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J’invite
instamment les plus hautes autorités à suivre les principes reconnus
par les sociétés civiles, à punir les meurtriers et ceux qui sont
responsables, et à réconforter et offrir compensation aux familles des
victimes [1].
L’hiver à Changchun est extrêmement froid. Bien que "caché" dans une
chambre où la plupart du temps il n’y a pas d’eau, mon sang bouillonne.
Non du fait d’avoir à écrire une lettre ouverte à Hu et Wen, mais
plutôt que pouvoir travailler pour le futur d’un des plus grands
peuples du monde suffirait à faire bouillonner le sang de n’importe
quel citoyen ordinaire.
Le 18 octobre, avec un enthousiasme tout
aussi bouillonnant, j’ai écrit une lettre ouverte à Hu Jintao et à Wen
Jiabao, deux de mes compatriotes, invitant instamment leur gouvernement
à "cesser de persécuter ceux qui croient à la liberté et renouer avec
le peuple chinois". Le jour suivant, j’ai reçu chez moi des menaces
téléphoniques non voilées.
Trois jours plus tard, au moins dix
voitures de police et 20 policiers en civil ont commencé à encercler,
surveiller, et suivre toute ma famille 24 heures sur 24. Le quinzième
jour après que j’ai écrit la lettre, le Bureau judiciaire de Pékin a
illégalement fermé mon cabinet d’avocats. La manière dont notre pays
traite un citoyen qui fait ouvertement des suggestions est tout à fait
regrettable.
Une autre vive réaction suscitée par la lettre
ouverte est que les pratiquants de Falun Gong de différentes provinces
de Chine qui ont été persécutés, m’ont écrit et invité dans leur région
pour m’en apprendre plus sur leur situation réelle. Ces lettres
venaient en grande partie des villes de Changchun et de Dalian. Depuis
le 29 novembre, j’ai passé presque 24 heures par jour à voyager
continuellement entre les villes de Jinan, dans la province de
Shandong, de Dalian et de Fuxin, dans la province de Liaoning, et la
ville de Changchun, dans la province de Jilin, pour y mener une
nouvelle série d’enquêtes. A la différence de mon expérience habituelle
de voyager seul, j’avais l’honneur d’être accompagné par le Professeur
Jiao Guobiao [2].
Pendant ce temps des flopées de policier en
civil continuaient à roder autour de ma maison nuit et jour créant une
atmosphère de terreur et réprimant sérieusement toute ma famille. Le 29
novembre, j’ai échappé à la filature de plus de 20 policiers en civil
et ai passé 15 jours à enquêter à ma façon sur les faits réels. J’en
profite pour dire tout spécialement ici que nous faisons de notre mieux
pour dire la vérité sur la façon dont cette nation est continuellement,
brutalement persécutée, en particulier en cette période. Nous entendons
aussi rappeler à toute notre nation la gravité et l’urgence des
problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il est temps pour notre
nation et pour chacun d’entre nous de faire sérieusement face à nos
problèmes. Toute excuse ou retard revient à commettre un crime envers
la nation toute entière !
Dans cette lettre, je n’éviterai aucun
des problèmes réels que j’ai vus, même si je devais être immédiatement
arrêté lorsqu'elle sera publiée. Les 15 jours d’enquête m’ont encore
une fois montré la douloureuse réalité. Le Bureau "6-10" est – du moins
peut être appelé – un gang qui existe au sein du pouvoir politique de
la nation, et pourtant au-dessus du pouvoir politique. C’est un gang
qui peut contrôler et réguler toutes les ressources politiques. Bien
que ce soit une organisation existant en dehors de la constitution et
des règles qui structurent le pouvoir du pays, le Bureau "6-10" utilise
de nombreux pouvoirs supposés être utilisés par les agences
gouvernementales nationales, et même de nombreux pouvoirs qui dépassent
ceux des agences gouvernementales nationales. Il utilise des pouvoirs
qui n’appartiennent pas et n’ont jamais appartenu à la nation depuis le
début de la civilisation politique de l’espèce humaine sur cette terre.
Nous
pouvons voir que le pouvoir symbolisé par le nombre 610 continue à
“interagir” avec le public à travers des moyens tels que le meurtre du
corps physique et de l’esprit d’une personne, les fers, les chaînes,
les tortures à l’électricité, et les "bancs du tigre" [3]. La nature de
ce pouvoir est devenue celle d’un gang criminel. Il continue à torturer
nos mères, nos sœurs, nos enfants, et notre nation toute entière. M. Hu
et M. Wen en tant que membres de notre nation occupant des positions
particulières en ce moment et que la majorité du public perçoit comme
étant dotés de conscience, devraient faire face à toutes ces choses
avec nous tous.
C’est avec un cœur qui tremble et un stylo qui
tremble que j’écris les tragiques expériences de ceux qui ont été
persécutés ces six dernières années. Parmi les récits véridiques de
l’incroyable brutalité, parmi les dossiers de torture inhumaine
infligée par le gouvernement à sa propre population, les actes immoraux
qui m’ont le plus abasourdi ont été les pratiques obscènes et pourtant
routinières du personnel du Bureau 610 et de la police, consistant à
s'en prendre aux organes génitaux des femmes. Dans la persécution, les
organes génitaux et les seins de presque chaque femme et l’appareil
génital de chaque homme ont subi des sévices sexuels de la manière la
plus vulgaire qui soit. Presque chaque personne ayant été persécutée,
que ce soit un homme ou une femme, a été d’abord complètement
déshabillée avant n’importe quelle torture. Il n’y a pas de langage ni
de mots pour décrire ou re-créer la vulgarité et l’immoralité de notre
gouvernement à cet égard. Qui, ayant un corps tiède, pourrait se
permettre de demeurer silencieux face à de telles vérités ?
A
4h20 le 28 octobre 2005, Mme Wang Shouhui (mère) et M. Liu Boyang
(fils) de la ville de Changchun ont été suivis par le personnel du 610
et ont été illégalement arrêtés. Tous les deux ont été brutalement
torturés par la police. A environ 20h, Liu Boyang, 28 ans est mort de
la torture. A peu près dix jours plus tard, sa mère a elle aussi été
torturée à mort. Les corps des malheureux sont encore aux mains des
fonctionnaires du 610. Après la mort de Liu, les fonctionnaires du 610
ont mis trois jours pour informer son père, tandis que l’heure de la
mort de Mme Wang demeure encore incertaine. Le père de Liu a cherché un
avocat dans sa ville, mais personne n’a osé accepter son cas. Le vieil
homme a dit : "Dans une société comme celle-ci, il est plus dur de
vivre que de mourir. Vivre cause davantage de douleur. Lorsque j’aurais
pris soin de leurs enterrements, je les suivrai et partirai aussi."
Mme
Wang Shouhui, son mari et son fils (Liu Boyang) ont commencé à
pratiquer le Falun Gong en 1995. Depuis que la persécution a commencé
le 20 juillet 1999, ils ont constamment été harcelés par la police du
poste de police de Zhengyang du district de Luoyuan et par les
fonctionnaires du Bureau de l’Administration de la rue Zhengyang. Mme
Wang a été illégalement détenue en octobre 1999 et envoyée au camp de
travail Heizuizi en février 2000. Au camp de travail, elle a été
torturée huit fois à la matraque électrique. Elle a aussi été forcée à
travailler pendant la journée. Pendant cinq jours et cinq nuits, on l’a
empêchée de dormir et on lui a demandé de rester debout. Elle a été
torturée plusieurs fois sur le "lit du mort" [4] . La fois la plus
grave, elle a été battue avec deux matraques électriques pendant plus
d’une heure alors qu’elle était attachée au "lit du mort". Pas un
endroit de son corps ou de son visage n’était intact. Elle n’a été
relâchée qu’au moment où la torture a mis sa vie en danger.
Le 11
avril 2002, Mme Wang discutait dans la rue lorsqu’elle a été encore une
fois enlevée par la police du poste de Zhengyang, dans le district de
Luyuan. Des policiers de la Première division des services de police de
Changchun lui ont bandé les yeux et l’ont emmenée dans une chambre de
torture secrète à Jingyueshan, Changchun. Elle a été torturée sur le
"banc du tigre" pendant deux jours et une nuit, temps pendant lequel
elle a également reçu des décharges de deux matraques électriques
appliquées sur ses seins. Trois hommes ont utilisé leurs poings pour la
frapper au visage, à la poitrine et dans le dos. En conséquence, le
maxillaire gauche de Mme Wang a été fracturé et elle a vomi une grande
quantité de sang. Plus tard, ses poumons se sont infectés. Alors
qu’elle était à l’hôpital de la police, les quatre membres de Mme Wang
ont été immobilisés quand elle était sous perfusion. On l’interdisait
d’utiliser les toilettes. A la place, l’hôpital a violemment inséré un
tube dans sa vessie mais sans prendre aucun soin d’elle. Elle n’a pas
pu bouger pendant cinq jours et cinq nuits. A la suite de quoi sa
vessie a été définitivement endommagée et elle ne pouvait plus la
contrôler.
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