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Chavez, une option intéressante ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
24-11-2006

La jeunesse et le monde anti-américain voient souvent en Hugo Chavez l’icône d’un chef d’État prouvant qu’il est possible de tenir tête aux États-Unis. Pourtant, embrasser l’idéologie de Chavez peut être inquiétant pour plusieurs raisons. Ses politiques de musellement de la presse, ses discours à saveur communiste, ses apparentes grandes ambitions personnelles ainsi que l’inconséquence de ses relations avec les États-Unis sont à noter pour quiconque cherche à analyser la situation politique, sociale et économique du Venezuela.


Depuis qu’il a pris le pouvoir en 1999, plusieurs mesures ont été prises pour censurer la presse; notamment, la loi sur la responsabilité sociale des radios et télévisions et la réforme du code pénal adoptée en 2004. Depuis lors, les restrictions imposées aux médias d’opinion divergente ont entraîné un certain nombre d’intimidations, d’interpellations et d’arrestations de journalistes et de photographes, tant étrangers que locaux. Aussi, comme le note Reporters Sans Frontières, ces mesures légales poussent à l’autocensure des médias d’information craignant les représailles. 

 

Chavez salut ses partisans
Le président vénézuélien, Hugo Chavez (droite), devant une impressionnante affiche à son effigie salue ses partisans lors d’une campagne électoral à Caracas le 7 novembre 2006. (Juan Barreto/AFP/Getty Images)
 

En janvier 2006, a eu lieu le Forum social mondial (FSM) à Caracas, capitale vénézuélienne. Ce rassemblement se voulait, à sa création en 2001, une alternative aux grandes rencontres économiques, comme le Sommet de Davos par exemple. Le FSM a cependant dévié de son objectif pour «succombé aux partis politiques et au gouvernement[]», comme l’a décrit Luis Silva, lui-même organisateur d’un autre forum ayant eu lieu en même temps, le Forum social alternatif, dont les revendications sont semblables au premier, mais en contestant la tendance autoritaire qui s’installe au Venezuela.

En effet, selon ses dires, qui semblent bien refléter la situation, le FSM est devenu «une plateforme pour appuyer Chavez». Dans cette lignée, s’inscrit la panoplie de figurines, de kiosques, bracelets, slogans et autres produits à son effigie, bien en vue lors de la durée de l’événement.  

N’étant pas officiellement communiste et n’ayant pas jusqu’à ce jour affirmé vouloir instaurer un régime marxiste-léniniste, ses discours trahissent tout de même ses inspirations. Des citations de Marx, Che Guevara, Castro, Rosa Luxembourg, garnissent ses discours-fleuve au cours desquels le public est complètement hypnotisé par le charisme du Commandante, selon les dires d’une jeune Québécoise qui était présente au FSM l’an dernier. Des affiches et peintures le plaçant côte à côte avec les Castro, Kadhafi[], Che, et autres, sont aussi présentes dans les villes vénézuéliennes.

En faisant référence systématiquement à ces penseurs socialistes, Chavez endosse une idéologie politique. Celle-ci est souvent liée à des régimes dictatoriaux ou de tendance autoritaire. Ses applications pratiques ont dérivé en échecs, caractérisés par la restriction des libertés individuelles, les répressions meurtrières, la lourdeur administrative, l’économie en mauvaise santé, les déportations, les camps de travaux forcés, la corruption, etc.


Outre le culte de sa personnalité qui est utilisé, Chavez a ouvertement exprimé ses désirs de se faire élire président à vie et de mettre en place une république socialiste. Ce plan commencerait dès son imminente réélection à la tête du Venezuela en décembre prochain. Comme le rapporte Le Nouvel Observateur, Chavez a affirmé que son nouveau mandat annoncerait une nouvelle étape dans un plan de quatorze années pour faire du Venezuela une République bolivarienne socialiste d’ici 2021. L’ombre de la dictature personnelle plane sur le Venezuela alors qu’il a en plus annoncé qu’un referendum se tiendrait en 2010 quant à la possibilité pour un président d’être élu à vie, entraînant une nouvelle réforme de la Constitution.
 
De plus, Chavez fraye avec les grands dictateurs de ce monde, comme Castro, Kadhafi, Ahmadinejad, les gouvernements syrien, nord-coréen, chinois, etc. Un exemple frappant est son voyage en Biélorussie, où il a qualifié le dirigeant Loukachenko de «nouvel ami». Celui-ci contrôle d’ailleurs le dernier régime stalinien en Europe, menace de peine capitale tous ceux qui s’opposeront à son régime et a fait emprisonné le jeune journaliste de La Presse alors que ce dernier couvrait la période préélectorale en mars 2006.
 
En clamant, haut et fort, son aversion pour l’«impérialisme» américain, accusant les États-Unis d’être gouvernés par des «fous» voulant le renverser ou même l’assassiner, Chavez en profite pour s’armer. Lors de sa visite en Russie l’été dernier, il s’est procuré des avions de chasse et des hélicoptères russes, en plus des 100 000 kalachnikovs acquis peu de temps auparavant, comme l’a rapporté Radio France Internationale. Le dirigeant vénézuelien a aussi lancé l’idée de bâtir une usine de production de ces célèbres fusils d’assaut.
 
Malgré ses critiques constantes du cabinet Bush, le Venezuela demeure néanmoins un important partenaire économique des États-Unis. Non seulement est-il un de ses plus grands fournisseurs en pétrole, il est un client grandissant des compagnies automobiles, comme Ford et General Motors, et d’une série de produits américains. Somme toute, en septembre 2006, les échanges commerciaux entre les deux nations avaient augmenté de 35%.
 
En appuyant Chavez dans ses démarches pour discréditer l’Amérique, faisant de lui un icône de l’antiaméricanisme, plusieurs omettent de vérifier en quoi consiste réellement l’actuel régime politique vénézuelien. Ses buts, son militarisme, le culte de la personnalité, ses liens rapprochés avec les pires dictatures du monde. Alors que plusieurs cherchent une alternative pour remplacer le modèle américain, la mise en garde est obligatoire; il est impératif d’analyser avec attention les visées et les actions d’un homme politique avant de l’appuyer et de le citer comme un exemple de réussite. 
 
Arnaud Camu est cégépien de deuxième année au Collège Jean-de-Brébeuf.
 
[1] Citation provenant de l’Agence France-Presse et reprise par Arthur Kelly, Chavez omniprésent au Forum social mondial,
La Grande Époque, semaine du 31 janvier au 6 février 2006, no 52, p. A4.
[2] Kadhafi est l’un des principaux auteurs de la révolution socialiste en Libye. Il n’a jamais instauré une dictature typiquement marxiste-léniniste cependant, prônant plus du socialisme d’État et du panarabisme. Il peut toutefois être considéré comme un dictateur pour son piétinement répété des droits humains.





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