économiques.
Wang Pengfei, le sous-secrétaire du Service de l’éducation de l’ambassade de
Chine à Ottawa, a quitté le Canada avant le 25 octobre 2006, alors que son visa
actuel allait expirer, a confirmé une source préférant rester anonyme. Le nom
de M. Wang n’apparaît plus sur la liste de représentants étrangers en poste au
Canada que l’on trouve sur le site Internet du ministère des Affaires
étrangères, même s’il y figurait en septembre.
Cette source attribue le non-renouvellement du visa de M. Wang à ses activités
anti-Falun Gong, tâches au-delà de celles qu’un diplomate devrait généralement
accomplir.
Le Service de l’éducation de l’ambassade de Chine à Ottawa, où M. Wang
travaillait, fait le lien entre l’ambassade et les étudiants chinois qui
poursuivent des études au Canada. Selon un article qu’il a écrit en avril 2004
dans Chinese Scholars Abroad, un périodique destiné aux étudiants
chinois à l’étranger, le bureau supervise les associations étudiantes chinoises
dans 22 universités et collèges de six provinces canadiennes. Le service est
impliqué dans la sélection des dirigeants des organisations étudiantes.
Certains des groupes d’étudiants comptent sur l’ambassade pour leur financement
et donc suivent la ligne du parti.
Étudiants sous pression
Le diplomate Wang Pengfei a également rallié des étudiants chinois au
Canada pour qu’ils appuient la répression du Falun Gong par le régime
communiste.
Dans son article paru dans l’édition 2004 du Chinese Scholars Abroad, M.
Wang a fait l’éloge du président d’une association d’étudiants asiatique de
l’Université du Québec à Montréal (UQAM) pour les «activités de propagande de
l’association, et ses activités braves et ingénieuses contre le Falun Gong».
Lingdi Zhang, une ancienne étudiante en informatique à l’Université d’Ottawa,
croit avoir été la cible de l’espionnage de Wang Pengfei.
Le 26 septembre 2005, Lingdi Zhang a reçu un courriel de Chris Xu, le
vice-président d’un groupe d’étudiants chinois à l’université.
«L’Association des étudiants chinois de l’Université d’Ottawa est directement sous
le leadership du Service de l’éducation de l’ambassade chinoise au Canada»,
avait écrit M. Xu.
«Selon les rapports de certains étudiants et l’enquête effectuée par des
responsables de l’association, tu es encore membre du Falun Gong. […] Fais
attention et sois sur tes gardes», l’avait-il avertie.
Lorsque le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a visité le Canada en décembre
2003, M.
Wang était un des deux employés de l’ambassade chinoise qui ordonnaient aux
étudiants chinois de bloquer une bannière tenue par des pratiquants de Falun
Gong, ont affirmé des témoins. Il criait : «Vous devez la bloquer!»
La bannière protestait contre la persécution du Falun Gong en Chine.
Transfuge australien
Selon M. Chen Yonglin, l’ancien premier secrétaire du consulat chinois de
Sydney en Australie, toutes les missions consulaires chinoises à l’étranger ont
pour tâche de «réduire l’espace vital du Falun Gong».
Chen Yonglin a démissionné de son poste et a demandé l’asile politique en juin
2005 en affirmant qu’il ne pouvait plus continuer d’appliquer les politiques
répressives de son gouvernement à l’encontre des pratiquants de Falun Gong et
des militants démocratiques en Australie. Il a témoigné devant le Congrès
américain en juillet dernier au sujet de la «lutte contre le Falun Gong» à
l’étranger, menée par le régime chinois.
Il avait fourni au Congrès une note de service interne numérotée Doc No. 106,
datée du 8 décembre 1999 et identifiée comme «confidentiel». Le titre du
document était Document de référence pour la conférence des ambassadeurs à Pékin :
La lutte contre le Falun Gong.
Il était écrit dans le document provenant de Pékin : «La lutte contre le Falun
Gong sera notre tâche primordiale et [nous] nous y engagerons à long terme.
Nous serons aussi tournés vers l’avenir et nous adopterons des initiatives plus
agressives pour frapper.»
Entre autres choses, le document incitait à :
établir une liste locale des pratiquants de Falun Gong;
renforcer la «propagande» anti-Falun Gong par de multiples canaux;
travailler sur le gouvernement local et prendre les «mesures appropriées pour
se battre» contre les politiciens qui appuient le Falun Gong.
«De plus, notre consulat va rechercher des bénévoles au sein de la communauté
chinoise locale et des étudiants qui travailleront pour nous afin de s’occuper
des éléments du Falun Gong», mentionne le document confidentiel.
L’ancien premier secrétaire du consulat chinois à Sydney a déclaré que le plan
pour lutter contre le Falun Gong en Australie était «exactement le même qu’aux
États-Unis ou dans d’autres pays».
Harper : pas question de «se vendre»
Interrogé par
la
Presse Canadienne le 17 novembre, un haut fonctionnaire
canadien voyageant en Asie avec le premier ministre, Stephen Harper, a confirmé
le non-renouvellement du visa de Wang Pengfei et les raisons du non-renouvellement.
L’ambassade de Chine à Ottawa nie que son diplomate ait été expulsé et qu’il
s’adonnait à l’espionnage, disant plutôt qu’il est retourné en Chine à la fin
de son contrat.
La relation Canada-Chine a fait les manchettes tout récemment quand une rencontre
prévue entre le premier ministre, Stephen Harper, et le dirigeant chinois, Hu
Jintao, a été apparemment annulée par ce dernier.
«Les Canadiens demandent que nous soyons
davantage présents sur la scène commerciale internationale, et c'est ce que nous
faisons. Mais je ne crois pas qu'ils accepteraient qu'on laisse tomber nos
valeurs démocratiques, de libertés individuelles et de droits de l’homme. Ils
ne veulent pas qu'on abandonne ces valeurs pour le tout puissant dollar», a
déclaré M. Harper dans des propos rapportés par
la Presse Canadienne,
suggérant que les Chinois avaient annulé la première rencontre planifiée parce
que le Canada voulait discuter des droits de l’homme.
Les propos de M. Harper ont choqué les détenteurs du pouvoir à Pékin. Jiang Yu,
la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, dans des propos
rapportés par l’agence de presse officielle du régime communiste Xinhua, a
qualifié de «paroles irresponsables» les dires «d'un haut
responsable canadien sur les relations sino-canadiennes». Pékin «s’oppose
fermement à toute intervention dans ses affaires intérieures».
MM. Harper et Hu se sont finalement rencontrés brièvement le 18 novembre en marge du sommet de
la Coopération économique
Asie-Pacifique (APEC) au Vietnam.
«Décision basée sur des principes»
Lucy Zhou, une porte-parole pour le Falun Gong au Canada, se dit soulagée
de voir que le gouvernement prend une «décision basée sur des principes» et
elle affirme que «l’espionnage et le harcèlement des Canadiens par un gouvernement
étranger ne sont pas acceptables».
Mme Zhou explique que les ambassades et les consulats chinois ont
utilisé leur influence dans les communautés chinoises pour marginaliser le
Falun Gong au Canada. Des dizaines de personnes se sont plaintes du harcèlement
des appels téléphoniques contenant des messages enregistrés en chinois et en
anglais avilissant le Falun Gong. «C’est une preuve, fait valoir Lucy Zhou,
qu’ils sont surveillés.» Elle croit qu’il y a d’autres gens faisant le même
travail que Wang Pengfei.
Néanmoins, Mme Zhou espère que l’ensemble des employés de
l’ambassade en tirera une leçon.
«Ça ne concerne pas seulement un groupe isolé, fait-elle comprendre. S’ils
peuvent nous faire cela, ils peuvent le faire à d’autres également.»
Le Falun Gong est une pratique spirituelle qui comprend des exercices de
méditation et des enseignements basés sur les principes d’authenticité, de
bonté et de tolérance. La pratique a été rendue publique en 1992 en Chine et
était au début approuvée par les autorités chinoises qui voyaient là une
manière de réduire le coût des services de santé.
Cependant, en 1999, le gouvernement estimait que le nombre de personnes
pratiquant le Falun Gong s’élevait de 70 à 100 millions, un chiffre excédant le
nombre de membres du Parti communiste au pouvoir. Ce nombre aurait choqué le
régime officiellement athée qui a décidé, à partir de juillet 1999, «d’éliminer
en trois mois» le Falun Gong.
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