|
Premièrement, avez-vous dit la vérité quand vous avez
dit à ces jeunes visages fatigués qui me surveillent jour et nuit ce
que moi, Gao Zhisheng, j’ai vraiment fait ? Ou les avez-vous trompés
aussi ?
Deuxièmement, a-t-on dit à ces jeunes policiers
que les tactiques que vous employez violent la Constitution chinoise et
le principe de base de la loi chinoise ! Savent-ils que c’est illégal ?
Troisièmement,
avez-vous dit à ce groupe de jeunes gens que les méthodes que vous
utilisez contre des citoyens innocents sont sales et immoraux ?
Quatrièmement,
avez-vous dit à ces gens innocents qui tremblent de froid la nuit à
quel point vos méthodes sont basses ? Savent-ils que menacer et limiter
la liberté personnelle de ma famille entière fait partie des actions
les moins honorables et les moins civilisées dans le monde
d’aujourd’hui ?
Cinquièmement, n’avez-vous jamais expliqué à ces
gens quel était le but ou la signification de surveiller ma famille 24
heures sur 24 ?
Sixièmement, avez-vous expliqué à ces jeunes
policiers qu’aux yeux du peuple chinois, votre complot est un
comportement sale et humiliant ?
Je ne suis pas allé faire du
jogging depuis deux jours consécutifs maintenant car je ne pouvais pas
supporter de tourmenter les 20 jeunes officiers qui gardent ma porte
d’entrée ! Pour être franc, je me sens extrêmement mal à l’aise allongé
sur mon lit la nuit pensant à ces jeunes policiers. Eux aussi ont des
familles - parents, femmes et enfants - et devraient avoir le droit et
l’opportunité de passer ces nuits glaciales confortablement à la maison
avec eux. Ma femme et moi nous nous sentons horrifiés lorsqu’en
regardant par la fenêtre tôt le matin nous les voyons sauter sur place
pour garder chaud. Aujourd’hui, nous avons même parlé pour savoir
comment leur donner de l’eau chaude à boire. Ces gens sont mes
bien-aimés concitoyens, pas mes ennemis. Je me sens si blessé quand ils
évitent de me regarder dans les yeux ! Je sens leur gentillesse aussi
bien que leur peur. Je dois expliciter que, pour eux, je n’ai que de la
compassion mais pas d’appréciation.
Messieurs, quand les droits
et les intérêts légaux d’un citoyen ont été violés dans un pays
civilisé, écrire une lettre de plainte aux dirigeants de la nation est
considéré comme ridicule. Pourtant c’est la seule ressource qu’ont les
citoyens de notre pays dans de telles circonstances. Il n’y a pas de
moyen, pour vous, de comprendre la quantité de douleur dont je souffre !
Le
18 octobre, je vous ai exprimé ma tristesse à travers une lettre
ouverte. J’ai exposé ce qui arrive à nos compatriotes qui insistent sur
leur liberté de croyance. Les autorités locales piétinent sur les lois
de notre nation et les persécutent cruellement. Mon intention était de
relayer cette information pour que ces obstructions nuisibles au
développement de la Chine puissent être promptement éliminées. De cette
façon, l’harmonie peut prévaloir en Chine. Cela requiert les efforts
conjoints de votre part et du peuple de Chine. J’ai été extrêmement
déçu et découragé, toutefois, quand la réponse que j’ai reçue de vous
était exactement à l’opposé.
Le 19 octobre, j’ai reçu des coups
de téléphone menaçant ma famille et moi-même. Le 20 octobre, ma femme a
été choquée de découvrir que deux hommes non identifiables suivaient ma
fille de 12 ans chaque jour quand elle allait et revenait de l’école.
Puis, à partir du 15 novembre, ils ont commencé à me suivre à sa place.
Depuis le 20 novembre, au moins trois officiers se relayent pour
surveiller l’entrée de ma maison et de mon cabinet. Le deuxième jour de
leur arrivée, le vélo que ma femme utilise habituellement pour
transporter ma fille pour aller et revenir de l’école a mystérieusement
disparu. Hier soir, sous le regard attentif de plus de 20 officiers,
les deux valves de notre nouveau vélo ont été enlevées et ma voiture
était toute marquée.
Le 4 novembre, le Bureau judiciaire de Pékin
a suspendu d’un an la licence de mon cabinet d’avocat. Quand je suis
parti dans la province de Xinjiang le 15 novembre pour assister à une
session de tribunal, les mêmes policiers qui avaient suivi ma fille
m’ont suivi jusqu'à ce que je monte à bord de l’avion. Après que je
sois arrivé, les officiers locaux ont continué à me surveiller. Ce que
je trouve le plus inconcevable est que les fonctionnaires du ministère
de la Justice ont contacté les divisions du Xinjiang pour enquêter sur
mes antécédents familiaux, mes opinions politiques, mes antécédents
comportementaux et mes études en droits. Ils espéraient pouvoir
accumuler des données pour me mettre l’étiquette de mauvais genre, je
trouve cela extrêmement ironique qu’ils emploient des tactiques
identiques aux méthodes méprisables utilisées lors de la Révolution
culturelle.
Avant-hier, quand je suis retourné à Pékin, deux amis
sont aussi arrivés – Mme Kong Shan et M. Newark du Bureau de la haute
commission des Nations Unies pour les droits de l’Homme. Je suis allé
leur rendre visite. Alors que je me rendais à l’hôtel, roulant sur le
deuxième périphérique, un officier a égratigné ma voiture en conduisant
à 80 km/h. Quand la représentante de M. Newark a vu cela, elle a eu si
peur qu’elle a couvert ses yeux. Quand nous avons pris une photo de
groupe au dîner, un officier s’est plaint d’être dessus, disant que
nous étions en train de violer ses droits à l’image. [À noter : dans le
texte original, il n’est pas dit si le représentant de M. Newark est un
homme ou une femme.]
Son comportement malpoli et abusif a choqué
les employés des Nations Unies qui étaient présents. Tous les invités
ont vu sa conduite comme un « spectacle de singe ». Il perdait
tellement le contrôle et est devenu si excité que Mme Kong Shan a été
obligée d’effacer la photo. Les officiers des droits de l’homme ont
simplement secoué leurs têtes. Nous avons vite fini notre dîner et
sommes partis avec quelques policiers qui nous suivaient de près.
Durant
ces deux jours, mon quartier a été encombré par au moins 20 véhicules
portant différentes plaques d’immatriculation et encerclant ma
résidence. Depuis que je suis arrivé chez moi le 20 novembre ma maison
est devenue un endroit où traînent les officiers. Ils ont aussi
interrompu la ligne de téléphone de ma maison. Nous n’avons toujours
pas pu l’utiliser.
Ils ont ordonné au personnel du service de la
communauté d’aller vivre à l’hôtel pour qu’ils puissent y rester toute
la nuit. Les douzaines d’officiers qui me surveillent jour et nuit
n’ont pas peur d’être vus ou de déranger notre communauté tranquille.
Les gens dans ma communauté qui me connaissent bien ne comprennent pas
le comportement fou du gouvernement. La nuit dernière, après que j’aie
garé ma voiture, ma femme a regardé par notre fenêtre et a vu sept ou
huit officiers chercher autour de ma voiture pendant plus d’une heure.
Personne ne pouvait comprendre ce qu’ils faisaient. A minuit, ils
rôdaient furtivement sans cesse autour de l’entrée de notre
appartement. Je ne peux pas dormir à cause des bruits de pas allant et
venant sans cesse. Pensez-vous que ma famille conspire pour renverser
la sécurité de notre pays en plein milieu de la nuit ? Même certains
officiers étaient d’accord pour dire que certains d’entre eux sont
allés à l’extrême et ont fait des choses infectes.
Maintenant que
je vous écris à tous deux, je voudrais vous poser une question au nom
de mon enfant : pourquoi laissez-vous ce jeu politique continuer ? Je
ne crois pas que chaque jeune officier ait un cœur noir, mais je pense
que l’officier en chef qui a instigué ça doit avoir une âme absolument
polluée.
Mon enfant, ma femme et moi-même ont le droit de vous
demander à tous deux : qui en vérité donne les ordres de faire des
choses si malfaisantes ? Notre pays n’est pas riche. Neuf cents
millions de fermiers vivent encore dans de très mauvaises conditions. À
cause de leur pauvreté, un nombre incalculable d’enfants n’ont pas les
moyens de continuer leurs études. À la place de cela, l’argent durement
gagné du contribuable a été gâché en persécutant ses propres citoyens
sous les ordres d’une organisation politique extrêmement disciplinée et
sans scrupules. Comment pouvez-vous faire face à votre propre
conscience, à vos compatriotes ou au monde civilisé ?
Avant la
conclusion de cette persécution sale et illégale perpétrée contre moi
et ma famille, je continuerai de faire deux choses. Premièrement,
j’inciterai vous et votre gouvernement tous deux chaque jour, sous la
forme d’une lettre ouverte à toutes les sociétés civilisées, à soutenir
les lois de la Chine. Deuxièmement, je projette de poursuivre en
justice les deux unités qui ont imposé cette persécution envers moi et
ma famille.
Encore une fois, mes meilleures salutations,
Gao Zhisheng
Le 22 novembre 2005 |